Le Bar (Sang d’Ombre tome 2)

Extrait choisi de D’Ombre et de Braises, le tome 2 de Sang d’Ombre. Ce passage du chapitre 4 permet d’une part de découvrir ma plume et d’autre part de vous partager un extrait de ce second tome sans vous dévoiler l’intrigue… donc pas de spoiler.

Il s’arrêta dans un établissement plutôt de bonne fréquentation, où la clientèle ne se constituait pas de piliers de comptoir. Il s’installa sur une banquette de cuir grenat dans un coin tranquille et commanda un cognac. Il ne prêta pas attention aux regards que les clients lui jetaient, peu habitués à croiser un homme de sa stature et de son allure. Il allongea ses longues jambes, ferma les yeux pendant qu’il faisait aller et venir le breuvage dans son verre ballon. Il en huma l’arôme boisé et le porta à ses lèvres. L’eau-de-vie réchauffée au creux de sa main glissa sur sa langue, il en apprécia la saveur légèrement fruitée et la chaleur de l’alcool lorsqu’il descendit dans sa gorge. Il resta ainsi quelques minutes, loin de tout et si proche à la fois.

Une fois son verre fini, il ouvrit de nouveau les yeux et son regard bleu nuit fut attiré par une femme qui lui tournait le dos, assise au comptoir. Il la détailla, intrigué. Son cœur s’emballa, songeant que c’était peut-être Angelyne. Elle avait la même corpulence, la même chevelure et sa gestuelle était proche de celle de la jeune humaine. Swann ne put s’empêcher de murmurer le prénom de celle qu’il aimait. Il devait en avoir le cœur net. Il se leva et s’approcha discrètement du comptoir où elle était perchée sur un haut tabouret, prit le siège à sa droite et commanda un second verre. L’inconnue discutait avec un individu à sa gauche qui semblait la draguer. Un peu agacé, Swann tendit l’oreille, l’homme offrit un verre à la femme et commença son cirque. La voix n’était pas celle d’Angie, mais peut-être ses souvenirs lui faisaient-ils défaut. Pour s’en assurer, il l’aborda.

— Excusez-moi, auriez-vous une cigarette ?

Elle se retourna en fronçant les sourcils et lui répondit sèchement.

— Non ! Je ne fume pas, et c’est interdit !

Elle pivota à nouveau et but le verre qui lui faisait face. Un peu déçu, Swann la pria de l’excuser ; ce n’était hélas pas Angelyne. Il resta cependant sur son siège et avala son cognac cul sec.

— Un autre , je vous prie !

Swann ne l’intéressait pas. L’humaine du bar cherchait l’aventure d’un soir et le Néos n’était pas son genre, elle n’était pas attirée par ce type d’homme. Le vampire n’avait pas prêté attention au miroir derrière le comptoir et, pendant qu’il buvait son verre, la femme prenait son temps pour l’étudier.

Non décidément, il n’avait rien pour lui plaire. Son teint trop pâle ne voyait probablement pas assez souvent le soleil. Un bon coup de ciseaux ne lui ferait pas de mal et cette couleur, qu’est-ce que c’est ridicule !… Pfff, il aurait dû se faire des mèches roses pendant qu’il y était. Il a vu sa tronche ? On dirait presque une nana, et puis il est bien trop jeune, il a quoi  ? viVingt-cinq, peut-être vingt-sept ans ?… Je veux un mec, pas un blanc-bec avec qui je vais m’emmerder… Il va encore rester longtemps assis là ? Si ça tombe, c’est une saleté de junky. Putain, il a une sacrée descente !

Swann capta une partie des pensées de la jeune femme ; il lui aurait bien envoyé une pique acerbe, mais elle n’en valait pas la peine. L’autre homme installé à côté de l’humaine recommença son numéro de drague. Amusé, Swann se dit qu’il tenait peut-être le moyen de rire aux dépens de ces deux mortels.

—  C’est à vous ces beaux yeux-là ? demanda l’individu, un homme dans la trentaine, peut -être trente-cinq ans, sentant la testostérone à plein nez, avec son teint mat, ses cheveux coupés courts, sa petite barbe bien taillée et ses muscles saillants sous un polo de marque.

— Non, non, elle les a volés au supermarché du coin ! rétorqua Swann en se penchant légèrement avant que la femme ne puisse répondre.

L’homme lui jeta un regard noir et l’ignora, puis reporta son attention sur l’humaine.

— Vous êtes venue seule ?

— Non, elle a attaché son mec sur le trottoir !

Elle fit volte-face, furieuse de la seconde intervention du vampire, et s’apprêtait à lui envoyer une remarque peu amène quand Swann lui adressa son sourire le plus ravageur et leva son verre.

— À la vôtre… Et à la plus belle femme que je connaisse… qui, visiblement, n’est pas en ces lieux !

Et il se retourna vers le barman pour lui demander un autre cognac, sans prêter la moindre attention au sourire à peine esquissé par la mortelle qui s’était affaissé brusquement à la fin de la tirade du Néos.

À chaque phrase des deux humains, Swann trouva une répartie à tel point qu’excédé par l’intrusion du vampire, l’homme paya son addition, attrapa sa veste et s’en alla seul. Le serveur, égayé par la situation, avait adressé un clin d’œil complice à Swann.

— Ça vous amuse d’emmerder les gens ? questionna, furieuse, la femme à ses côtés.

— Beaucoup, je l’avoue, et voir les vains efforts de ce rustre pour vous mettre dans son lit m’a beaucoup diverti.

— Je…

— N’ayez crainte, vous ne m’intéressez pas. Vous n’avez rien pour ça et ce n’est certainement pas vos seins et vos lèvres siliconés qui me feront bander ! Je connais une certaine veuve bien plus engageante et à qui je ne serai pas obligé de payer un taxi. Voyez-vous, je ne tire pas la chasse pour rincer les chiottes !

À ces mots, Swann se leva, paya l’addition en laissant un généreux pourboire à son complice d’un moment et sortit. La femme, vexée, s’en alla peu de temps après. Le Néos la suivit quelques minutes. Lorsqu’elle arriva près d’une rue plus discrète, il remonta à son niveau et l’entraîna dans une impasse plus sombre. Le vampire la plaqua contre le mur, colla une de ses mains sur sa bouche et ses crocs acérés pénétrèrent la chair tendre du cou de l’humaine qui embaumait le parfum de marque dont elle s’était généreusement aspergée. Il s’abreuva sans prendre la peine de partager quoi que ce soit avec elle. Il prit cependant soin de refermer la plaie et qu’elle oublie ce petit aparté dans une ruelle plongée dans le noir. Swann appela un taxi pour rentrer chez lui et l’abandonna là, sans le moindre remords.

Comments (1)

  1. gabrielle viszs 20/01/2017 at 19:06

    J’adore toujours autant ton écriture et on sent pour ma part que Swann arrivé au bout!

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