L’étal

J’ai créé il y a quelques mois un groupe sur Facebook du nom de Défi d’écriture. Son but est de se lancer des défis entre auteurs publiés ou non afin de progresser, de sortir de nos zones de confort.

À l’occasion d’un des défis portant sur le développement d’une description voici le petit texte qui en est sorti.

Le drapier juché sur son tabouret de bois observait d’un œil attentif les allers et venues des potentiels acheteurs. Son étal simple fait de planches et de tréteaux sous un dais de toile bleue et or abritait cependant des merveilles : des soieries fines et multicolores, des lins arachnéens, des cotons brodés, des draps de laine afin de confectionner des capes chaudes pour les hivers rigoureux aux pieds des montagnes. Son regard de rapace fut attiré par une femme, non plutôt une jeune fille. Son teint d’albâtre et la larme rouge tatouée au coin de son œil gauche laissaient supposer qu’il s’agissait d’une courtisane. La créature aux gestes nonchalants s’avança vers son échoppe. Une longue main fine s’échappa d’un manchon de fourrure argentée et vint caresser les tissus éparts, elle semblait les caresser, en apprécier la douceur, la finesse. Elle soupesa le tissu de laine, le froissa et sans un mot elle sortit de dessous son épais manteau de peau bleutée une bourse bien remplie.
— Combien pour ce drap de laine ?
—50 pièces d’argent, Mademoiselle.
— C’est bien cher…
—50 le rouleau.
Sa bouche carmin dessina un « O » sensuel et elle versa dans la main tendue du commerçant cinq pièces de dix. C’est à cet instant-là que le drapier découvrit un jeune serviteur caché par le volume du manteau. L’adolescent en livret de lin écarlate confirma ce que le drapier avait pensé, sa maîtresse était bel et bien une courtisane et pas n’importe laquelle… une de la plus grande et plus coûteuse maison des plaisirs de la ville.

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