Roman en cours d’écriture, je vous livre ici le prologue en version 1er jet.

Prologue

Montluçon, avant dernier samedi d’août.

L’esplanade du château des Bourbons était noire de monde. Ce soir-là c’était le dernier concert de la saison estivale et Les Children of Styx, un groupe local de métal jouait. Les musiciens avaient leur petite notoriété dans l’agglomération montluçonnaise malgré leur jeune âge. Les cours reprenaient bientôt et leur prochain concert n’était prévu que pour Halloween.

Une foule de gens de tous les âges venaient les écouter et parmi eux, une jeune femme aux traits fins, la vingtaine, de longs cheveux argentés aux pointes presque blanches attendait avec impatience l’apparition de celui qui faisait battre son cœur : Stan, le chanteur. D’aucuns auraient dit que c’était une belle jeune fille. Justine se tenait un peu à l’écart, assise sur le mur d’enceinte, elle ignorait la foule qui s’était mise à scander le nom du vocaliste. La jeune groupie attendait fébrilement et plus les secondes passaient plus elle se sentait excitée. Elle murmura son nom tel un soupir quand les spots trouèrent la pénombre et que cinq silhouettes apparurent. La haute stature de l’aîné des frères Jarosz se détacha, sa guitare en bandoulière, un spot rouge éclaira le cadet dissimulé sous une cape noire qu’il laissa choir sur le plancher tandis qu’il se relevait et attrapait le micro qui lui faisait face. Une clameur s’éleva. Une rangée d’adolescentes faisait face à la scène érigée la veille et s’égosillait, chacune dévorait du regard le jeune homme à la longue chevelure de jais dont la voix faisait vibrer son public. L’artiste avait l’art et la manière de mettre de l’ambiance. Iwan à la guitare ne pouvait s’empêcher d’esquisser un léger sourire en voyant ce parterre de femelles en chaleur prêtes à écarter les cuisses dès que son frère jetait un regard sur l’une d’entre elles. Il était certain qu’une fois de plus, ce soir une de ces groupies finirait entre ses bras. Son regard balaya l’esplanade éclairée par les nombreux spots, il découvrit Justine juchée pas bien loin sur le muret, nimbée par la lueur bleue d’un des projecteurs. Son sourire se figea, il détourna le regard en espérant que Stan ne la verrait pas. 

Le groupe enchaîna les morceaux endiablés à une allure folle, Stan et tous les musiciens s’éclataient, jamais il n’y avait eu tant de monde lors de leurs prestations. Le jeune chanteur à cet instant ne pensait qu’à la musique. Il parcourait la scène, invectivait la foule. À ce moment-là, il n’était plus cet adolescent de dix-sept ans, charmeur, mais seulement cet artiste dont le rêve de devenir une rock-star frôlait son existence. Il était à sa place face à la foule, sa voix puissante, capable de monter tant dans les aigus que de descendre dans les tons les plus graves, faisait chavirer son public. Stan malgré son jeune âge à force de travail savait en user tout comme il savait mettre à profit le charisme qui se dégageait de sa personne. Il avait sur scène une présence indéniable. 

Justine le dévorait du regard, le moindre geste, le moindre sourire de l’artiste, elle s’imaginait que c’était pour elle et pour elle seule. La jeune femme braqua son appareil photo vers la scène et mitrailla le groupe, enfin plus exactement l’objet de ses pensées. Elle ne cessa ses prises que lorsque l’APN l’avertit que sa carte mémoire était pleine. Sans doute que certains de ses clichés iraient rejoindre ceux qui tapissaient déjà sa chambre. La jeune fille avait développé un talent certain pour la photo, son sujet principal étant Stan qu’elle avait pris sous toutes les coutures quand ils étaient ensemble, mais surtout à son insu. Le cœur de la groupie battait à cent à l’heure, excitée par l’ambiance, par les souvenirs qui l’assaillaient, l’évocation de leurs étreintes passées illumina son visage d’un sourire radieux. La sueur perla sur ses tempes, mélanges d’émotions et de transpiration. Elle aurait tant aimé pouvoir l’approcher de nouveau, le toucher, sentir ses mains sur elle, sa bouche, son corps. Justine descendit de son perchoir et s’avança vers la scène, la fin du concert s’annonçait.

Les Chlidren of Styx entamèrent une dernière chanson après avoir été rappelés par la foule. Les dernières notes se turent et Stan face à la foule envoyait des baisers aux filles aux pieds de l’estrade. Les spots s’éteignirent  et les musiciens descendirent de scène, posèrent leurs instruments dans la camionnette de la société de Monsieur Jarosz. Un groupe d’une dizaine d’adolescentes et de jeunes adultes attendaient fébrilement que les musiciens sortent de l’ombre. Iwan, protecteur, serrait son frère de près, pret à intervenir en cas de problème. Il scruta du regard le groupe et s’assura que Justine ne s’y trouvait pas, il ne la vit pas et rassuré il laissa les fans approcher de Stan.  

— Un autographe s’il te plaît ! Une photo ? Oh dis oui, s’il te plaît, insista une pimpante rousse en mini short et t-shirt noir.

Iwan signa de bon gré et annonça aux jeunes gens qu’ils se rendaient tous en boîte d’ici une heure ou deux, le temps de se doucher et de se changer. Ils signèrent tous les feuilles qu’on leur tendait, acceptèrent ravis de poser, puis Iwan, le leader, annonça qu’ils devaient partir, mais lança un «  A bientôt » à l’assemblée, parfaitement certain qu’ils les retrouveraient dans la discothèque  d’ici peu de temps.

— Moi je rentre, je suis naze, annonça Thomas le bateur.

— Tu ne vas pas nous faire ce coup ! 

— Si Stan, j’en peux plus, on se revoit lundi ?

— Ok ça marche mec. 

Les deux musiciens s’en tapèrent cinq et Thomas s’engouffra dans la voiture de ses parents. 

Les deux Jarosz partirent vers la villa familiale, prirent une bonne douche avant de se changer et se préparer pour aller en boîte. Stan vérifia une nouvelle fois qu’il avait bien des préservatifs dans les poches arrière de son jean noir. Il enfila par-dessus sa chemise grenat un gilet de cuir sombre sans manches. Il passa une longue main fine dans sa chevelure de jais bouclée puis la secoua avant de refermer la porte de sa chambre et descendit au salon rejoindre son frère aîné. Iwan était aussi blond que son frère avait les cheveux noir, cependant on ne pouvait manquer leur lien de parenté. Tous deux possédaient les iris gris bleu de leur père et sa stature, même si le cadet était un peu plus petit et un peu plus fin. Il avait hérité du charme latin de leur mère et Iwan le côté slave, mais malgré tout il y avait un petit air de famille entre eux.

— Ça y est t’es prêt ?

— Ouais, j’ai les munitions !

Iwan ne put s’empêcher de sourire à cette évocation. Les deux jeunes hommes montèrent dans la Clio verte et partirent pour le centre-ville où se trouvait la discothèque, sur le parking ils retrouvèrent Jordan et Amélie ainsi que le reste de leurs potes, dont Pauline, une jeune fille à la crinière fuchsia et au look indéniablement gothique. Leur arrivée ne demeura pas inaperçue, une partie des jeunes gens présents à la soirée les avaient suivis pendant le concert. Un certain nombre d’entre eux sortit leur smartphone et les prit en photo. Les musiciens jouaient le jeu, ravis d’être le centre de l’attention. Quelques jeunes filles et jeunes femmes ne quittaient pas du regard les deux frères. Après quelques verres, quelques danses, chacun d’entre eux sortit de la discothèque une fille au bras. Connus des lieux, le videur leur souhaita une bonne soirée, un petit sourire de connivence aux lèvres.  La boîte située pas bien loin des rives du Cher et de la zone commerciale offrait que l’embarras du choix pour trouver un coin tranquille. Stan et sa copine d’un soir s’éloignèrent vers les berges, ils trouvèrent un endroit un peu éloigné et s’étendirent dans l’herbe rase. Le chanteur était habitué des lieux à la belle saison, comme à son habitude, il prit son temps, embrassa doucement son amante d’un soir, caressa les cuisses dénudées, passa ses mains sous le crop-top bleu. Ravie d’être l’objet de l’attention de l’artiste, sa groupie se laissa faire avec grand plaisir. Elle ne vit pas le temps passer pendant qu’ils échangeaient de longues caresses et s’adonnaient au plaisir.  Stan  glissa son préservatif usagé dans une petite poche qu’il avait toujours sur lui avant de la jeter dans une des poubelles près du centre Athanor. Ils revinrent dans la boîte et constatèrent qu’Iwan s’était aussi absenté en charmante compagnie. Les deux frères passèrent donc la soirée avec leur coup d’un soir puis rentrèrent au petit matin. 

****

En cette fin août, la famille Nguyễn Văn Lô rejoignit Paul déjà installé dans leur nouvelle demeure depuis le début de l’été. C’était avec un brin de nostalgie que Lan Anh quittait son bel appartement parisien pour une grande villa, lui avait affirmé son mari.

— Tu verras, on aura un grand jardin avec piscine pour moins de la moitié du prix de cet appart et les enfants y seront très bien.

Lesdits enfants : deux adolescents ; Mathias âgé de dix-sept ans et Sophie sa cadette de seize ans. Monsieur Nguyễn Paul, un ingénieur en robotique avait décroché une proposition qu’il ne pouvait refuser, d’autant plus qu’il aspirait à quitter Paris à la première occasion, et revenir dans la région qui avait accueilli ses grands-parents et ses parents alors qu’ils étaient encore que de jeunes enfants étaient pour lui comme un retour aux sources.

Il n’avait jamais imaginé qu’il viendrait s’installer avec les siens à Montluçon, une ville moyenne d’Auvergne à quelques kilomètres de ce qui fut un des villages où bon nombre d’Asiatiques furent rapatriés à la fin de la guerre d’Indochine. Ses grands-parents étaient arrivés à Noyant en plein hiver 1956 par des températures glaciales avec leurs jeunes enfants. Le père de Paul avait alors une douzaine d’années. Souvent il lui avait raconté leur arrivée dans ces anciens corons où les familles aux nombreux enfants s’entassaient dans un petit deux-pièces-cuisine sans sanitaires ni eau courante.

Que de chemin parcouru pour ce petit fils d’exilé. Paul était fier de ses origines, de ces gens qui avaient tout perdu et avaient dû se battre pour que leur fils puis leur petit-fils puissent avoir une vie meilleure.

Paul avait décidé de quitter Paris à la première occasion pour ses enfants, pour Mathias surtout. Son fils qui lui causait bien du souci tandis que Sophie était une élève studieuse. Il était certain que cette nouvelle vie leur serait profitable à tous, moins de stress, un cadre de vie plus agréable. Quand la société I.C.R.C1 avait décidé de s’installer dans la ville auvergnate, il avait sauté sur l’occasion qu’elle lui avait offerte. Un de ses chasseurs de têtes l’avait contacté avec un contrat plus qu’alléchant et revenir vers la terre qui accueillit sa famille des décennies plus tôt, il voyait cela comme un clin d’œil du destin. Soixante et un ans plus tard, Paul et les siens posaient donc leurs valises à Montluçon.

1I.Connect.Robotic.Corporated

Catégories : BlastJournal

0 commentaire

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :