Petits conseils d’écriture

Petits conseils d’écriture

Je sais vous me direz encore un auteur qui se la pète et y va de ses petits conseils. Encore un énième article sur le sujet.

Il se trouve que je suis aussi éditeur et qu’à ce titre je vois passer beaucoup de manuscrits, des très bons comme des très mauvais et ne nous leurrons pas, plus souvent des mauvais que des bons. Certes les comités de lecture ne sont pas infaillibles et ce qui plaît à l’un ne plaira peut-être pas à l’autre et vice versa.

Je ne vais pas vous dire comment écrire un roman pour qu’il soit publiable, vous vous organisez comme bon vous semble. Certains ont besoin d’un plan détaillé, de fiches… et d’autres écrivent au fil de la plume, c’est mon cas. Mais que ce soit l’un ou l’autre, un point me paraît essentiel : celui de la recherche, de la documentation. Vérifiez vos dires, assurez-vous que ce que vous avancez est vrai, réaliste.

Un petit exemple qui parlera à beaucoup de gens, et auquel je suis confrontée en tant qu’auteure.

La morsure des vampires.

Une créature avec quatre crocs, deux en haut et deux en bas, qui vous mord à pleines dents, ne vous laissera jamais deux jolis petits trous avec un léger filet de sang. Non elle vous arrachera la gorge. Donc si vous voulez ces deux petits trous il va falloir que vous réfléchissiez à comment le vampire pourrait bien s’y prendre. Pareil pour s’abreuver à l’artère… vue la pression, la puissance du jet, votre pauvre vampire va avoir un peu de mal à boire… Il est quasi impossible de vider entièrement un organisme de son sang, le cœur de la victime aura cessé de battre bien avant que les cinq litres y soient passés… et je pourrais continuer longtemps comme cela. J’ai demandé à des amies infirmières par exemple… consulté des articles scientifiques et médicaux… et c’est ce que chaque auteur qui respecte un tant soit peu ses lecteurs doit faire.

Ça c’est un point essentiel pour chaque histoire. Imaginez que vous écriviez dans votre roman qu’un dauphin est un poisson… si vous désirez faire des entorses, vous avez intérêt à avoir un récit qui se tienne, que la vraisemblance le soit de bout en bout à l’intérieur même de votre histoire. Évitez de vous contredire vous-même…

Travaillez vos personnages, donnez-leur une épaisseur. Ce n’est pas parce que vous écrivez du fantastique, de la SF, de la fantasy ou tout autre genre que vos héros n’ont ni passé ni petites manies, des hobbies, une religion, des idées politiques, un idéal de vie… Votre personnage peut être bordélique, adorer les oursons en guimauve, être un vrai geek, collectionner les boîtes de camembert… Quel que soit son âge, il a forcément un passif, que ce soit un passé heureux ou pas… mais son passé fera de lui ce qu’il est au moment de votre histoire. Votre loup-garou est peut-être une geekette avec des salopettes à fleurs et des parents hippies… qui mange bio, qui aimerait peut-être être vegan, mais qui de par sa nature lutte contre son envie de manger de la viande. Vous pouvez très bien choisir une créature usitée mille fois, mais vous l’approprier, le réinventer ou tout simplement lui donner une personnalité atypique.

Un roman c’est aussi une ambiance, sélectionnez vos mots, la manière de s’exprimer. Un chevalier au moyen âge ne parlera pas comme le mec de cité du XXIe. Une femme du XVII ne pensera pas, ne se comportera pas comme une occidentale de notre époque. N’oubliez pas l’importance de la religion dans certaines cultures, certaines époques. Vous n’aimez pas les descriptions ? Désolez pour vous, mais il va falloir vous y coller au moins un minimum. Le décor fait partie de votre roman, les lieux, les odeurs, la lumière, le temps… tout cela concourt à créer un climat, une ambiance. Il y a de fortes chances que votre héroïne un peu bourgeoise se sente un peu mal à l’aise au milieu d’un squat tandis qu’en soirée dans une jolie villa au milieu de ses pairs, elle sera dans son élément. Le décor, l’environnement ne sert pas qu’à décrire un lieu, il permet aussi à votre personnage d’entrer en action avec lui. La trace qu’un doigt laissera sur une vieille commode poussiéreuse, la poignée légèrement grippée que l’on aura du mal à tourner…

Un conseil que l’on m’a donné au début que je montrais mes textes, ne faites pas une description juste pour en faire une. Il vaut mieux que votre troll interagisse avec lui, votre punk… c’est bien plus sympa à lire.

Faites attention aux lourdeurs. C’est une sale manie, et tous les auteurs ont des travers d’écriture. J’en ai vous en avez.

Par exemple, j’utilisais ce genre de formulation : Dante se mit à tourner en rond dans sa bibliothèque alors qu’il attendait Camille depuis des heures.

Il ou elle se mit à… beurk.

Faites attention aussi aux mots que vous employez. Il y a un roman d’un auteur de fantasy très connu, j’ai fait la grimace dès le prologue. Je sais, c’est pinailler, mais me parler d’un pentagone à 12 branches pour moi c’est une erreur énorme. J’ai montré ledit prologue à diverses personnes sans leur dire de qui était-ce ni dans quel roman, chacune d’entre elles a bugué sur le même point. Il y avait d’autres petits trucs comme ça et quand on s’arrête au milieu de sa lecture en se disant What the fuck ? C’est un peu dommage… bref ce livre je ne l’ai jamais terminé et du coup je n’ai pas lu les deux tomes suivant que j’avais achetés… j’ai essayé de me faire violence, mais non trop de choses sur lesquels j’ai buté.

Les descriptions et actions lapidaires. Votre héroïne fait les boutiques. Pourquoi ne pas en profiter pour faire une petite scénette ? Ce peut être l’occasion de faire une pause au cours d’une histoire difficile pour votre personnage, mais aussi pour votre lecteur. Vous n’êtes pas obligé de décrire chaque magasin, mais un seul suffira, glissez-y une anecdote… De même, vous indiquez qu’un individu mange gloutonnement. Oui, et ? Vous pouvez remplacer cet affreux adverbe par une petite scène qui dira la même chose, mais qui donnera du punch à votre passage.

Évitez quand même de casser l’action, comme briser un combat avec la réflexion d’un personnage ou je ne sais quoi d’autre.

Les combats alors là j’en aurais des choses à dire… si c’est du combat médiéval, allez voir des vidéos, renseignez-vous concernant l’histoire de l’armure, des épées… Pareil, un revolver automatique ne contient pas deux cents balles… ou les affrontements au corps à corps avec ou sans armes blanches… À moins que votre héros ne se donne en spectacle, en général le but est de mettre son adversaire hors d’état de nuire le plus rapidement possible. Vous n’êtes pas dans un film chinois d’arts martiaux avec moult effets spéciaux, ce qui rend bien à l’écran ne rend pas du tout à l’écrit et franchement c’est vite gonflant de voir votre combattant faire des effets de manche qui tombent à plat.

Je suis désolée, mais votre héros/héroïne est un guerrier d’élite, la crème de la crème, le meilleur d’entre tous et l’affrontement s’étale sur deux pages au moins avec des effets, alors à moins de vouloir faire durer le combat pour le jeu, je n’y crois pas une seconde et ça enlève un peu de l’intérêt de l’histoire.

Justifiez les décisions de vos héros. Pas les sentiments, je suis désolée n’en déplaise à certains qui veulent les raisons et les pourquoi on tombe amoureux… qui ne comprennent pas le coup de foudre entre deux personnages… c’est un peu comme vouloir saisir pourquoi vous détestez les fraises et pas le chocolat. C’est subjectif, on ne peut pas tout expliquer et souvent les sentiments en font partie par contre les décisions, les actions ont des raisons d’être.

Pour finir relisez-vous, encore et encore, revenez sur vos phrases, voter vocabulaire. Je hais les répétitions, mais attention on n’emploie pas les synonymes n’importe comment. Reformulez s’il faut. Quant aux fautes d’orthographe, de grammaire… nous en faisons tous. Faites au mieux. Je suis fâchée avec la ponctuation. Je fais des phrases longues, je le sais, mais notre langue se satisfait tout à fait d’autre chose que de sujet+verbe+complément.

Bonne écriture.

Comments (2)

  1. Jacinthe 29/01/2017 at 13:22

    Est-ce que tu te la pètes ? Je ne pense pas. J’ai moi-même remarqué bon nombre d’incohérences lors de mes lectures…

    La morsure à quatre crocs est un bon exemple. Il m’est arrivé de lire une romance paranormale où un loup-garou avait justement une mâchoire pareille (avec des canines proéminentes, je précise) et après avoir gratifié sa partenaire d’une telle morsure, elle s’est retrouvée avec deux jolis trous à son cou. Est-ce réellement possible sachant que deux énormes crocs saillaient également de sa mâchoire du bas ? Sans compter qu’il l’a mordue dans le cou ?

    Les personnages ternes, fades, sont plus ou moins fréquents également. Certaines fois, ils ne sont pas assez approfondis, trop superficiels, et d’autres fois, ils sont bien trop parfaits pour que l’on puisse les approcher… J’aime me sentir proche de mon personnage, découvrir ses petits défauts et ses manies, et parfois même m’identifier à lui.

    Cependant, s’il y a une chose qui me fait particulièrement grimacer, ce sont les répétitions. Une répétition ou deux, ce n’est pas un crime, mais lorsqu’un(e) auteur(e) emploie constamment les mêmes verbes/expressions, insiste à longueur de temps sur telle ou telle information, voire qui rejoue des scènes bien trop similaires pour passer inaperçues, je craque. Jugez-moi trop sévère, mais la diversification est primordiale à mes yeux.

    Je partage donc ton avis sur tous les points, même si critiquer un auteur ne me fait absolument pas plaisir. Il est dur de le faire sachant que nous n’écrivons pas nous-mêmes, mais pointer les erreurs ne permet-il pas de s’améliorer ? En tout cas, c’est un bon article qui mérite d’être lu.

    Et comme je te comprends lorsque tu dis être fâchée avec la ponctuation ! J’adore les phrases longues – autant pour les écrire que pour les lire – et je me souviens encore de ma prof de français me sermonnant à ce sujet… en vain, assurément :D.

    • Nathy 29/01/2017 at 14:00

      Oui, il y a beaucoup de choses qui sont pénibles à la lecture. Oui les similitudes c’est agaçant. Les redondances…
      Oui les phrases longues, ça a été ma bête noire pendant toute ma scolarité.
      Bref un mot Faites vivre vos personnages!

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