Le Blog de Nathy http://www.nathy.fr Blog de l'auteur et illustratrice Nathy Mon, 02 Dec 2019 10:32:18 +0100 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.3 112276487 Extrait de Intimidation http://www.nathy.fr/extrait-de-intimidation/ http://www.nathy.fr/extrait-de-intimidation/#respond Mon, 02 Dec 2019 10:29:00 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1435 Afin de vous faire découvrir la version finale de ce premier tome de Children of Styx, mon roman contemporain en deux parties, je vous propose le prologue et les deux premiers chapitres de Intimidation. En espérant que ceux-ci vous donneront envie de lire la suite.Je vous invite à laisser un […]

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Afin de vous faire découvrir la version finale de ce premier tome de Children of Styx, mon roman contemporain en deux parties, je vous propose le prologue et les deux premiers chapitres de Intimidation.

En espérant que ceux-ci vous donneront envie de lire la suite.
Je vous invite à laisser un petit commentaire, un auteur est toujours content d’avoir des retours à propos de ce qu’il ou elle écrit.

Si vous préférez le lire en pdf, vous pouvez également télécharger cet extrait.

Prologue

Montluçon, avant-dernier samedi d’août

L’esplanade du château des Bourbon était noire de monde. Ce soir-là, c’était le dernier concert de la saison estivale, et les Children of Styx, un groupe local de metal jouait. Les musiciens connaissaient une certaine notoriété dans l’agglomération montluçonnaise malgré leur jeune âge. Les cours allaient bientôt reprendre, et leur prochaine prestation n’était prévue que pour Halloween.

Une foule de personnes de tous âges venait les écouter et, parmi eux, une jeune femme aux traits fins, la vingtaine, de longs cheveux argentés aux pointes presque blanches, attendait avec impatience l’apparition de celui qui faisait battre son cœur : Stan, le chanteur. D’aucuns auraient dit que c’était une belle jeune fille.

Justine se tenait un peu à l’écart, assise sur le mur d’enceinte, elle ignorait le public qui s’était mis à scander le nom du vocaliste. La jeune groupie attendait fébrilement, et plus les secondes passaient, plus elle se sentait excitée. Elle murmura son nom tel un soupir quand les projecteurs trouèrent la pénombre et que cinq silhouettes apparurent. La haute stature de l’aîné des frères Jarosz se détacha, sa guitare en bandoulière. Un spot rouge éclaira le cadet dissimulé sous une cape noire qu’il laissa choir sur le plancher, tandis qu’il se relevait et attrapait le micro qui lui faisait face. Une clameur s’éleva. Une rangée d’adolescentes au pied de la scène érigée la veille s’égosillait, chacune dévorait du regard le jeune homme à la longue chevelure de jais dont la voix faisait vibrer le public. L’artiste avait l’art et la manière de mettre de l’ambiance. Iwan, à la guitare, ne pouvait s’empêcher d’esquisser un léger sourire en découvrant ce parterre de femelles en chaleur prêtes à écarter les cuisses dès que son frère jetait un œil sur l’une d’entre elles. Il était certain qu’une fois de plus, ce soir, une de ces groupies finirait entre ses bras. Son regard balaya l’esplanade éclairée par les nombreux spots, il repéra Justine, juchée pas bien loin sur le muret, nimbée par la lueur bleue d’un des projecteurs. Son sourire se figea, il se détourna en espérant que Stan ne la verrait pas.

Ils enchaînèrent les morceaux endiablés à une allure folle. Stan et tous les musiciens s’éclataient, jamais il n’y avait eu tant de monde lors de leurs précédentes prestations. À cet instant, le jeune chanteur ne pensait qu’à la musique. Il parcourait la scène, invectivait la foule. À ce moment-là, il n’était plus cet adolescent charmeur de dix-sept ans, mais seulement cet artiste dont le rêve de devenir une rock-star hantait l’existence. Il se sentait parfaitement à sa place face au public, sa voix puissante, capable de monter tant dans les aigus que de descendre dans les tons les plus graves, faisait chavirer ses fans. Stan, malgré son jeune âge, à force de travail, savait en user, tout comme il profitait du charisme qui émanait de sa personne. Il avait sur scène une présence indéniable.

Justine le dévorait du regard. Le moindre geste, le moindre sourire de l’artiste, elle s’imaginait qu’il les lui adressait à elle seule. La jeune femme braqua son appareil photo vers la scène et mitrailla le groupe, enfin, plus exactement, l’objet unique de ses pensées. Elle ne cessa ses prises que lorsque l’APN l’avertit que sa carte mémoire était pleine. Sans doute certains de ses clichés iraient-ils rejoindre ceux qui tapissaient déjà sa chambre. La jeune fille avait développé un talent certain pour la photo, son sujet principal étant Stan, qu’elle avait pris sous toutes les coutures quand ils étaient ensemble, mais surtout à son insu. Le cœur de la groupie battait à cent à l’heure, excitée par l’ambiance et les souvenirs qui l’assaillaient. L’évocation de leurs étreintes passées illumina son visage d’un sourire radieux. La sueur perla sur ses tempes, mélange d’émotion et de transpiration. Elle aurait tant aimé pouvoir l’approcher de nouveau, le toucher, sentir ses mains sur elle, sa bouche, son corps. Justine quitta son perchoir et s’avança vers la scène ; la fin du concert s’annonçait.

Les Children of Styx entamèrent une ultime chanson après avoir été rappelés par les spectateurs. Quand les dernières notes se turent, face à la foule, Stan envoya des baisers aux filles au pied de l’estrade. Les spots s’éteignirent et les musiciens descendirent de scène, posèrent leurs instruments dans la camionnette de la société de monsieur Jarosz. Une troupe d’une dizaine d’adolescentes et de jeunes adultes attendaient fébrilement que les jeunes prodiges sortent de l’ombre. Iwan, protecteur, serrait son frère, prêt à intervenir en cas de problème. Il scruta du regard le groupe et s’assura que Justine ne s’y trouvait pas. Il ne la vit pas et, rassuré, il laissa les fans approcher de Stan.

— Un autographe ! Une photo ? Oh, dis oui, s’il te plaît, insista une pimpante rousse en mini short et t-shirt noir.

Iwan signa et posa de bon gré, puis annonça aux jeunes qu’ils se rendaient tous en boîte d’ici une heure ou deux, le temps de se doucher et de se changer. Ils dédicacèrent toutes les feuilles qu’on leur tendait, acceptèrent, ravis de poser, puis Iwan, le leader, déclara qu’ils devaient partir, mais lança un « À bientôt » à l’assemblée, parfaitement certain qu’ils les retrouveraient à la discothèque d’ici peu de temps.

— Moi, je rentre, je suis naze, signifia Thomas, le batteur.

— Tu ne vas pas nous faire ce coup-là !

— Si, Stan, j’en peux plus, on se revoit lundi ?

— OK, ça marche, mec.

Les deux musiciens s’en tapèrent cinq, et Thomas s’engouffra dans la voiture de ses parents.

Les deux Jarosz partirent vers la villa familiale, prirent une bonne douche avant de se changer et se préparer pour aller en boîte. Stan vérifia une nouvelle fois qu’il avait bien des préservatifs dans les poches arrière de son jean noir. Il enfila par-dessus sa chemise grenat un gilet de cuir sombre sans manches. Il passa une longue main fine dans sa chevelure de jais bouclée, puis la secoua avant de refermer la porte de sa chambre et descendit au salon rejoindre son frère aîné. Iwan était aussi blond que son frère avait les cheveux noirs, cependant, on ne pouvait manquer leur lien de parenté. Tous deux possédaient les iris gris bleu de leur père et sa stature, même si le cadet était un peu plus petit et un peu plus fin. Il avait hérité du charme latin de leur mère, et Iwan du côté slave paternel, malgré tout, il y avait un incontestable air de famille entre eux.

— Ça y est, t’es prêt ?

— Ouais, j’ai les munitions !

Iwan ne put s’empêcher de sourire à cette évocation. Les deux jeunes hommes montèrent dans la Clio verte et partirent pour le centre-ville où se trouvait la discothèque. Sur le parking, ils retrouvèrent Jordan et Amélie ainsi que le reste de leurs potes, dont Pauline, une fille à la crinière fuchsia et au look indéniablement gothique. Leur arrivée ne demeura pas inaperçue, une partie des jeunes gens présents à la soirée avait participé au concert. Un certain nombre d’entre eux sortit leur smartphone et les prit en photo. Les musiciens jouaient le jeu, ravis d’être le centre de l’attention. Quelques jeunes filles et jeunes femmes ne quittaient pas du regard les deux frères. Après quelques verres, quelques danses, chacun quitta la discothèque, une fille au bras. En tant qu’habitués des lieux, le videur leur souhaita une bonne soirée, un petit sourire de connivence aux lèvres. La boîte située non loin des rives du Cher et de la zone commerciale offrait l’embarras du choix pour trouver un coin tranquille. Stan et sa copine d’un soir filèrent vers les berges, ils repérèrent un endroit un peu éloigné et s’étendirent dans l’herbe rase. Le chanteur était un habitué des lieux à la belle saison. Comme à l’accoutumée, il prit son temps, embrassa doucement son amante d’un soir, caressa les cuisses dénudées, passa ses mains sous le crop-top bleu. Ravie d’être l’objet de l’attention de l’artiste, sa groupie se laissa faire avec grand plaisir. Elle ne vit pas le temps filer pendant qu’ils échangeaient de longues caresses et s’adonnaient au plaisir. Stan glissa son préservatif usagé dans une petite poche qu’il avait toujours sur lui avant de la jeter dans une des poubelles près du centre Athanor. Ils revinrent dans la boîte et constatèrent qu’Iwan s’était aussi absenté en charmante compagnie. Les deux frères passèrent donc la soirée avec leur coup d’un soir, puis rentrèrent au petit matin.

****

En cette fin août, la famille Nguyễn Văn Lô rejoignit Paul, déjà installé dans leur nouvelle demeure depuis le début de l’été. C’était avec un brin de nostalgie que Lan Anh abandonnait son bel appartement parisien pour une grande villa, lui avait certifié son mari.

— Tu verras, on aura un grand jardin avec piscine pour moins de la moitié du prix de cet appart, et les enfants y seront très bien.

Lesdits enfants étaient en réalité deux adolescents : Mathias, âgé de dix-sept ans, et Sophie, sa cadette d’un an. Paul Nguyễn, ingénieur en robotique, avait décroché une proposition qu’il ne pouvait refuser, d’autant plus qu’il aspirait à quitter Paris à la première occasion et revenir dans la région qui avait accueilli ses grands-parents et ses parents, alors qu’ils n’étaient encore que de jeunes enfants. Ce déménagement était pour lui comme un retour aux sources.

Il n’avait jamais imaginé qu’il s’installerait avec les siens à Montluçon, une ville moyenne d’Auvergne, à quelques kilomètres d’un des villages où bon nombre d’Asiatiques furent rapatriés à la fin de la guerre d’Indochine. Ses grands-parents étaient arrivés à Noyant en plein hiver 1956 par des températures glaciales avec leurs jeunes enfants. Le père de Paul avait alors une douzaine d’années. Souvent, il lui avait raconté leur venue dans ces anciens corons où les familles aux nombreux enfants s’entassaient dans un petit deux-pièces-cuisine sans sanitaires ni eau courante.

Que de chemin parcouru pour ce petit fils d’exilé ! Paul était fier de ses origines, de ces gens qui avaient tout perdu et avaient dû se battre pour que leur fils, puis leur petit-fils puissent avoir une vie meilleure.

Paul s’était résolu à quitter Paris à la première occasion pour ses enfants, pour Mathias surtout. Son fils lui causait en effet bien du souci, tandis que Sophie était une élève studieuse. Il était certain que cette nouvelle vie leur serait profitable à tous, moins de stress et un cadre de vie plus agréable. Quand la société I.C.R.C1 avait décidé de s’installer dans la ville auvergnate, il avait sauté sur l’occasion qu’elle lui avait offerte. Un de ses chasseurs de têtes l’avait contacté avec un contrat plus qu’alléchant, et il y vit un clin d’œil du destin. Soixante et un ans plus tard, Paul et les siens posaient donc leurs valises à Montluçon.

Chapitre 1

Lorsque Justine poussa la porte de sa chambre, elle retrouva son univers. La pièce, quoique pas bien grande, était son refuge, son lit à une seule place occupait la cloison face à la fenêtre, une armoire à deux battants, une commode et un petit bureau de bois laqué de blanc en étaient les seuls meubles. On n’apercevait presque plus la tapisserie grise aux petites fleurs roses sous le nombre de photos recouvrant les murs. Des clichés où l’on ne voyait que Stan en concert avaient remplacé les plus anciennes prises ou celles qui lui plaisaient le moins. Justine avait gardé à l’abri de tous regards les tirages qu’elle avait faits à l’époque où elle sortait avec Stan. Deux nus du jeune homme décoraient la face interne des portes de son armoire. Lorsqu’elle était allongée, elle laissait l’un des panneaux ouvert et pouvait ainsi contempler l’une de ses photos cachées. Sur la tablette qui lui servait de table de nuit, un portrait encadré du chanteur semblait la regarder. Stan était partout, jusque sur son ordinateur, en page d’accueil, sur son bureau, et même sur l’écran de son smartphone.

La jeune femme, du même âge qu’Iwan, était ravie : elle venait de recevoir l’aval de l’académie, elle pouvait refaire sa seconde année de préparatoire et, la veille, ses parents lui avaient donné les clés d’un petit T2 qu’ils lui avaient loué dans le centre-ville. Justine adorait la vieille cité médiévale et habiter dans l’une de ces bâtisses du Moyen Âge l’enchantait. Il lui tardait d’emménager, d’avoir son chez-elle, même si elle devait compter sur les largesses parentales pour vivre.

****

Fin août

Une fois les valises rangées dans le coffre, Pussy dans sa cage, Lan Anh et ses enfants s’engouffrèrent dans la Juke, laissant Paris derrière eux. Mathias boudait à l’arrière, mécontent de quitter la capitale, ses potes, les soirées. Les écouteurs sur les oreilles, il regardait les rues défiler, puis le périf et, pour finir l’autoroute, pendant que Sophie, un peu inquiète, posait de multiples questions à sa mère. La jeune fille entrait en seconde et laissait sa meilleure amie, celle avec qui elle avait tout partagé depuis la maternelle. Élodie lui avait promis la veille encore de l’appeler tous les jours, et Paris n’était pas si loin. Trois heures de train ou de voiture, et l’affaire était faite.

— Tu crois que ce nouveau lycée sera bien, que je vais m’y faire des copines ? Tu crois que je ne vais pas me faire regarder de travers ?

— Mais, ma chérie, Montluçon est une ville assez grande, tu rencontreras plein de gens, tout comme tu l’aurais fait à Paris, si nous y étions restés… Tu aurais aussi changé d’école à cette rentrée, tu n’es plus une petite fille.

Mathias poussa un long soupir agacé, ôta ses écouteurs.

— Qu’est-ce qu’elle a, la naine, à pleurnicher ?

— Mathias ! Sois un peu gentil avec ta sœur !

— Oui, Maman…

Il replaça l’appareil sur ses oreilles et se coupa de tout.

— Pourquoi on n’est pas resté ? insista Sophie.

— On a déjà eu cette discussion des dizaines de fois… Ton père a décroché un nouveau poste très intéressant et… on ne voulait pas rester. De toute façon, on aurait quitté la ville. L’opportunité s’est présentée, voilà tout.

— Oui, mais regarde Mathias, il repique sa terminale dans un nouveau lycée… Il aurait pu rester, devenir interne, vous auriez pu lui prendre un studio…

— Non ! Cela est hors de question, et tu sais parfaitement pourquoi. Une nouvelle année loin de ses fameux copains ne pourra que lui être profitable… Si nous étions restés, va savoir où nous l’aurions retrouvé et dans quel état.

— Maman, que vais-je faire sans Élodie ?

— Élodie par-ci, Élodie par-là, tu ne vas pas faire ta vie avec ton amie. Tu te feras plein de nouvelles copines.

— Mais Élodie, c’est ma meilleure amie, et tu le sais bien. Elle va me manquer.

— Vous êtes toujours en train de vous plaindre… Tu as un téléphone, Internet, une tablette et un ordinateur portable… Vous passiez déjà des heures devant ces machines à papoter, ça ne changera pas grand-chose. Mais vous verrez, votre père a envoyé quelques photos : il y a un grand jardin, une piscine dans un quartier très agréable à un quart d’heure du lycée.

— Super… marmonna Sophie, que les arguments de sa mère ne convainquaient pas.

Les trois heures d’autoroute passèrent rapidement. Il était juste onze heures quand la voiture prit la bretelle en direction de leur destination finale. En cette fin août, la ville commençait à peine à revivre, les gens rentraient de vacances, quelques touristes y traînaient encore. Mathias leva à peine le nez pendant qu’ils traversaient l’agglomération vers le quartier Saint-Jean, au sud de la ville auvergnate. Lorsqu’ils passèrent à proximité du lycée George Sand, il garda le nez sur son portable, Sophie ne vit qu’une butte, un grand portail et des arbres. L’automobile remonta l’avenue Kennedy et, quelques minutes plus tard, la Juke caramel se garait devant une belle villa contemporaine. Le quartier résidentiel un peu en bordure de la ville était fort agréable avec son immense parc arboré, un château, le stade hippodrome où Paul allait courir tous les matins. Il accueillit sa famille avec grand plaisir. Deux jours plus tôt, les déménageurs avaient tout emmené, les meubles, les livres, les bibelots… S’il restait encore beaucoup à faire, le principal était en place lorsqu’ils se retrouvèrent après deux mois de séparation.

Lan Anh était partie en Espagne avec les enfants pendant une quinzaine de jours, son mari n’ayant pas de congés cette année-là. Puis il avait fallu mettre l’appartement parisien en vente, emballer les affaires, régler bon nombre de choses. Paul, lui, s’était occupé de trouver la villa, d’inscrire ses enfants au lycée. Mathias en terminale littéraire option musique, tandis que sa sœur entrait en seconde. La jeune fille avait choisi une troisième langue et une option en arts plastiques. Il espérait tant que tout se passerait bien, que cette nouvelle vie moins impactée par le stress leur serait profitable.

— Je vous fais faire le tour du propriétaire ?

Un grognement inarticulé lui répondit. Mathias, toujours la musique à fond dans les oreilles, suivit son père de mauvaise grâce. La villa affichait de beaux volumes avec son séjour-salon donnant sur une grande terrasse et une véranda pouvant faire office de jardin d’hiver, la cuisine américaine avait également une ouverture sur le jardin où trônait un vaste barbecue. Sophie fut ravie en voyant la piscine. Elle qui s’était attendue à un bac où barboter découvrait un véritable bassin de natation au bord duquel elle pourrait se prélasser encore quelques jours.

— Attends de voir ta chambre et celle de ton frère.

Les chambres à l’étage, avec une petite mezzanine où, d’office, leur mère déclara qu’elle installerait un petit bureau, permettaient aux adolescents d’avoir chacun un véritable espace bien à eux. Elle fit le tour de la pièce, découvrant un modeste dressing ainsi qu’une salle de bain pour elle seule. Les trois chambres bénéficiaient de leur espace de sanitaires privés ; finies les disputes du matin pour libérer l’une des salles de bain de l’appartement parisien.

— Il ne vous reste plus qu’à arranger tout cela comme bon vous semble.

En effet, les cartons de vêtements, de livres, les CDs, et autres jeux vidéo étaient toujours emballés et occupaient encore une bonne partie de l’espace. Au rez-de-chaussée, une chambre d’amis et un grand bureau transformé en bibliothèque où les chers ouvrages des parents Nguyễn attendaient de retrouver les rayonnages.

Sophie sauta au cou de son père.

— Papa, c’est géant ! Élodie va être verte quand elle viendra.

— Aux vacances de novembre, si tout va bien.

— Si on allait manger un morceau, car là, je n’ai pas eu le temps de faire les courses. On va au restaurant, ça vous donnera l’occasion de découvrir la vieille ville… Ensuite, on ira faire les courses et on continuera de ranger.

Ils remontèrent dans la Juke et partirent vers le centre. Après s’être garée à proximité du parc Wilson, la petite famille se dirigea vers la ville médiévale aux rues pentues. Mathias adorait le charme des vieilles pierres et partageait autrefois cet amour avec sa mère, tandis que Sophie était plus branchée nouvelle technologie comme son père. Le jeune homme marchait derrière, contemplant les vieilles bâtisses, la cathédrale aux alentours de laquelle les restaurants se situaient. Bon nombre de personnes étaient déjà attablées en terrasse abritée par des dais de toiles. Par chance, ils purent trouver une place dans une des pizzerias. Pendant que leurs parents devisaient de l’avenir de la famille, de la rentrée scolaire, les deux ados mangeaient en silence, perdus dans leurs pensées. Un nouveau lycée, loin de la ville qui les avait vus grandir, c’était aussi devoir s’intégrer à nouveau, se faire de nouvelles connaissances… Mathias en voulait à son père, car quitter Paris l’avait aussi obligé à renoncer au groupe dans lequel il jouait depuis plusieurs années. Quand ils avaient abordé le sujet, Paul avait refusé qu’il remonte les week-ends pour rejoindre les musiciens. Il lui avait répondu qu’il en trouverait bien d’autres à Montluçon. La discussion avait été houleuse, Mathias reprochant à son père son manque de tolérance, d’autant plus que lui-même avait jadis été guitariste… mais avait tout abandonné à sa naissance. Quelques jours plus tôt, ils avaient fait une dernière soirée, joué une ultime fois ensemble avant de se promettre de se retrouver à l’occasion, quand il pourrait remonter. En quittant la capitale, Mathias avait tout laissé derrière lui : Kim, sa petite amie, Fabien, son meilleur pote depuis l’enfance, celui avec qui il avait fait les quatre cents coups, bu sa première bière, fumé son premier joint, séché les cours. Il pensait à tout cela et ne prêta pas attention à ce qui se passait autour de lui, trop occupé à ruminer sa rancœur.

— Mathias ! Je te parle !

Sophie lui asséna un coup de pied sous la table.

— Hein ?

— Je disais donc : tu comptes faire quoi, cette année ?

— Je verrai bien, je ne sais même pas ce qu’il y a dans ce coin pourri. Je veux retourner à Paris.

— Non ! On en a déjà parlé plusieurs fois, c’est hors de question, et tu en connais parfaitement les raisons. Il n’y a pas à revenir sur le sujet !

— Alors, pourquoi me poser la question ?!

Mathias engouffra un morceau de pizza, mettant ainsi un terme à la discussion. Paul serra le poing. Décidément, le comportement de son fils l’agaçait. Il se tourna donc vers sa fille assise à ses côtés.

— Et toi ?

— On vient tout juste d’arriver. Si tu nous laissais le temps de découvrir la ville et ses distractions, peut-être que l’on pourrait te répondre. On va déjà aller au lycée. On pourra te donner notre avis d’ici quelques semaines.

— Sage réponse, renchérit sa mère. C’est vrai, on vient tout juste d’arriver. Laisse-les souffler un peu. Je suis certaine qu’ils trouveront plein d’activités… Mathias a déjà son bac à passer. Laisse-les se faire de nouveaux copains.

— Si c’est pour s’en faire du même genre que ceux de Paris…

Pour une fois que leur mère prenait leur défense… Mathias repoussa son assiette et quitta la table. Il en avait assez des reproches incessants. Son père ne pouvait-il pas comprendre qu’il voulait qu’on lui fiche la paix ? Le jeune garçon sortit du restaurant, Sophie à ses trousses.

— Mathias ! Attends-moi !

Il ignorait où il se rendait, mais le GPS de son téléphone l’aiderait bien à retrouver son chemin. C’était toujours la même chose : il ne se passait pas un jour, pas un repas sans que les rapports entre père et fils ne tournent à l’affrontement. Sophie courut pour rejoindre son frère, elle posa la main sur son épaule.

— Mathias, s’il te plaît…

— Fous-moi la paix !

— Où vas-tu ?

— J’en sais rien, retourne manger.

Sophie insista et, excédé, Mathias fit volte-face, il lui hurla de partir, de rejoindre leurs parents. Elle obéit et retourna au restaurant où les deux adultes continuaient leur repas.

— Où est ton frère ? demanda madame Nguyễn.

— Je n’en sais rien, il m’a envoyée balader. Peut-être que si vous arrêtiez d’être sur son dos…

— Voilà qu’elle s’y met aussi ! Faites des gosses ! On finit de manger, et il se débrouillera pour rentrer.

— Mais Papa !

— Il a son téléphone ? Il trouvera bien le moyen de rentrer.

Une fois le repas fini, ils rejoignirent la voiture et partirent faire les courses. Lorsqu’ils rentrèrent à la villa, Mathias attendait assis près de la piscine. Il n’adressa la parole à personne, monta dans sa chambre et se mit en devoir de mettre de l’ordre dans ses affaires après avoir fermé la porte. Ses guitares rangées, ses partitions et CDs classés, il déballa le reste de ses effets personnels.

Sophie, après avoir aidé à ranger les courses, monta dans sa chambre pour la ranger à son tour. Ses livres d’un côté, son ordinateur sur son petit bureau. Le dressing fut bientôt à moitié rempli. Un paquet arrivé deux jours avant par la poste attendait derrière une pile de cartons vides. Quand elle l’ouvrit, elle découvrit que sa meilleure amie lui avait envoyé un album de photos qu’elles avaient prises au fil des années et des selfies faits pendant l’été. Il contenait également un carnet décoré de la main d’Élodie qui s’était prise de passion pour le scrapbooking deux ans plus tôt. L’ouvrage, à la couleur préférée de la jeune fille, était orné d’un gros nœud de satin et de perles bleus. Un petit mot l’accompagnait. :

Ma chérie,

Pour ta nouvelle vie, je t’offre ce journal que, j’espère, tu rempliras bien vite en pensant à ta meilleure amie qui t’aime.

Bisous

Élodie

Elle le rangea dans le tiroir de sa table de nuit, à côté de son stylo-plume fétiche, que son frère lui avait offert des années plus tôt. Dès que tout fut classé, Sophie envoya un SMS à Élodie. Elle s’installa à son bureau et mit son PC portable en marche. La webcam activée, bientôt, la frimousse de son amie restée à Paris s’afficha sur l’écran, une adolescente souriante avec encore quelques rondeurs de l’enfance entourées de cheveux blonds lissés et d’une paire d’yeux noisette.

— Alors, raconte-moi tout ! C’est comment ?

— Attends, je te fais voir.

Sophie prit le portable dans ses bras, déambula dans sa nouvelle chambre et montra la pièce à son amie, le dressing, la salle de bain privée.

— Waouh, c’est géant ! Quelle chance tu as !

— Tu vas adorer ! Il y a un grand jardin, une piscine, un grand garage sous la maison. C’est génial.

— Une piscine ? Oh super, on va s’éclater quand je vais venir te voir.

— En novembre, je crois qu’il fera un peu froid. Mais mon père dit qu’on pourra faire plein de trucs pendant l’été, et il y a des stations de ski pas trop loin, on pourra faire de la randonnée, du canoë.

— Tu es à la campagne ? fit Élodie, une petite moue déçue au coin des lèvres.

— Oh non, pas du tout, il y a plein de magasins en ville, il y a une Fnac, un Cultura, je n’ai pas encore tout vu.

— Ton nouveau lycée, il est comment ?

— Je ne sais pas, on doit y passer demain.

— Il me tarde d’être lundi prochain. Et Mathias, comment va-t-il ?

Élodie avait toujours eu un petit faible pour le frère de son amie sans oser quoi que ce soit. Elle aimait les traits fins, ses grands yeux noirs et ses cheveux décolorés soigneusement dépeignés.

— J’en sais trop rien, il est dans sa chambre et il s’est encore engueulé avec mon père. Il est tout le temps sur son dos. Mathias fait la gueule depuis qu’on est parti de Paris.

— C’est un peu normal, il a perdu ses potes, sa petite amie et son groupe. J’espère qu’il se remettra bien vite. Bon, on m’appelle pour manger, fais-lui un gros bisou de ma part. À plus tard, ma chérie, on va au ciné ce soir.

— OK, à plus.

La webcam s’éteignit, et Sophie resta quelques instants devant l’écran noir de Skype. Elle se remémora les bons souvenirs que tous trois partageaient, les crises de fous rires, le début de l’adolescence et le jour où son amie lui avait avoué qu’elle aimait Mathias. Lui n’en avait jamais rien su ou alors il l’avait fort bien caché… L’entrée en quatrième de l’adolescent marqua des changements chez ce dernier… Sophie l’avait surpris en train de fumer. Plusieurs fois, elle avait couvert son frère, jusqu’au jour où leur mère avait trouvé les restes d’un joint. Sa sœur, elle, savait que son aîné ne se contentait pas que d’un peu d’herbe. Il l’avait envoyé promener quand elle le lui avait gentiment reproché. Ils avaient été si proches l’un de l’autre. Et puis, un jour, Mathias avait été arrêté avec quelques-uns de ses copains en possession d’acide et de coke, et là, elle n’avait pu cacher la réalité à ses parents. Fabien et son frère attendaient leurs parents au commissariat, et ce n’était que la première fois d’une longue série. Stupéfiants, bagarres au lycée dont il fut renvoyé pendant quelques jours, vols dans un magasin, vandalisme… Mathias n’avait rien épargné à ses parents, même s’ils lui avaient défendu de revoir ses amis, dès qu’ils avaient le dos tourné, il retrouvait sa bande et séchait les cours. La seule chose qui eut un peu de poids fut la menace de lui confisquer sa guitare et lui interdire les répétitions du samedi. En désespoir de cause, la famille Nguyễn Văn Lô décida de quitter Paris.

Sophie, qui adorait son frère et qui connaissait fort bien ses copains, les musiciens avec qui il jouait et se défonçait, préféra s’éloigner et les éviter. Puis, elle n’appréciait pas les filles avec qui ils traînaient… Elle n’aimait pas Kim. Il fallait convenir que la petite amie de son frère n’avait rien fait pour se montrer gentille envers Sophie, au contraire. Bien qu’elle n’ait qu’un an de moins que son frère, Kim la considérait comme une gamine et se montrait souvent désagréable, mesquine, voire méprisante, et Mathias laissait faire.

Leurs parents lui défendirent finalement de suivre son frère, quand les ennuis s’amoncelèrent. Ils avaient peur pour elle, même s’ils lui faisaient confiance. L’adolescente, plutôt sage, savait très bien dire non, mais ils ne tenaient pas à la voir mise en danger par l’inconscience de son aîné.

Sophie quitta son bureau et tenta d’aller voir son frère dans la pièce voisine. Elle l’entendait jouer depuis un petit moment, elle adorait l’écouter, mais il y avait bien longtemps qu’il ne lui demandait plus son avis quant à ses compositions qu’elle chantait souvent avec lui.

Lorsqu’elle arriva devant la porte, elle frappa, attendit une réponse et était sur le point de faire demi-tour quand l’huis s’entrebâilla et qu’une voix l’invita à entrer en vietnamien.

Timidement, Sophie passa la tête et découvrit son frère installé sur le sol moquetté. Il ne prêta pas attention à son entrée, il reprit son instrument et joua. Ses doigts couraient sur le manche de sa guitare, légers. L’adolescente resta sur le pas de porte, et un signe du musicien lui intima l’ordre de fermer derrière elle. Sans un mot, elle prit place sur le lit et écouta. Elle aimait tant l’écouter jouer. Cela faisait une éternité qu’elle n’y avait pas été invitée. Elle se laissa emporter par la musique, ferma les yeux, et bientôt, un fredonnement ténu sortit de ses lèvres. Mathias émit un léger sourire ; il y avait longtemps qu’il ne l’avait pas entendue chanter.

Lan Anh trouva ses enfants ainsi. Elle les observa quelques instants et leur demanda de venir dîner. Satisfaite, elle descendit à la cuisine. Un petit sourire éclairait son visage. Elle posa une main sur l’avant-bras de son mari et lui chuchota qu’elle aimerait que Paul ne fasse pas de remarques à leur fils, qu’elle apprécierait de passer cette première soirée en famille en toute tranquillité.

Mathias posa son instrument et tendit la main à sa sœur.

— Chouette, ta chambre !

— Oui, elle est sympa… mais j’aimerais bien la redécorer, le papier peint crème à fines rayures bleues, ce n’est pas mon truc.

— Oui, on a le même papier.

Ils redescendirent ensemble tout en discutant du dernier morceau de musique qu’il avait composé. Leurs parents les attendaient devant un cocktail de fruits sans alcool bien frais.

— Vous en voulez ? proposa Paul.

— Yep, avec plaisir ! lui répondit Sophie, qui attrapait déjà deux verres.

Une petite odeur d’herbes grillées embaumait, un barbecue les attendait.

Paul tint parole, il ne fit aucune remarque à son fils, il lui posa même des questions concernant la musique qu’il avait entendue.

— Il y a longtemps que tu joues ce morceau ? Il est pas mal du tout, c’est toi qui en es l’auteur ?

— Mmm… Oui, je l’ai écrit pendant l’été avec quelques autres morceaux… mais il n’y a personne pour les jouer.

— Tu pourrais demander à ta sœur de jouer au clavier. Tu en fais toujours, au moins, Sophie ?

— Oui, mais je suis un peu rouillée. Tu trouveras sans doute d’autres musiciens au lycée, tu seras bien en option musique, non ?

— J’espère, mais ils se connaissent depuis deux ans, et moi, je débarque.

— Sais-tu qu’il y a un conservatoire ? lui apprit sa mère.

— Ah oui, tu m’intéresses là !

La discussion continua sur le sujet de la musique, des envies de Mathias qui rêvait de devenir professionnel. L’adolescent alla même chercher une de ses guitares, l’ampli, installa le tout au salon et improvisa un petit concert privé.

— Ce serait cool si tu voulais bien chanter pour moi, si tu rejoignais un groupe, tu as une belle voix.

— Tu sais bien que je déteste chanter devant un public, je perds tous mes moyens.

— Dommage.

— On devrait monter un groupe de Kpop, dit-elle sur un ton ironique, sachant que Mathias détestait ce style.

— Tu veux ma mort ! Et puis, on n’est pas coréens, mais français.

— Mouais… De toute façon, les Français ne font pas la différence entre les Coréens et les Viets. Pour eux, on est tous des Chinois et ils s’imaginent qu’on bouffe du riz à tous les repas. En parlant d’Asiatiques, il y a des épiceries ou des restos ?

— Oui, il y en a pas mal. Après, je ne les ai pas testés. Il faudra que je vous emmène où vos arrière-grands-parents sont arrivés en 1956 avec votre grand-père. Ce n’est pas très loin d’ici. Je pense que ça te plaira, Mathias. On pourrait peut-être organiser ça avant la rentrée. Ça vous dirait ? Il y a une belle pagode et un très beau jardin.

— Tu y es déjà allé, cet été ?

— Oui, pendant que vous étiez en vacances sur la côte espagnole. J’avais envie de voir cet endroit. Les parents de ta mère y ont fait aussi un séjour.

— J’y suis même née, mais j’étais toute petite quand mes parents ont rejoint Paris.

— Et vous n’y êtes jamais allés ? demanda Sophie.

— Non, pourtant, ce n’était pas si loin de Paris.

— On pourrait y aller samedi ?

— Oui, ce serait génial.

— Et toi, Maman, que comptes-tu faire ? la questionna son fils.

— Je n’en sais trop rien encore. Comme j’ai dû démissionner de mon poste de prof d’anglais et que j’étais dans le privé, je vais peut-être proposer des cours particuliers ou faire toute autre chose. C’est l’occasion de tenter une nouvelle voie. J’avoue que je n’y ai pas encore vraiment réfléchi. Mais les responsabilités de ton père et son augmentation de salaire, le fait que la vie est beaucoup moins chère ici me laissent le temps de me retourner.

— J’imagine que les loyers sont bien moins onéreux, même pour une villa comme celle-ci.

— Probablement… On voulait vous en faire la surprise : on a acheté cette maison.

— C’est vrai ? Oh, c’est génial, Maman, j’adore !

— Cool ! ajouta Mathias.

— Au fait, je vais devoir m’absenter pendant un certain temps… Je pars au Japon le jour de la rentrée. Ma boîte m’a demandé de m’y rendre pour étudier tout le processus de ce que l’on met en place ici. Je vais faire des aller-retour pendant une bonne année.

— Oh… fit Sophie déçue.

Les jours défilèrent à une allure folle. Le temps de finaliser leurs installations, les démarches administratives, quelques visites dont celle de la ville, histoire de se repérer. Trouver une auto-école pour Mathias qui allait fêter ses dix-huit ans dans quelques semaines. Changer les assurances des véhicules. Faire le tour des clubs de sport qui ouvraient tout juste leurs portes pour la rentrée. Et le lundi matin de la rentrée était là !

Chapitre 2

Lundi de la rentrée, 7 h

Le réveil sonna de bonne heure. Sophie éteignit l’alarme par réflexe, et la voix de sa mère ne tarda pas à se faire entendre pour qu’elle se lève. Juste en profiter encore quelques secondes… Puis elle repoussa son chat endormi contre elle, se leva et rejoignit la salle de bain pour se donner un coup de peigne rapide avant de descendre au rez-de-chaussée où elle trouva Mathias attablé devant un bol de thé brûlant.

— Qu’est-ce que tu fais debout ?

— C’est moi qui t’emmène ce matin.

— Ouah, mon frangin m’accompagne au lycée ! Tu vas encore faire frémir toutes les filles. Elles vont encore se demander quel est ce beau garçon qui m’accompagne.

— Et ça t’amuse, en plus !

— Ce n’est pas moi qui ai un look de chanteur de Kpop ou d’acteur de séries coréennes, avoue quand même que tu le cherches un peu.

— Et toi, il ne te manque plus que les tresses pour la panoplie de la parfaite petite étudiante.

— Vous avez fini, tous les deux ? demanda Lan Anh, alors qu’elle déposait des toasts grillés devant ses enfants.

Après un rapide petit déjeuner, Sophie retourna dans sa chambre se préparer.

— Je t’attends à 9 h devant la porte, ne traîne pas !

C’était le grand jour, comment allait-elle s’habiller ? Sophie avait songé à se mettre en jupe, mais comme Mathias l’emmenait sur sa moto, elle pouvait oublier une telle tenue. Il faisait chaud, en ce début septembre. Aussi elle sortit de son dressing un jean slim s’arrêtant à la cheville, un chemisier sans manches blanc et s’expédia sous la douche. Une fois sortie, l’inquiétude gagna Sophie. Tout était nouveau et, si ça se passait mal, elle ne pourrait même pas se réfugier chez son amie qui habitait le même quartier qu’elle lorsqu’elle habitait à Paris. La jeune fille n’était pas une adepte du maquillage sophistiqué, ou du moins elle n’osait pas, elle se passa donc un peu de matifieur de teint, un peu de mascara noir pour allonger ses longs cils et se passa un rose mat sur ses lèvres à peine pulpeuses. Elle sortit de son placard la bouteille de parfum que sa mère lui avait offerte à l’occasion de son entrée au lycée : une bouteille de « Yes I am » de Cacharel. Elle aimait bien la petite bouteille en forme de bâton de rouge à lèvres. Après s’être habillée, l’adolescente attrapa son lisseur et se fit de grosses boucles. Le miroir lui renvoya l’image d’une jeune asiatique au teint clair, au visage fin en forme de cœur assorti de grands yeux pétillants noirs. Mathias et sa sœur se ressemblaient beaucoup, ils avaient tous deux hérité de leur mère cette peau délicate, ces pommettes hautes et bien dessinées. Sophie attrapa un foulard dans un des tiroirs du dressing. Elle en avait une quantité astronomique, c’était son péché mignon, il y en avait de toutes les couleurs, de matières différentes. Elle choisit parmi eux un grand carré de soie bleu turquoise que son frère lui avait offert pour son anniversaire. Elle le noua autour de son cou, ajouta une paire de fins anneaux du même bleu, puis passa une main dans sa chevelure et, satisfaite de son reflet dans le miroir, elle referma la porte de la salle de bain. Elle avait encore un peu de temps pour elle. Elle en profita pour envoyer un SMS à son amie.

« Coucou !

Je pense à toi.

Bisou ! »

La réponse ne tarda pas.

« Coucou toi !

Je quitte le métro.

Moi aussi et bon courage pour tout. »

Le message était agrémenté d’un selfie pris juste pour elle. Élodie affichait un sourire radieux, ses longs cheveux blonds impeccablement lissés, le perfecto de vinyle rose et le ras du cou de la même teinte ajoutaient une note de gaieté dans le gris du ciel parisien. Sophie fit à son tour un selfie et l’envoya à sa copine. Elle hésita un instant entre ses converses fleuries qu’elle adorait et sa paire de Stan Smith, mais elle préféra les premières. Elle attrapa son sac à dos et descendit les escaliers. Mathias l’attendait déjà, perché sur son 125cc. Il lui tendit le casque.

— Désolé pour tes bouclettes…

Elle s’installa derrière son frère et ils s’en allèrent vers le lycée. Le jeune homme se faufila dans la circulation dense à cette heure-là. Il gara sa moto sur le parking des visiteurs et accompagna Sophie. Quelques parents étaient venus avec leurs enfants. Mathias jeta un œil amusé autour de lui, quelques regards curieux le détaillèrent ainsi que sa sœur. Un pot de bienvenue et un buffet-déjeuner attendaient les nouveaux arrivants. Il remarqua deux autres profils asiatiques dans l’assemblée. Au moins, ils ne seraient pas les seuls, pensa-t-il. Sophie repéra le nom de sa classe sur le tableau d’affichage.

— Je te laisse ! À tout’ !

Déjà, son frère s’éloignait et la laissait seule, un peu perdue.

— Salut !

Sophie se retourna et découvrit une fille aux cheveux coupés au carré d’un rose fuchsia au look un peu particulier. En effet, elle était vêtue de ce rose et de noir, elle arborait quelques piercings et un petit tatouage dans le cou dépassait de son t-shirt noir lui arrivant au nombril. Devant le regard interrogatif de la jeune fille, l’inconnue se présenta. Pauline lui apprit qu’elles étaient dans la même classe et qu’elle avait doublé sa seconde. Alors qu’elles se dirigeaient vers la salle de classe où les attendait leur professeur principal, madame Bernardin qui allait leur enseigner le français, Pauline lui demanda qui était le mec avec qui elle était arrivée.

— Mathias ? C’est mon frère.

— Il est canon…

— Mmm, il a une petite amie.

— Pas de problème, je ne suis pas jalouse.

Et la jeune fille éclata de rire.

Toute la matinée, le prof principal leur distribua une foule de papiers à remplir, ainsi que le carnet de correspondance, puis leur présenta le lycée, le CDI. La classe de seconde était essentiellement constituée de filles, la population masculine représentait à peine un tiers des élèves. Parmi eux, quelques redoublants, un ou deux arrivaient comme elle d’une autre région, et une partie se connaissait déjà. Sophie était une personne réservée, pour ne pas dire un peu timide. Elle vit le regard interrogatif des autres lorsque le professeur avait fait l’appel. Pourtant, un prénom français allié à un nom de famille vietnamien n’était pas si incongru que cela. À midi, on les relâcha, elle pouvait rentrer chez elle.

— On fait un bout de chemin ensemble ? Au fait, tu habites où ?

— Si tu veux, à moins qu’on vienne me chercher. J’habite le quartier Saint-Jean, et toi ?

— Ah super, moi aussi, c’est dingue ça ! lui apprit Pauline.

Le smartphone de Sophie sonna ; sa mère lui demandait de rentrer en bus, car elle avait dû laisser la Juke à son père, la sienne étant en révision. Quant à son frère, il était parti se promener et elle ignorait où il se trouvait.

— C’est comme tu veux, on rentre en bus ou à pied.

— Tu aimes marcher ? demanda Pauline.

— Oui, ça ne me pose pas de problème.

— Génial, comme ça, on va pouvoir papoter et faire un peu connaissance. Il y a longtemps que tu habites dans le coin ?

— Non, ça fait une semaine que l’on est arrivé de Paris.

— Ça va, tu ne t’ennuies pas trop ?

— Je n’ai pas eu trop le temps. Il a fallu refaire la tapisserie de ma chambre, la décorer, se mettre en ordre à la mairie, j’ai été très occupée. Je n’ai pas eu le temps de faire grand-chose d’autre.

— Si tu veux, mercredi après-m’, on peut aller se balader. Il y a le ciné, la piscine ou on peut traîner aussi. Ou faire les boutiques. En plus, c’est cool, on a les mêmes options donc les mêmes heures de cours. Qu’est-ce que tu fais après bouffer ? Si ça te tente, on peut aussi aller voir des potes répéter.

— Je vais me poser et profiter de la piscine. Si tu veux, tu peux venir.

— Oh, t’as une piscine ? C’est génial. Pourquoi pas ? Ça sera cool.

Les deux jeunes filles discutèrent le long du trajet et, peu avant de se séparer, Pauline demanda :

— Excuse-moi, je ne voudrais pas me montrer indiscrète, mais tu es de quelle origine ?

— Je suis française, pourquoi ?

— Tes parents aussi ?

— Oui, mes parents sont aussi nés en France, mais je vois ce que tu veux dire… Mes arrière-grands-parents sont arrivés en France en 1956 après la guerre d’Indochine, mais ils avaient déjà la nationalité française. Ma mère, c’est un peu différent… Ses parents sont des boat people, elle est née peu de temps après. Chez moi, on parle tous français, sauf Mathias… Tu verras, il est un peu spécial.

— C’est le frangin que j’ai vu ce matin ?

— Oui, tu vas te faire jeter si tu l’appelles Mathias… En général, il se fait appeler par son second prénom : Anh Dũng, ça veut dire « courageux ».

— Toi aussi, tu en as un ?

— Oui, mais il n’y a que Mathias qui m’appelle comme ça. C’est Sao Mai, l’« étoile du matin ».

— C’est mignon. Ça te va bien. Il n’aime pas vos prénoms français ?

— C’est compliqué. Il est un peu en conflit avec nos parents, il trouve que l’on n’a pas conservé notre culture. Mon père ne parle que français, et c’est ma mère qui nous a appris la langue, elle est prof. Dès que Mathias le peut, il parle en vietnamien, ça agace mon père… Et quand il n’a pas envie de discuter avec les gens, il fait celui qui ne comprend pas le français.

— Compliqué, ton frère.

— T’imagines même pas. À tout à l’heure, alors ? 15 h ?

— Ouais, à tout’ !

Les deux adolescentes s’étaient échangé leur numéro de téléphone. Il était pas loin de 13 h, et Sophie était presque chez elle quand elle entendit le bruit de la moto de son frère. Il l’attendait devant leur maison, le casque à la main.

— Pourquoi tu ne m’as pas attendue ?

— Oui, j’ai eu le message de maman, mais je ne pouvais pas répondre. Pas grave. Alors, comment c’était ? Je t’ai vue avec une fille aux cheveux rose pétard. On dirait que tu t’es fait une copine. Tu as rencontré tes profs ?

— La principale, la prof de litté. Bof, elle a pas l’air sympa, elle a déjà gueulé sur certains d’entre nous.

— Bah, on verra ça demain. J’espère que je n’aurai pas la même.

— J’espère que ce n’est qu’une impression et que je ne vais pas me la farcir trois ans.

— Je meurs de faim, pas toi ?

— Si.

Pendant qu’ils déjeunaient, le smartphone ne cessa pas de biper, le bip caractéristique d’Élodie, ce qui ne manqua pas d’agacer Lan Anh et Mathias. Une règle d’or dans la famille Nguyễn Văn Lô : on ne sortait pas son smartphone à table sous peine de se le voir confisqué.

— Bon sang, arrête-moi ce truc ! C’est infernal.

Mathias attrapa le téléphone dans la poche arrière de sa sœur et éteignit l’appareil, l’envie d’appeler Élodie et de l’envoyer bouler le démangeait fortement.

— Mais ça va pas, non ? Est-ce que je fouille tes poches, moi ?

— Tu n’avais qu’à l’éteindre avant ! Tu sais comment est ta copine : branchée. Si on pouvait lui greffer une puce dans le cerveau ou un câble USB, ça lui irait très bien !

Le repas terminé, il lui rendit son Xiaomi. Sophie s’empressa de l’allumer et répondit à son amie. Elles se racontèrent par le menu leur matinée, leurs premières impressions, leurs rencontres, puis elle lui parla de Pauline.

— Je n’oserais jamais porter de tels cheveux roses. Mais je dois dire que c’est super joli et ça lui va bien.

— Tu devrais essayer, avec ton physique, ça serait génial. Regarde Mathias, ça lui va bien, les cheveux décolorés.

— Oui, mais là, on parle de mon frère. Il a déjà tapé dans l’œil de Pauline qui a voulu savoir qui était le canon qui m’accompagnait.

— Au fait, j’ai vu Kim, on est dans le même lycée. Elle s’est fait une colo sirène, ça lui va trop bien. Elle est conne, mais qu’est-ce qu’elle est belle, tu m’étonnes que Mathias sortait avec elle ! Elle a un look d’enfer. Je te jure, tu devrais essayer un bel opale, ça t’irait trop bien.

— Ça, pour être conne. Je la déteste. Je ne sais pas ce qu’elle a fait à mon frère, mais il est complètement accro à cette pouffiasse.

— Tu veux un dessin peut-être ?

— Euh… non.

— Il faut que je te laisse. On se rappelle ce soir ?

— Bien sûr.

Pauline n’allait pas tarder à arriver. Sophie se changea et passa un maillot de bain, un simple bikini bleu marine, noua un paréo azur autour de sa taille fille et enfila une paire de tongs de sa couleur préférée. Quand la jeune fille sortit, elle entendit son frère discuter avec ladite Kim. Elle était désolée pour lui, mais elle ne doutait pas un instant que cette fille briserait le cœur de Mathias. Comment avait-il pu s’amouracher de cette pétasse ? Ça lui échappait. Elle descendait l’escalier quand la sonnette retentit. Sa nouvelle copine l’attendait sur le pas de la porte avec une tenue plus décontractée, un short et un t-shirt large.

— Je te fais visiter ?

— Si tu veux.

Sophie lui fit faire le tour du propriétaire. Mathias, toujours pendu au téléphone, ne jeta pas un regard vers la nouvelle venue.

— Viens, on va à la piscine. Il vaut mieux le laisser avant de se prendre un truc sur la tête. Monsieur est au téléphone avec sa pouffe, une vraie grognasse, celle-là, ajouta-t-elle en chuchotant. Si tu savais le nombre de crasses qu’elle m’a faites.

— Ah oui, mais c’est une vraie piscine… Génial, je sens que je vais venir souvent squatter.

Après plusieurs brassées, des éclaboussures, des fous rires, les deux adolescentes sortirent de l’eau et s’installèrent dans les transats.

Mathias raccrocha. Kim lui manquait, et il était un peu déçu de cet appel. Comme il faisait beau, il eut envie de se changer les idées. Il enfila à son tour un maillot de bain et ne prêta guère attention aux deux filles installées sur les bords de la piscine. Il ne remarqua Pauline que lorsqu’il sortit de l’eau. Surpris par sa présence, il en oublia d’afficher son côté froid. Comme il faisait très chaud en cet après-midi de début septembre, il leur proposa :

— Vous voulez boire un truc ?

— Merci, ce serait sympa. Au fait, voici Pauline ; Pauline, voici mon frère Mathias. On est dans la même classe. Tu nous prépares une de tes spécialités ?

— Je préfère Anh Dũng, donc évite de m’appeler Mathias.

— Ça marche, Anh Dũng !

Pauline se retourna vers Sophie :

— Au fait, c’est quoi, sa spécialité ?

— Tu verras. On ne sait jamais d’avance, mais mon frère te mitonne des cocktails à tomber.

Quelques minutes plus tard, l’adolescent revint avec un plateau sur lequel étaient posés trois grands verts décorés de sucre coloré l’un rose pour Pauline, bleu pour sa sœur et pourpre pour lui-même. Une grande paille et un mélangeur des mêmes couleurs dans des contenus colorés où plusieurs teintes se superposaient.

— Merci ! Ça sent bon et c’est beau.

Pauline mélangea son contenu et aspira dans sa peille.

— Mmm, mais c’est super bon, j’ai jamais bu un truc aussi bon. T’as mis quoi ?

— Secret… je ne les divulgue à personne. Il y a des fruits frais, des sirops et quelques autres petits trucs.

— Mathias garde ses mélanges pour lui. Même nous, on ne sait pas exactement ce qu’il met dedans. Mais à chaque fois, c’est une excellente surprise.

Le jeune garçon s’installa à côté de sa sœur et se tourna vers Pauline.

— Alors, si tu nous parlais un peu de ce bahut.

— T’es en musique, c’est ça ?

— Mmm !

— Il y a des gens plutôt sympas en musique, les sections artistiques, c’est un peu à part. Ils traînent au sas, c’est un peu des phénomènes pour les autres. Si t’aimes faire des graphes, il y a le mur, si t’as envie de jouer avec d’autres de temps en temps ou tout seul, tu peux demander la salle quand elle est libre. La bouffe est pas terrible, mais il y a pire. Les profs, ça dépend… Bernardin, elle est chiante. Elle gueule sur tout le monde. Tu bouges une oreille, et c’est fichu. Tu devrais te retrouver avec des gens cool, ceux de première étaient sympas. Je redouble. Si t’es timide, je peux t’en présenter. J’ai de super potes qui font partie d’un groupe. D’ailleurs, ils cherchent un nouveau guitariste, car la leur est partie.

À sa dernière phrase, un petit rictus amusé se dessina sur le visage de Mathias.

— Pas timide, je me débrouillerai bien tout seul, t’inquiète, j’aime pas les cons, c’est tout.

— Moi non plus. Tu vas être normalement avec Iwan Jarosz. Tu ne peux pas le louper, il dépasse allègrement le mètre quatre-vingt-dix, un géant aux cheveux clairs. Et son frère s’appelle Stan, aussi brun que l’autre est blond et à peine plus petit… Leur bande est plutôt cool, des célébrités au bahut et de super musiciens. Je ne sais pas si tu aimes le metal et si tu connais ce genre, mais c’est un peu du style symphonique en un peu plus énergique. Et Stan, c’est juste Stan, quoi ! Il a une putain de voix, tu verras, un peu comme le chanteur Tommy ReinXeed, si tu connais.

— Ouais, j’adore !

— Alors, vous devriez bien vous entendre. Je t’imaginais plutôt écouter de la Kpop ou de la Jpop.

Sophie éclata de rire devant la mine de son frère et la remarque de Pauline.

— Quand je te disais que tu avais le look d’un chanteur de Kpop… au pire du VisualKei.

— Tu dis ça parce que j’ai une tête d’Asiatique… Non, mais qu’est-ce que tu imagines ? Tu crois quoi ? Que tous les Asiates bouffent du riz et écoutent de la Kpop ou du VisualKei et qu’on est tous chinois !

Sur ces derniers mots, il se leva et partit.

— Je crois que tu l’as vexé. Là, il est vénère !

Pauline se leva et courut derrière Mathias.

— Mathias… Anh Dũng, attends !

Elle le rattrapa et le prit par le bras.

— Excuse-moi, je ne voulais pas être désagréable ou te vexer, vraiment, je suis désolée.

— Ouais, ça va ! Lâche-moi ! Va retrouver ma sœur…

Il poursuivit en vietnamien, et Pauline n’y comprit pas un traître mot, mais le ton employé et la manière dont il la regarda ne laissaient aucun doute sur l’amabilité des propos.

— Mathias ! Tu n’es pas obligé de l’insulter, c’est bon, Pauline s’est excusée !

S’ensuivit un échange entre le frère et la sœur assez houleux. Finalement, Sophie prit sa copine par le bras.

— Viens, laisse, c’est un con.

— Qu’est-ce qu’il a dit ?

— Rien de très sympa, tu préfères pas savoir. Il s’est montré très grossier. J’adore mon frère, mais… depuis quelques années, c’est difficile. Les moments agréables sont rares. J’espère qu’il se fera de nouveaux copains dans ce lycée, mais…

— Mais… ?

— Mathias a tendance à fréquenter des gens pas très cool.

— Ah… qu’est-ce que tu entends par là ?

Mathias remontra le bout de son nez et, en entendant les propos de sa sœur, son sang ne fit qu’un tour. Il fonça vers elle, l’attrapa brutalement par le bras et lui aboya dessus en vietnamien comme chaque fois qu’il ne voulait pas que l’on comprenne, mais Sophie lui répondit, elle, en français.

— Ce n’est pas la peine de te montrer aussi désagréable ! C’est la vérité : tes potes et ta pétasse de Kim sont des cons… Et toi…

Sentant la situation dégénérer, Pauline s’éclipsa. Elle alla chercher ses affaires dans la chambre de sa copine et s’excusa avant de partir. Le frère et la sœur se disputaient violemment quand leur mère revint.

— Qu’est-ce qui se passe, ici ?

— Mathias a insulté la copine que je me suis faite aujourd’hui. Comment veux-tu que je me fasse des amies, s’il est aussi grossier avec les gens ? T’es vraiment un abruti, Mathias.

— Et toi, une petite pisseuse ! Tu avais besoin de raconter ma vie à ta copine ? Et je te défends de parler de Kim !

— Kim par-ci, Kim par-là, mais quand est-ce que tu comprendras que ta pouffe est une salope qui s’enverra un autre mec dès que tu auras le dos tourné ? Qu’est-ce que tu t’imagines ? Qu’elle va t’attendre gentiment dans son coin ? Ta Kim, c’est une pute !

Lan Anh n’eut pas le temps d’intervenir que Mathias retournait une gifle magistrale à sa sœur et lui hurlait dessus de plus belle. Le frère et la sœur en venaient aux mains. Leur mère dut intervenir et les séparer. Sophie arborait la marque de la main de son frère sur la joue. Elle pleurait autant de rage que de douleur.

— Mathias, file dans ta chambre tout de suite !

— Mais…

— Dans ta chambre, j’ai dit !

Une fois son fils monté à l’étage, Lan Anh attrapa sa fille par le bras et la traîna jusqu’à la cuisine, sortit une poche de glaçons et la tendit à l’adolescente.

— Mets ça sur ta joue ! Mais qu’est-ce qui vous a pris, à la fin ? Ça ne va pas de vous battre ainsi ?

— Il a insulté Pauline parce qu’elle lui a dit qu’elle croyait qu’il écoutait de la Kpop. Il a été très grossier, alors qu’elle le priait de l’excuser. Il n’est vraiment pas à prendre avec des pincettes.

— Ça ne te donnait pas le droit d’insulter sa petite amie.

— Cette pétasse de Kim ? Mais j’ai raison, je…

— Ça suffit, Sophie. Continue, et ton autre joue va s’en prendre une, histoire de t’inculquer la politesse. Tu vas présenter des excuses à ton frère !

— Non ! Il m’a giflée.

— Qui a giflé qui ? intervint monsieur Nguyễn, qui venait de rentrer de son travail.

Il observa la joue rougie de sa fille où l’empreinte de la main de Mathias s’inscrivait.

— Qui t’a fait ça ?

— C’est Mathias !

Paul n’attendit pas la moindre explication et monta quatre à quatre vers la chambre de son fils. La porte claqua, et des éclats de voix ne tardèrent pas à se faire entendre.

— Voilà que ça recommence, c’était trop beau ! J’espère que tu es contente de toi. Tu n’avais pas à lui dire que Kim allait s’envoyer en l’air et toutes les méchancetés que tu as pu sortir. Imagine un peu que ce soit Mathias qui t’ait dit le même genre de chose à propos de ton petit copain ?

— J’ai pas de copain !

— C’est le principe. Tu crois que ça te ferait plaisir ?

— Mais c’est vrai, enfin. Kim est une vraie garce, méchante, vicieuse. Je me demande ce qu’il lui trouve, à cette pouffe !

— Sophie, ça suffit !

La porte à l’étage s’ouvrit. Les éclats de voix redoublèrent, et Paul sortit en traînant son fils par le bras, l’obligeant à le suivre jusqu’au rez-de-chaussée. Ils rejoignirent la cuisine, Paul ordonnant à son fils de faire des excuses à sa sœur.

— Non ! Je ne lui en ferai pas !

— Attends, Paul, Mathias n’est pas entièrement fautif. Sophie l’a un peu mérité, elle s’est montrée insultante envers sa petite amie. Si on m’injuriait, serais-tu content ?

— Ça ne lui donne pas le droit de frapper sa sœur. Regarde-moi ça. Mais tu voulais quoi, Mathias, lui casser la figure ? C’est ta sœur ! Si on n’a pas des ennuis avec la marque qu’elle va avoir demain, ce sera un miracle.

— Ils vont faire chacun des excuses à l’autre, proposa madame Nguyễn.

Devant la colère de leurs parents, le frère et la sœur se firent des excuses de mauvaise grâce, et chacun regagna sa chambre en grommelant.

— Mais qu’est-ce qui leur prend ?

— J’en sais rien. Tu aurais vu Sophie, une vraie furie, j’ai dû hausser le ton ! J’espère qu’elle ne va pas imiter son frère, des « pétasses », des « pouffiasses » à la pelle. Elle, toujours si polie.

— On a passé de si bons moments ces derniers jours que j’en avais presque oublié ces dernières années à Paris. Eux qui étaient si proches l’un de l’autre, ça me désole.

— Ne m’en parle pas.

Mathias était furieux après sa sœur et ses parents. Aucun ne comprenait que Kim lui manquait, qu’il était réellement amoureux d’elle. Il prit sa guitare, brancha le casque et joua le morceau qu’il avait composé après avoir appris qu’ils quittaient Paris, et donc qu’il allait s’éloigner de sa petite amie. Il s’imaginait si mal vivre sans elle, ne plus la prendre dans ses bras, l’embrasser, l’entendre rire quand il butinait sa gorge ou gémir quand ils faisaient l’amour. Personne ne se rendait compte de sa souffrance. Les sonorités tristes de cette ballade aux consonances d’un blues des années 70 s’élevèrent dans le casque.

Sophie, entendant chanter son frère, mit un casque à son tour et appela Élodie. Elle éclata en sanglots face à la webcam.

— Mais qu’est-ce qui t’arrive, ma chérie ? C’est quoi, cette marque rouge sur ta joue ?

Entre deux sanglots, Sophie lui apprit que son frère l’avait frappée.

— Mathias ? Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Oh, si j’étais là, je te prendrais dans mes bras et j’irais lui dire deux mots, à ton frangin.

Sophie expliqua leur dispute.

— Tu sais bien qu’il est raide dingue de cette fille. Tu aurais peut-être dû être un peu moins brusque. Je suis certaine qu’au fond de lui, il regrette son geste et qu’il sait que tu as raison. Je suis sûre qu’il est super malheureux.

— Non, mais tu as vu la marque que j’ai ? Regarde-moi ça, tu te rends compte, demain, au lycée ?

— Yep… Tu devrais aller voir ton frère…

— Tu crois ?

— Je crois, oui.

— J’ai pas trop envie.

— Kim est loin de vous. Tu as envie que cette pouffe vous sépare encore, qu’elle continue à te faire du mal malgré la distance ?

— Non ! Bien sûr que non !

— Alors, va le voir et fais-lui un gros bisou.

— Mmm… Attends, je reviens.

— OK, ça marche.

Sophie en avait lourd sur le cœur, aussi son amie n’avait pas eu trop de mal à la convaincre. Elle poussa doucement la porte de la chambre de son frère et entra d’un pas hésitant. Quand Mathias leva les yeux vers elle, elle vit les larmes sur ses joues, mais il lui demanda de partir et, comme elle ne s’y décidait pas, il lui cria de dégager et lui lança une Dr Martens à la figure, qu’elle évita de peu. Visiblement, ce n’était pas le moment.

Elle reprit place devant son ordi portable posé sur le lit.

— Je me suis fait jeter.

— Ça ira mieux demain, te bile pas.

Élodie était surprise. Jamais Mathias ne s’était montré violent envers sa sœur, et il aurait cassé la figure au premier qui aurait levé la main sur elle. Il était loin, l’adolescent qui faisait battre son cœur tandis qu’elle entrait en sixième. Ils se connaissaient depuis la maternelle et tous trois avaient passé des heures à jouer ensemble, à se chamailler. Sophie et Élodie avaient été ses premières groupies. Hélas, la drogue avait détérioré leurs relations à peine quelques années plus tard.

Au moment du dîner, Mathias refusa de descendre manger, et Sophie remonta aussitôt son repas avalé sans décrocher un seul mot.

1 Intelligence.Connect. Robotic.Corporated

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Auteur dégoûté http://www.nathy.fr/auteur-degoute/ http://www.nathy.fr/auteur-degoute/#respond Sun, 01 Dec 2019 11:27:32 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1425 J’avoue que je me suis demandé un certain temps comment je devais le prendre… mais en réalité je ne suis guère surprise. Mais de quoi me direz-vous ?  Hé bien je n’arrive pas à placer mes romans en service presse auprès des blogueurs et blogueuses spécialisés en littérature. Comme un certain […]

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J’avoue que je me suis demandé un certain temps comment je devais le prendre… mais en réalité je ne suis guère surprise. Mais de quoi me direz-vous ?

 Hé bien je n’arrive pas à placer mes romans en service presse auprès des blogueurs et blogueuses spécialisés en littérature. Comme un certain nombre le sait, je suis aussi éditrice et j’ai le même problème au niveau de la maison d’édition. J’en viens donc à me poser la même question et les raisons doivent être sensiblement les mêmes vu la ligne éditoriale de la maison d’édition.

Mais revenons-en à nos moutons (noirs ?). Je ne trouve pas ou peu de service presse et pas de service presse c’est un livre dont on ne parle pas, un livre qui aura peu de chance de trouver son lectorat.

Ce qui amène à cet article ce sont semble-t-il, les raisons pour lesquelles je ne trouve pas de SP.

J’ai appris que l’on me reproche un monde trop sombre, trop violent, sadique… WTF. Où j’ai dit un jour que j’écrivais de la romance pour bisounours ?

J’écris essentiellement du fantastique et plu s particulièrement à propos d’un monde de vampires. Des VAMPIRES ! Jamais les vampires n’ont été des créatures toutes mignonnes peut-être dans la bit-lit, et encore pas toujours très gentille. Si on veut lire du roman bien rose bien sucré, il ne faut pas s’adresser à moi, je ne l’ai jamais caché. Certes mon univers est sombre, mes vampires sont tous des survivants ayant traversé les époques les plus noires de notre Histoire, mais on ne peut pas demander aux écrivains de toujours écrire du mièvre.

Mes lecteurs fidèles le savent bien. Je n’ai aucune envie d’écrire des histoires où je vais me faire chier pendant des pages et des pages… si c’est pour écrire du feelgood, non merci je préfère cessez d’écrire.

On ne peut pas reprocher à un auteur de romans noirs, épouvantes, gores d’écrire ce qu’ils écrivent enfin. Est-ce qu’on va demander à des écrivains comme Sire Cédric ou Frédéric Livyns d’écrire des histoires toutes mignonnes bien sucrées et chiantes à mourir ?

Hé bien qu’on se le dise, j’écris des romans fantastiques avec du sang, de la violence physique et psychologique, mais pas que… il y a aussi de l’émotion, du sentiment, mais des choses difficiles. Quand on aborde des sujets comme le viol, la torture, l’intolérance, le harcèlement on ne peut pas faire du « gentil », du texte édulcoré et je m’y refuse !

Mes prochains romans fantastiques : le tome 4 de Dark-Side avec une guerre inter clans ne pourra pas être un roman sans violence, sans sang, il ne pourra pas ne pas être sombre. Sombre Rêve… rien que le titre vous donnera la couleur. C’est noir, toujours chez les vampires… et celui en projet toujours chez les vampires le sera aussi et celui d’après… Un roman de DARK Fantasy… où on ne comprend pas ce que signifie le mot DARK en littérature ? Punaise j’en ai juste marre que l’on veuille faire entrer aussi les artistes dans un moule fadasse. Si plus personne ne veut prendre mes livres en SP, si les gens ne veulent plus me lire hé bien tant pis je ne publierai plus mes histoires, je les garderai pour moi et pour les quelques fous qui viendront sur mon blog.

Ma prochaine édition est un roman contemporain qui aborde des sujets d’actualité comme le harcèlement scolaire et sur les réseaux sociaux, les pbs relationnels des ados, la drogue… vous croyez quoi, que c’est facile, que ce sont des « histoires » amusantes ? Il y a des gamins qui se suicident à cause de ça ? Les gens préfèrent quoi ? Faire l’autruche sans doute !

Ouais je suis vénère ! Soit, on ne me lira pas hé bien tant pis ! Je finirai ce qui est en cours le tome 2 de Children of Styx (roman contemporain) et le tome 4 de Dark-Side ! Et pour le reste les gens n’auront qu’à venir voir ici ! Mais je refuse de céder à la facilité et d’écrire ce qui ne me correspond pas !

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Chapitre 10 http://www.nathy.fr/chapitre-10/ http://www.nathy.fr/chapitre-10/#comments Tue, 24 Sep 2019 06:00:40 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1390 Chapitre 9 Quand Justine retourna chez elle, la jeune femme n’était qu’une boule de haine et de rage. Ses parents n’entendirent que la porte d’entrée claquer puis celle de sa chambre. Les hurlements qui s’ensuivirent leur indiquèrent que quelque chose s’était passé... les cris hystériques de leur fille dérangèrent leur […]

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Quand Justine retourna chez elle, la jeune femme n’était qu’une boule de haine et de rage. Ses parents n’entendirent que la porte d’entrée claquer puis celle de sa chambre. Les hurlements qui s’ensuivirent leur indiquèrent que quelque chose s’était passé... les cris hystériques de leur fille dérangèrent leur voisin et peu de temps plus tard deux policiers se présentèrent à leur domicile. Entre temps, Justine avait fini par se calmer, du moins elle avait cessé de rugir.

Les deux agents voulurent voir leur fille, son père leur ouvrit la porte et ils découvrirent une pièce ravagée, Justine hirsute et en larmes. Quand le policier lui demanda si elle allait bien, elle lui adressa un sourire triste et prétendit que son fiancé venait de rompre, après qu’elle l’eut trouvé dans les bras d’une autre. Justine avait un petit côté manipulatrice, elle excellait dans l’art et la manière pour se faire passer pour une victime. Les deux agents repartirent en lui disant de faire moins de bruit et en lui souhaitant bon courage. 

Une fois que la porte fut refermée, elle attrapa le couteau qu’elle avait posé sur son bureau et lacéra la photo de Stan qu’elle avait sur le battant de son armoire. Presque tous les clichés avaient subi le même sort. Elle haïssait Sophie au point de souhaiter sa mort.

Comment cette fille avait-elle pu lui voler son amour, cette traînée?

Elle voulut envoyer un  message à Sophie sur Facebook, mais la plateforme avait bloqué son compte. De colère elle créa une nouvelle adresse mail puis un nouveau compte. Elle continua ainsi d’alimenter la haine qui se déversait sur l’adolescente et le supposé fiancé.

****

Lorsque Pauline vint chercher Sophie pour se rendre au lycée, elle resta bouche bée devant la « nouvelle » Sophie.

—  Ma chérie, ça te va trop bien, t’es superbe. Trop stylé, ton look ! Tu vas déchirer !

La jeune fille avait revêtu une paire de leggins avec des empiècements en faux cuir et lacés sur le côté, un petit cache-cœur noir et rouge aux manches ajourées et perchées sur des chaussures plateforme à bride.

— Merci ! On y va ? Ma mère déteste mes cheveux, elle en a fait une vraie affaire d’État ! Elle est sûre que mon père va m’obliger à enlever ces mèches… mon frangin et elle se sont disputés à cause de mes tifs… t’imagine ça ? Et je ne te parle pas de mes fringues.

— MDR… j’imagine oui, je crois que j’aurais bien ri. Personne ne va te reconnaître au bahut, ils ont l’habitude de la petite Sophie toute sage. T’en as encore beaucoup des fringues comme ça ?

— J’ai refait ma garde-robe…

— Oh ! Et c’est tout aussi si sexy ?

— Non, pouffa Sophie.

Lorsqu’elles montèrent dans le bus, de nombreux regards se retournèrent vers elles, des chuchotements fusèrent. Sophie était mal à l’aise face à l’attention qu’on lui portait, mais ce qu’elle craignait surtout  c’était de se retrouver au lycée après les divers posts de Justine sur les réseaux sociaux.  Elle ignorait tout des frasques des deux frères de la veille au soir.  Elle prit la main de son amie et lui avoua tout bas ce qu’elle redoutait.

— Je ne sais pas, je ne suis pas allée voir ce matin.

— Je n’ose même plus regarder ma page Facebook.

— Le temps que tout le monde fasse le rapport entre la petite Sophie qui a quitté le lycée vendredi soir et la nouvelle, tu auras un peu de répit. Je doute que beaucoup fassent le rapport entre ton nouveau look et la gamine un peu timide. 

— J’ai l’impression d’avoir Justine tout le temps derrière moi. 

— Tu ne vas pas tourner parano quand même. 

— Tu trouves que j’exagère ?

— Non, je n’ai pas dit ça. Je reconnais que Stan avait besoin d’une bonne leçon, mais là Justine va trop loin.  Je lui trouvais des excuses, mais je me rends compte que j’avais tort. 

Quand elles descendirent du bus elles ne virent pas les frères Jarosz devant les grilles, c’est soulagé de ne pas y trouver Stan que Sophie franchit l’entrée du George Sand. Les jeunes filles se dirigèrent vers leur salle de cours sans se retourner, sourdes au peu de remarques. Comme l’avait dit Pauline, les élèves ne faisaient pas la relation avec la Sophie qu’ils avaient déjà croisée, pourtant les avis fusaient sur les réseaux sociaux. Justine avait mis le paquet et s’érigeait en pauvre victime, Stan et Sophie passaient pour des monstres. Déjà la cible des partisans de la jeune femme, les vidéos du vendredi n’arrangeaient pas les choses. Stan et son frère faisaient de gros efforts pour faire la sourde oreille., d’autant plus que l’ex petite amie du cadet avait posté un selfie où l’on voyait les stigmates de son altercation avec le musicien. Cette photo mettait de l’huile sur le feu, de coureur de jupons, de bourreau des cœurs, il devenait celui à abattre pour les petites féministes de seize ans. Peu importait ce qui s’était réellement passé. Les propos à l’encontre de Stan devenaient de plus en plus violents. Il était la cible de la vindicte populaire, aveugle, sourde....

Stan se faisait insulter copieusement, de pervers et d’obsédé, de gros porc, de phallocrate et bien des choses encore moins gentilles, certaines allaient jusqu’à lui suggérer d’aller se pendre, qu’un mec comme lui ne devrait pas exister, qu’il méritait de mourir, de se faire castrer... mais ce qui toucha le plus Stan c’était qu’on s’en prenne au groupe et à leur musique, à ses talents de chanteur.

Que l’on remette en cause tout ce en quoi il croyait, se battait, se démenait c’était comme un coup de poing en pleine face, comme une fille qui lui arracherait le cœur. L’acharnement dont faisait preuve ces gens le blessait au plus profond de son âme, qu’on l’insulte il s’en fichait, mais que des individus mal intentionnés viennent jusque sur la chaîne YouTube du groupe pour l’étriller lui, certes, mais aussi pour descendre en flèche tous les membres de Children of Styx, ça le minait.

Les membres du groupe étaient soudés, mais le jeune chanteur finissait par se dire qu’ils ne méritaient pas ça, que tout était de sa faute. Tous ceux qu’il aimait se retrouvaient être la cible de tous ces « haters » : les autres musiciens, son frère, Sophie…

Quand les Children of Styx se retrouvèrent afin de répéter, Stan leur fit signe de tout arrêter, ce qu’il avait à leur dire lui pesait.

— Je suis désolé pour tout ce qui arrive, personne ne mérite ça et vous vous en prenez plein la gueule à cause de moi. Je crois que l’on va s’arrêter là. Anh Dũng est tout à fait capable de me remplacer, c’est un excellent compositeur et si Sophie acceptait de chanter avec lui vous pourriez aller loin. Moi, je vais me retirer de l’affaire !

Ces mots lui arrachaient la bouche, il refusait que le groupe paye les conséquences de ses actes. Ces mots le brisaient. La musique c’était toute sa vie… tout allait de travers juste à cause de cette folle, même la fille qu’il aimait le rejetait… Stan avait les idées noires, si noires qu’il songeait à tout abandonner même la vie.

Un NON général lui répondit.

— Non ! Il en est hors de question, je ne vais pas prendre ta place ! On se connaît peu, mais Children of Styx sans toi ce n’est plus Children of Styx.

— Tout à fait ! ajouta Amélie et on est tous d’accord, on est tous potes depuis des années et ce n’est pas cette chienne qui va changer quoi que ce soit et si tu t’en vas, tu peux compter sur moi pour te ramener en te bottant le cul à grand coup de Dr Martens !

— Merci !

Stan était au bord des larmes et pourtant il n’était pas du genre à s’apitoyer sur son sort. Tous les musiciens lâchèrent leurs instruments et le prirent dans leurs bras en l’assurant de leur soutien.

****

Sophie décida de fermer son compte Facebook pour en ouvrir un autre avec son second prénom et l’abréviation de son patronyme, la photo de profil était un simple dessin, seuls ses amis proches furent invités ainsi que ces connaissances parisiennes et son frère bien sûr qui avaient fait de même. Ainsi les deux enfants Nguyễn Văn Lô s’étaient mis quelque peu à l’abri de la tourmente.  Mathias se montra clair avec Stan bien qu’il apprécia les Jarosz, il voulait épargner sa petite sœur et il exigea du jeune musicien qu’il laisse Sophie en dehors de tout cela. 

— Je ne te demande pas de ne plus l’approcher, je veux juste la protéger et lui éviter ce  qui t’arrive.  Au moins le temps que tout cela se calme, que cette folle de Justine cesse de s’en prendre à toi et à ma sœur. 

— Mes parents ont de nouveau porté plainte, mais ce qui s’est passé l’autre soir en boîte semble ne pas avoir convaincu les policiers...  elle n’a eu qu’un rappel à la loi, je suis dégoutté. De ce que j’en sais elle m’a fait prendre, en plus des médocs, de la MDMA achetée à un mec dans la rue. J’aurais pu y rester ! Elle fait de ma vie un enfer et au final c’est moi le fautif. Je ne lui avais jamais rien promis. J’ai tout fait pour que notre séparation se passe au mieux, mais elle n’a jamais voulu comprendre que pour moi c’était juste du sexe. Parfois, je me demande jusqu’où cela va aller. Cette fille est complètement déjantée, elle fait une fixette sur moi c’est dingue.

— Quand tu aimes quelqu’un, ce n’est pas facile d’accepter que l’autre n’ait pas les mêmes sentiments, je suis bien placé pour le savoir avec Kim.

— Tu es si amoureux que ça d’elle ?

— Oui, répondit Mathias dans un souffle, baissant la tête et le cœur meurtris.

— Tu serais prêt à quoi pour elle ?

— J’étais prêt à mourir si c’est ce que tu veux savoir, si je n’avais pas décroché le téléphone quand Sophie m’a appelé, aujourd’hui je ne serais plus de ce monde. J’ai fait beaucoup de choses pour Kim... j’ai été stupide, mais notre relation n’a rien avoir avec ce qu’il y avait entre Justine et toi. Je suis resté deux ans avec elle, je croyais vraiment à ses sentiments, j’ai fermé les yeux sur beaucoup de choses et le pire c’est que je me suis coupé des gens que j’aimais, j’ai sombré dans la drogue. Je ne me rendais pas compte à quel point j’étais descendu bien bas. Je n’avais pas conscience à quel point Kim est toxique.  Je n’ai pas encore dix-huit ans et je crois bien que tous les excès à faire je les ai faits... alcool, drogues, violences... sauf tuer.

— Tu le regrettes ?

— Oui et non ! On a passé de supers moments ensemble, mais plus le temps a passé et plus nos moments ensemble c’était que de la défonce.

Mathias sortit de son portefeuille une photo et la tendit à Stan. Il découvrit une jeune asiatique aux cheveux tricolores, noirs, bleus et blancs, les traits fins et d’une beauté à couper le souffle. Il comprenait très bien que son ami puisse avoir craqué pour cette fille.

— Ah ouais quand même... tu m’étonnes, quel mec ne baverait pas devant une telle fille. Elle est vraiment canon, mais dans le genre asiatique, je préfère ta sœur. Les filles hypersophistiquées, j’ai donné ma part.

— Et à quoi, elle ressemble cette Justine ? Je n’ai pas fait attention plus que ça l’autre jour.

— Je n’ai pas sa photo sur moi. Il y a longtemps que j’ai viré les selfies qu’on avait faits ensemble, mais il en reste peut-être de ceux qu’elle a faits l’autre soir... ou tu vas sur son mur, elle adore les photos.

Stan vérifia sur son smartphone, mais il avait viré toutes les photos que Justine avait prises. 

Il se rendit sur Facebook et ouvrit la page de Justine, il y avait une multitude de selfies dont certains pris en boîte dix jours plus tôt. Des clichés quand ils sortaient ensemble. On l’y voyait tantôt avec une crinière d’un blond cendré, tantôt flamboyante ou argentée comme sur les dernières prises quelques jours plus tôt avant son changement pour du noir.

— Elle est belle, mais elle me fait l’effet d’un vrai poison. Aussi égocentrée que Kim, on devrait les présenter.  C’était Kim et sa cour et de ce que j’en vois, ta Justine c’est pareil. Ça te dérange si je me sers de ton téléphone pour bloquer certaines photos, cette salope a encore mis des photos de ma sœur.  Elle vous suit sans cesse. C’est une vraie obsession.

— Bien-sûr ne te gènes pas !

— Pour en revenir à ma sœur, ce serait bien qu’elle reste en dehors de tout ça, du moins qu’on essaie de l’en protéger, c’est pourquoi je te demande de ne plus l’approcher du moins au lycée. C’est préférable pour elle, si tu l’aimes autant que tu le dis, fais-le pour elle. Oublie-la ! Quand tout ça sera fini, si tes sentiments sont toujours là peut-être que ce sera possible entre vous, mais pour le moment je ne pense pas que ce soit souhaitable. Sophie va s’en prendre plein la tête et je n’ai pas envie de voir ma sœur pleurer, je lui ai déjà assez fait de mal, ce n’est pas la peine qu’elle souffre une fois de plus !

— Tu sais ce que tu me demandes ? Si on t’avait dit de laisser Kim...

— Je sais, je t’aurais dit d’aller te faire foutre ! 

— Alors tu peux comprendre que je refuse de baisser les bras, j’aime ta sœur et ça, personne ne peut rien y faire !

— C’est elle qui te le demande, et tu le sais bien. Sophie est sensible et tu peux quand même comprendre que Justine lui fasse peur. Elle est aussi cinglée que Kim... et ma frangine a en a été le souffre-douleur, qu’est ce que tu crois ?  Oublie-la !

Stan soupira, personne ne semblait comprendre ce qu’il ressentait. En cet instant, le jeune homme se sentait isolé, désemparé, même Iwan paraissait ne rien comprendre. Il prit sur lui le plus qu’il pouvait et à chaque fois que son regard se posait sur celle qui faisait battre on cœur il avait l’impression qu’on lui arrachait celui-ci. 



De son côté Sophie faisait de son mieux pour ne pas penser au cadet des Jarosz, elle évitait du mieux qu’elle pouvait de se retrouver  dans les mêmes lieux, elle refusait d’aller au sas ou même à la cafétéria et bien sûr elle ne descendait pas à la grille lors de la pose.  Elle tentait de se faire la plus discrète possible, de se faire oublier, cela marchait plus ou moins bien.  Elle l’ignorait bien sûr, mais Stan et même Iwan, parfois Pauline, traquaient les messages de Justine où il était question de Sophie, à tel point que le compte de Justine ne tarda pas à être supprimé.  Ils firent de même sur tous les réseaux sociaux où elle sévissait si bien que ses actions se retournèrent contre elle.

La hargne qu’elle avait allumée contre Stan s’atténua faute de sources pour l’alimenter sur les réseaux sociaux. Mais elle revenait à la charge en créant sans cesse de nouveaux comptes, à chaque fois les membres du groupe bloquaient la moindre photo suspecte et mettait le nouveau profil en indésirable. Ils en vinrent même à bloquer toutes publications sur la page du groupe. Ils passaient tous un temps fou à traquer la moindre publication suspecte. Hélas, hors du NET, ou du moins publiquement, la vindicte continuait, alimentée par Justine et sa cousine et leur cour. Des messages privés arrivaient sans cesse sur le compte de Stan, ce n’était qu’insultes et même jusqu’à le pousser au suicide. Le jeune homme avait beau être solide tout cela finissait par l’affecter. On chuchotait dans les couloirs sur leur passage, des insultes fusaient. Les quelques fois où Stan ou son frère s’était agacé au point de coller l’individu contre le mur et de régler le problème par la violence avait dissuadé les moins vindicatifs. Bien sûr les deux frères eurent un rappel à la discipline et même quelques heures de colles et un avertissement, mais le message était passé... puis la carrure des deux frères fit le reste.

Des inconnus insultaient Sophie,  des remarques franchement déplacées, des propositions plus ou moins salaces... mais elle avait tenu bon grâce à son frère et à ses amis.  Sur la page du groupe et d’un commun accord entre eux, ils avaient fait passer un communiqué expliquant la situation, parlé des plaintes déposées et idem sur la page de Stan.

Justine passa en conseil de discipline, au regard de ses antécédents, la direction lui signifia son renvoi définitif. Seule sa cousine demeura dans l’enceinte du lycée et continua d’entretenir le feu de la haine

****

Le jeune asiatique que Sophie avait à peine remarqué lors de son premier cours d’arts plastiques prit place à côté d’elle avant même que Pauline un peu en retard ne puisse s’asseoir près de son amie. Elle n’avait pas encore ouvert la bouche qu’il se présenta.

— Salut, moi c’est Chân Lý  et toi c’est Sophie c’est ça ?

— Euh... salut, oui c’est ça. 

L’adolescent entama la conversation et l’invita à aller boire un pot après les cours. Avec tous les derniers évènements depuis la rentrée scolaire deux semaines plus tôt, Sophie n’avait pas vraiment eu l’occasion de se faire des copains, aussi elle accepta avec plaisir. Pauline les laissa seuls après être restée un petit quart d’heure avec eux. Chân Lý se montra agréable, curieux. Comme elle il était né en France ainsi que ses parents, ses grands-parents étaient arrivés très jeunes tout comme les siens et ils ne tardèrent pas à se rendre compte qu’ils devaient se connaître comme pour elle, ses aïeux s’étaient installés dans ce petit village du Bourbonnais, d’ailleurs ses grands-parents et arrières grands-parents habitaient toujours Noyant.

— C’est dingue ça quand même que les petits enfants se retrouveraient au lycée ensemble alors que ma famille est partie assez rapidement sur Paris. 

— Ça te dirait d’aller au ciné demain ? 

— Pourquoi pas, mais je ne sais pas ce que Pauline a prévu.

— Pas de problème, des copains et copines seront là, si Pauline ne craint pas de se retrouver avec presque que des asiates...

— Il y en a beaucoup ici ? 

— Beaucoup non, mais je dirais qu’on est un certain nombre. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il est difficile de ne pas nous croiser quand on traîne dans Montlu

Le bip du smartphone de Sophie retentit lui annonçant que son frère lui envoyait un message.

« T’es ou ?

Au Majestic, je bois un pot avec un copain.

OK j’arrive »

— Je crois que tu vas rencontrer mon frère Mathias, mais je te préviens il préfère qu’on l’appelle Anh Dũng

— OK, il vient voir qui sa petite sœur fréquente ?

— C’est bien possible.



Cinq minutes plus tard, Mathias entrait dans le bar et se présentait à leur table. Comme à son habitude, le premier réflexe qu’il eut fut de s’adresser à sa sœur, mais également à l’adolescent qui l’accompagnait en vietnamien. 

— Désolé, mais je ne parle que français.

— Ah... 

— Ça pose un problème ?

— Non t’inquiète, c’est bien que ma sœur se fasse des copains, ici elle ne connaît personne à part Pauline et mes potes. 

— Tu joues avec les Jarosz, c’est ça

— C’est ça. 

— Bons musiciens... mais pour Sophie, il vaut mieux les éviter.

— C’est bien mon intention.

— On va rentrer, les parents m’ont demandé de venir te chercher... tu oublies qu’on a des invités ce soir. 

— Oh merde j’avais complètement oublié. 

— On se retrouve demain ? 

— Je viens te chercher si tu veux ? 15H ? On ira manger en ville avant d’aller au ciné, ça te va ? 

— Nickel !



Sophie avait complètement oublié que leur mère avait invité les Jarosz à dîner le soir même pour les remercier de leur gentillesse. C’est avec soulagement qu’elle apprit que seuls les parents et Alexy venaient. Stan avait décliné prétextant du travail et Iwan connaissant le point de vue de Sophie avait choisi de ne pas venir, quant à Éva, elle retrouvait la sœur aînée de Pauline avec laquelle elle avait eu une liaison par le passé. Le week-end passé à Clermont avait renoué les liens qui les unissaient aussi les deux jeunes femmes songeaient à vivre ensemble, mais auparavant elles préféraient voir où cette liaison les mènerait.



Paul était rentré du Japon le mercredi et ne restait que quelque temps, il devait repartir le 1er octobre, le lendemain de l’anniversaire de son fils. Il avait observé sa fille avec surprise face à la métamorphose de celle-ci et au grand dam de Lan Ahn, il avait aimé les mèches rouges de sa fille.

— Ça te va bien, j’ai pensé à toi quand j’étais à Tokyo et j’ai pris discrètement quelques photos. Il lui montra sur son smartphone quelques clichés d’adolescents japonais au look extravagant. Je trouvais que tu étais bien trop sage, est-ce qu’il y aurait un garçon là-dessous ?

Sophie devint écarlate en pensant à Stan et assura que non ce qui n’était pas tout à fait faux. C’était plus exactement son frère qui l’avait motivé à changer ainsi que Pauline dont elle enviait l’assurance. 

****

Anaïs, la cousine de Justine l’informa qu’elle n’avait pas vu Sophie un seul instant avec les Jarosz, pourtant dès qu’elle avait pu, elle avait suivi Stan comme la jeune femme le lui avait demandé. Satisfaite, Justine se dit que sa rivale semblait évincée. De toute façon, elle ne trouvait plus son compte sur les réseaux sociaux... 

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Du mépris des auteurs de SFFF http://www.nathy.fr/1385-2/ http://www.nathy.fr/1385-2/#respond Mon, 23 Sep 2019 10:28:13 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1385 C’est typiquement le genre de chose qui m’agace. Nous en discutions hier avec Marielle Ranzini lors du Salon du livre de Montluçon. Je parle de ce mépris à l’encontre de la littérature de l’imaginaire. Je le vois souvent dans le regard des visiteurs, mais aussi, et c’est encore plus grave […]

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C’est typiquement le genre de chose qui m’agace. Nous en discutions hier avec Marielle Ranzini lors du Salon du livre de Montluçon.

Je parle de ce mépris à l’encontre de la littérature de l’imaginaire. Je le vois souvent dans le regard des visiteurs, mais aussi, et c’est encore plus grave dans celui des libraires. Parce parlons en de libraires… j’ai travaillé dans ce milieu et je l’ai aussi entendu… de leur part, de la part des bibliothécaires aussi. Les auteurs de SFFF, mais aussi de romance, font l’objet du mépris tant de la part de certains lecteurs et des professionnels du livre. C’est navrant… Nous sommes les moutons noirs de la littérature et puis il y a un autre phénomène tout aussi navrant d’ailleurs de la part des lecteurs de la littérature dite de genre… la certitude du moins en France que les écrivains français et/ou francophones ne sont pas capables d’écrire de la fantasy, du fantastique ou encore de la SF. Il semblerait que seuls les auteurs anglo-saxons sachent créer des univers, des créatures… mais punaise ouvrez donc au moins quelques livres des romanciers et nouvellistes maniant notre belle langue… enfin c’est quand même incroyable d’être aussi méprisé par ses concitoyens.

Combien de fois j’ai lu et entendu : « Oh! C’est un auteur français ? Ah non! J’en veux pas, ils sont nuls » sans même avoir ouvert le livre. Quand je vois ça, j’ai juste envie de coller des baffes, coller des coups de pelles.

Pourquoi donc un auteur français serait-il forcément mauvais ? Pourquoi cet élitisme où seule la littérature blanche, à la rigueur le roman policier, trouverait-il grâce aux yeux des Français ? Qu’est-ce qui ferait que l’on ne soit pas capable d’écrire un roman fantastique par exemple. Je veux que l’on m’explique… tous nos détracteurs dites nous pourquoi notre nationalité ferait que l’on ne mérite pas votre attention ? Je veux de l’argument !

En plus j’ai la mauvaise idée d’écrire du fantastique et plus précisément des histoires de vampires. Alors là, c’est le comble, le pire que je puisse faire. Je crois que nous auteurs de romans/nouvelles vampiriques nous rencontrons le mépris et même le dégoût. Il faut voir la mine des gens lors des salons/dédicaces… Je ne compte plus les fois où vraiment j’ai eu envie de chopper certain par le col et leur dire ma façon de voir les choses, je doute qu’ils apprécient d’essuyer ma colère.

Donc maintenant j’attends, je veux des réponses, je les exige même dites nous à nous auteurs de SFFF le pourquoi des choses, de ce mépris et à nous auteurs de romans et nouvelles vampiriques pourquoi vous nous cracher presque à la figure. Mais qu’on se le dise j’aime ce que je fais, ce que j’écris et je ne compte pas cesser de mettre en place mes Ichoriens.

À bon entendeur je vous salue bien.

Saigneusement vôtre,

Nathy

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Le Prince des vampires http://www.nathy.fr/le-prince-des-vampires/ http://www.nathy.fr/le-prince-des-vampires/#respond Fri, 20 Sep 2019 06:00:14 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1370 Aujourd’hui, je vais vous parler du troisième personnage que j’ai créé… et non ce n’est pas Swann, mais Edern, son frère le prince des ichoriens. Edern n’a rien d’humain, ses origines ne sont pas humaines, c’est certes un humanoïde, mais ça s’arrête là. Il vient d’une civilisation très ancienne, mythique, […]

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Aujourd’hui, je vais vous parler du troisième personnage que j’ai créé… et non ce n’est pas Swann, mais Edern, son frère le prince des ichoriens.

Edern n’a rien d’humain, ses origines ne sont pas humaines, c’est certes un humanoïde, mais ça s’arrête là. Il vient d’une civilisation très ancienne, mythique, disparue depuis environ 10.000 ans. Je me sis basée un peu sur la légende des hyperboréens. Mais vraiment un peu.

Sauf que j’ai fait des êtres de cette civilisation non seulement des individus différents, mais en plus leur civilisation est le berceau des vampires. Edern est donc un des premiers immortels, né ainsi. Fils aîné du souverain de l’île septentrionale où il vivait, il en prend la direction à la mort de son père.

Lorsqu’un cataclysme détruit sa civilisation, il prend la tête des survivants, en grande majorité des buveurs de sang. Ils survivent comme ils le peuvent, se mêlent aux humains. Des royaumes vampiriques se créent, des clans… Edern demeure cependant le chef suprême. Les immortels l’ont choisi malgré la présence de son plus jeune frère (Swann) et son rival Rhyrgul, un autre vampire né venant d’une autre île.

Edern est le souverain par excellence, proche de par son aspect de certains personnages de manga ou de jeux vidéo. J’avoue que j’avais une certaine « tendresse » pour Sephyroth de Final Fantasy… on comprend ainsi mieux l’aspect androgyne, les cheveux argentés…
Edern est « politicien », manipulateur, séducteur, même si on le voit peu une épée à la main c’est l’un des plus redoutables immortels. Pour lui la fin justifie les moyens.

On le voit de par sa situation dans tous les romans. Mais celui où il est le plus, puisqu’il en est un des personnages principaux, c’est Sombre Rêve que je suis en train de retravailler. C’est aussi un ami de Cathal qui lui voue une fidélité indéfectible.

Il ne faut ni se fier à sa beauté ni à son élégance pleine de charme. Si Edern a l’occasion de vous retourner la cervelle, il n’hésitera jamais.

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Dante http://www.nathy.fr/dante/ http://www.nathy.fr/dante/#respond Sat, 14 Sep 2019 06:00:59 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1367 Voici donc un autre personnage : Dante Dante est le second héros vampirique que j’ai créé juste à partis d’une idée vague d’une femme se réveillant chez un vampire sans savoir où elle se trouvait après avoir été agressée. À partir de là, j’ai écrit Anamorphose en récit choral. Comme […]

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Voici donc un autre personnage : Dante

Dante est le second héros vampirique que j’ai créé juste à partis d’une idée vague d’une femme se réveillant chez un vampire sans savoir où elle se trouvait après avoir été agressée. À partir de là, j’ai écrit Anamorphose en récit choral.

Comme j’aime bien l’histoire, je suis partie sur la période vénitienne du XVe. Je suis restée dans le même univers, ces vampires finalement si humain et si monstrueux. J’aime bien leur construire un passé et ne pas seulement l’évoquer en quelques lignes. À l’inverse de Cathal qui est d’origine barbare, un guerrier… j’ai voulu faire un être dont les origines étaient raffinées même si celui-ci était un véritable gougeât.

Sa transformation est en réalité une punition et quelle punition. Tout va y passer : tortures, humiliations… Anamorphose est une romance paranormale, mais je n’ai jamais voulu faire de mon personnage, un être mou et fleur bleue, tout gentil tout mignon.

Certes, ce n’est pas un guerrier comme Cathal, mais il n’est pas fainéant une épée à la main et quand il faut tuer ça ne lui pose aucun problème que ce soit un humain ou un autre immortel. Mais Dante est un être abîmé par la vie, qui a vécu des périodes très sombres faites de violence. Il déteste ce qu’il est.

Si je devais le rapprocher d’un vampire célèbre, je dirais que c’est un Louis ( voir les écrits de Anne Rice) mais sans le côté romantique.

Après, je ne me prends pas pour Anne Rice, je n’en ai pas la prétention.

Je voulais que ce soit un vampire solitaire qui vit un peu dans sa tour d’ivoire loin des siens et le plus loin possible des humains. En réalité, il n’aime ni les uns ni les autres.

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Chapitre 9 http://www.nathy.fr/chapitre-9/ http://www.nathy.fr/chapitre-9/#comments Thu, 12 Sep 2019 06:00:45 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1377 Chapitre 8 Chapitre 10 Sophie était à peine couchée après avoir rangé ses affaires qu’elle entendit gratter à sa porte. — Tu dors ? — Non, entre. Sophie chercha l’interrupteur à tâtons et alluma. Mathias en t-shirt et caleçon s’avança puis s’assit près d’elle. — Je te dérange ? Je peux ? — Bien sûr que non. Sophie […]

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Sophie était à peine couchée après avoir rangé ses affaires qu’elle entendit gratter à sa porte.

— Tu dors ?

— Non, entre. Sophie chercha l’interrupteur à tâtons et alluma.

Mathias en t-shirt et caleçon s’avança puis s’assit près d’elle.

— Je te dérange ? Je peux ?

— Bien sûr que non.

Sophie se poussa et tapota le matelas pour inviter son frère à ses côtés. Le jeune homme s’installa près de sa sœur comme il le faisait des années plus tôt, quand ils passaient des heures à parler jusqu’à ce qu’ils s’endorment.

— Il y avait longtemps, je suis désolé.

— C’est vrai que ça fait un bail que l’on n’avait pas discuté comme ça.

— Quelques années…

— Ouais, je suis un con… j’ai besoin de discuter… lui dit-il en saisissant sa main.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

Sophie baissa les yeux et vit les marques sur ses bras, des ecchymoses bleu-jaunâtre, les restes des injections, des griffures, des entailles. Son cœur se serra en voyant ces vestiges.

Mathias avala sa salive, il avait besoin de se libérer, il n’avait pour ainsi dire rien dit à sa mère que ce qu’elle avait envie d’entendre. Sophie, il savait qu’elle écouterait patiemment.

— Kim… elle m’a quitté. Je l’aime tant… Le mercredi soir, elle m’avait laissé un message pendant que je passais l’audition des frères Jarosz. Elle m’a arraché le cœur. Un mot lapidaire comme quoi c’était fini. Je l’ai appelé et on a discuté, on s’est disputé et je lui ai promis de venir dès le week-end suivant… et j’ai senti qu’elle n’attendrait pas. Le lendemain en cours, je ne pensais qu’à elle, je suis repassé à la maison, je l’ai appelé et sa façon d’être m’a rendu dingue, je suis partie sur un coup de tête. À Paris, j’ai retrouvé Fabien… je n’ai pas tardé à découvrir que lui et Kim s’envoyaient en l’air derrière mon dos et partageaient leur came depuis déjà longtemps. J’étais désespéré, j’ai voulu mourir, je croyais que plus personne ne m’aimait, que personne ne se soucierait de moi et puis un jour tu as appelé, je venais de… me piquer. Tu m’as sauvé petite sœur.

À ces mots, il la prit dans ses bras en pleurant et répéta : « tu m’as sauvé ! » Sophie le sentait désemparé et laissa son frère pleurer sur son épaule, il était si malheureux. Mathias au cours de ces derniers jours avait enfin ouvert les yeux à propos de Kim. Découvrir et admettre ce qu’elle était lui était difficile et le faisait souffrir ; car malgré tout, il l’aimait toujours. Il vida son sac pendant des heures. Il se sentait soulagé même s’il peinait à encaisser.

— J’ai besoin d’aide…

— Je serais toujours là, tu le sais bien.

—… Pas comme moi. Je suis désolé, je t’ai tellement laissé tomber. J’ai été un piètre grand-frère. Mais dis-moi qu’est-ce qu’il y a avec Stan ?

— Rien…

— Rien ? T’es sûre ? Il t’a dévoré du regard pendant toute la soirée.

— C’est compliqué…

— Comment ça compliqué ? Dis-moi, j’ai besoin d’aide, mais je voudrais redevenir le grand-frère que j’ai été. S’il y a un souci, dis-le-moi… Qu’est-ce qui se passe ?

Sophie poussa un long soupir et se mit en devoir de raconter tout ce qui s’était produit depuis le jour où ils avaient découvert sa fugue jusqu’à ce jour où Mathias et sa mère étaient rentrés de Paris.

— Mmm et toi qu’est-ce que tu éprouves pour lui ?

— Franchement, j’en sais plus rien…

— Et cette Justine ?

— Elle me terrifie, elle est complètement cinglée… en plus, maintenant, elle m’a prise pour cible.

Sophie attrapa le portable posé sur sa table de nuit et montra les photos sur Facebook… du moins ce qu’elle retrouva, car les parents de Stan avaient déjà fait le nécessaire.

— Cette fille est complètement malade, je te jure. Elle espionne Stan, elle nous a filmés et après elle m’a appelé et m’a traité de tous les noms, elle m’a menacé et ensuite elle a tout mis sur les réseaux sociaux en se faisant passer pour une victime en prétendant que je lui avais piqué son mec.

— C’est peut-être le cas, après tout tu connais les Jarosz depuis peu.

— Ce n’est pas faux, mais d’après ma pote et la famille de Stan, ça fait longtemps qu’ils ne sont plus ensemble. Il lui manque une case, elle me fait froid dans le dos. Si tu la voyais, elle est super canon, mais tu t’aperçois vite fait qu’il n’y a pas l’éclairage à tous les étages. Elle a drogué Stan et elle l’a violé sur les bords du Cher… si Iwan n’était pas arrivé, vu ce qu’elle lui a fait avaler, pas sur qu’il soit encore en vie. Les pompiers ont dû le ranimer.

— Ah ouais quand même. Je comprends que tu n’aies pas trop envie de sortir avec lui si c’est pour avoir cette cinglée sur le dos. Je suis certain que tu trouveras un bel asiate.

— Possible… là, tu vois, j’ai pas trop envie de sortir avec qui que ce soit et j’ai pas trop envie d’aller en cours tout à l’heure avec ce que l’autre dingue a posté. Je vais m’en prendre plein la tête. J’ai supprimé tout où elle m’avait taguée, je me suis fait insulter par des gens que je ne connais même pas.

— Le premier qui te fait des misères, je lui défonce le crâne !

— J’espère bien que non !

Ils continuèrent de discuter pendant des heures et finirent par tomber de sommeil peu de temps avant que le réveil ne sonne. Sophie l’éteignit d’une main hésitante et retourna entre les bras de Morphée aussitôt. Sa mère ne la voyant pas descendre vint la chercher et trouva ses enfants paisiblement endormis. Lan Anh s’imagina sans peine qu’ils avaient passé une nuit blanche. Elle se rendait compte que Mathias avait besoin d’aide et s’il la trouvait chez Sophie, elle n’avait pas le droit de lui en vouloir. Elle referma la porte doucement et descendit au rez-de-chaussée. Dès que le lycée fut ouvert, elle appela la vie scolaire et informa les surveillants de l’absence de ses enfants. Elle leur assura que Sophie serait de retour à compter du lendemain et que Mathias devait tout d’abord rencontrer un médecin avant de pouvoir revenir en cours.

Pour la première fois depuis des jours, Mathias dormit profondément. Les deux adolescents se réveillèrent vers midi et pendant que Sophie était sous la douche, son frère envoya un SMS à Stan lui demandant de venir après les cours. Il profita de l’absence de sa sœur pour intervertir les cartes SIM de leurs portables et il appela Justine. Lorsque la jeune fille répondit à son appel, il reçut un flot d’insultes adressées à Sophie. Quand il put en placer une, le jeune homme était passablement agacé.

— Ça y est, c’est fini ?

— Mais t’es qui toi ?

— Le frère de Sophie, je vais te donner un petit conseil, fiche la paix à ma sœur avant que je ne m’occupe de ton cas. Si j’apprends encore une fois que tu t’en prends à elle, tu vas le regretter.

— Ta pétasse de sœur m’a piqué mon mec.

— Pas que je sache… alors tu l’oublies, pas d’appel, pas de SMS, pas de photos ni de video, pigé ?!

— J’en ai rien à foutre de ta gueule ! Et elle raccrocha.

Mathias remit les cartes à leur place d’origine et garda en mémoire le numéro de Justine sur son propre smartphone. Il retourna dans sa chambre et alla prendre une douche à son tour. Il retrouva sa sœur à la cuisine attablée avec sa mère devant un bol de soupe pho.

— Votre père rentre demain, j’aimerais bien qu’il ne soit pas obligé de se faire encore du souci pour ses enfants alors qu’il est à des milliers de kilomètres pour son travail. Et puis ces cheveux, tu vas aller chez le coiffeur et me faire enlever ça !

— Maman ! Non !

— Quand je te dis quelque chose, tu obéis !

— Laisse-là, ce ne sont que des cheveux ! Et Sophie est superbe comme ça, arrête de vouloir la couver tout le temps, tu l’étouffes !

— Mathias !

— Quoi Mathias ? Tu veux faire comme avec moi ? Papa et toi vous ne m’avez pas assez étouffé, il faut que vous fassiez les mêmes erreurs avec elle ? s’emporta Mathias. Oh vous nous avez toujours donné tout ce dont on avait besoin, mais il ne fallait surtout pas avoir la moindre initiative. À chaque fois, il a fallu que je vous mette devant le fait accompli. Il n’y a que la musique et encore, si papa n’avait pas insisté nous n’en aurions jamais fait. À croire que tu avais peur de je ne sais quoi ou peut-être que c’est Pascal qui te dérangeait. Il aurait fallu que je joue du classique. Tu ne voulais pas que je joue dans un groupe, vous ne vouliez pas que je fasse ceci ou cela et c’est pareil avec elle. Tu vas faire quoi, lui choisir aussi avec qui elle devra se marier ?

— Bien sûr que non, tu exagères, nous voulons que le meilleur pour nos enfants !

— Hé bien il est temps de nous faire un peu confiance !

— Oh oui je vois ça. Tu fugues, tu te drogues…

— C’est sûr qu’en jugeant sans cesse je vais te faire confiance, te dire ce que je pense. Peut-être que si vous aviez été un peu plus à l’écoute, je n’en serais pas arrivé là.

— Bientôt, tu vas nous accuser de maltraitance pendant que tu y es.

— J’ai jamais dit ça, mais il faudrait qu’on soit les petits enfants parfaits qui font exactement tout ce que vous voudriez, mais ça marche pas comme ça. Sophie n’a rien fait de mal. Tu veux quoi ? Qu’elle recommence elle aussi, elle a voulu mourir une fois, ça ne t’a pas suffit ?

— Parce que vous croyez que votre père va laisser passer ça ?

— On verra bien ! Mais en attendant que papa rentre, lâche-la un peu.

Pendant l’altercation entre sa mère et son frère, Sophie mangeait en silence. Ces dernières années, il n’y avait qu’elle qui ait pris la défense de son frère, lui la plupart du temps se montrait soit indifférent soit odieux. Il y avait tellement longtemps qu’il n’y avait plus eu cette complicité entre eux.

Lan Anh grommela et changea de sujet.

— Demain tu retournes en cours, dit-elle en se retournant vers sa fille, hors de question de manquer un jour de plus.

— Je n’en avais pas l’intention… et Mathias il revient quand ?

— Ton frère doit voir le médecin et le psy d’abord.

— Et j’ai rendez-vous quand ? J’ai le bac à passer je te rappelle ! Je voudrais y retourner dès mercredi.

— Je dois trouver un médecin, la plupart ne prennent plus de nouveaux patients.

— Je m’en fiche, je ne veux plus prendre leurs cochonneries…

— Anh Dũng… dit Sophie sur un ton de reproche en posant sa main sur le bras de son frère.

— Ouais, ouais je sais, ça va être dur… Ne t’en fais pas pour moi frangine !

— Le docteur a dit…

— Je m’en fous de ce qu’il a dit… mercredi je reprends les cours et les répétitions avec Iwan et Stan.

— Mais…

— Tu crois que c’est en restant cloîtré à la maison avec toi que ça va aller mieux ? J’étouffe ici !

Sophie prit la main de son frère et la serra doucement.

— Tu sais maman, il a raison.

Lan Anh repoussa son assiette et soupira, elle se leva et commença à débarrasser. Ses enfants l’aidèrent et au moment de remonter, Mathias l’informa de la venue de Stan.

— OK, je lui dirai de te rejoindre. Au fait, ça serait gentil de tous les inviter le week-end prochain pour leur aide.

— Oui ça serait pas mal, ses parents ont l’air cool.

— J’ai du travail, je monte bosser, tu pourrais demander à Iwan de te filer le boulot que tu as en retard.

— Ouais bonne idée.

Sophie profita de ces quelques heures pour s’avancer. Surtout, elle espérait éviter de voir les frères Jarosz, surtout le cadet. Vers dix-sept heures, sa mère frappa à la porte et lui proposa de venir la rejoindre sur les bords de la piscine. Comme elle avait terminé son travail, elle accepta, Sophie passa un maillot une pièce noir, ainsi qu’un paréo multicolore. Elles furent bientôt rejointes par Mathias.

— Tes copains ne viennent pas ?

— Si, mais Stan finit à 18 H. Iwan m’a dit qu’il faisait un crochet chez lui pour récupérer le travail de mes jours d’absence après il ira chercher son frère et ils viendront directement ici.

— Vous ne pouvez pas tout informatiser ? demanda Sophie.

— Il l’a fait en grande partie, mais il m’a dit qu’il avait un truc à voir.

— S’ils veulent bien rester dîner avec nous, je vais faire des pattes sautées proposa leur mère.

— Ils ont sans doute du travail maman… ils n’auront peut-être pas le temps, tu sais.

— On verra.

Les Nguyễn Văn Lô gouttèrent encore un peu à cette fin d’après midi au bord de la piscine jusqu’à ce que la sonnette retentisse.

— Bougez pas, j’y vais ! annonça Mathias. Il attrapa au passage la première serviette venue et l’enroula autour de ses reins avant d’aller ouvrir la porte à ses copains. Sur le perron se trouvaient les deux frères Jarosz.

— Salut mec ! Hé bien il y en a qui ne s’emmerdent pas pendant que les autres sont en cours.

— Comme tu vois !

— Tiens voici les cours que tu m’as demandés.

— Tu voulais me voir ? demanda Stan.

— Ouais, j’ai quelques petites choses à voir avec toi. Ça ne te dérange pas Iwan si on discute en privé quelques minutes ?

— Pas de problèmes, on va peut-être aller dire bonjour à ta mère…

— Elles sont sur le bord de la piscine… au fait, ma mère voulait vous inviter à manger ce soir…

— OK, mais on ne voudrait pas rentrer trop tard, on a cours demain.

Les jeunes gens s’approchèrent de la piscine où ils trouvèrent les deux femmes drapées dans des paréos colorés confortablement installées sur les transats. La mère de Mathias les accueillit et réitéra son invitation, pendant que Sophie demeurait silencieuse, retranchée derrière ses lunettes de soleil. Les garçons la saluèrent et elle répondit d’un geste de la main. La manière dont Stan la dévorait du regard n’échappa pas à son frère.

— Tu viens ?

Stan et Mathias se rendirent dans la chambre de ce dernier, pendant que Lan Anh appelait Rosa pour lui dire que ses fils restaient manger. Elle promit qu’ils ne rentreraient pas trop tard. Iwan demeura auprès de Sophie, mais celle-ci ne décrocha pas un mot.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Stan, t’es un mec sympa, mais fiche la paix à ma sœur. Ne l’approche plus !

— Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

— Sophie m’a tout raconté, elle m’a parlé de Justine.

— Ah… Justine… mon ex…

— Ouais… je l’ai appelé, elle est complètement dingue. Je te jure que si elle approche Sophie et lui fait le moindre mal, elle le regrettera.

— Parce que tu crois que je vais la laisser faire ?

— Sinon, c’est chouette ce que vous avez fait pour elle, si mes parents savaient, surtout ma mère, elle en ferait toute une histoire et Sophie ne pourrait même plus bouger une oreille. Tes parents sont bien.

— On fait tout ce que l’on peut pour qu’elle puisse avoir la paix.

— Ma sœur n’avait pas besoin de ça… je suppose qu’elle t’a parlé de Kim…

— Oui, je sais. Écoute, je n’ai jamais voulu tout ça. Cette fille est instable, ça fait plus d’un an que l’on a dû en faire appel à la justice, elle me harcèle depuis que l’on a rompu.

Stan montra à son ami les nombreux SMS dont elle l’inondait, les MMS pleins de photos érotiques, de vidéos… qu’il supprimait sans les regarder. 

— Mais elle est vraiment malade, c’est quoi ce look ? Elle veut ressembler à ma sœur ?

Mathias rendit son téléphone au chanteur en lui désignant le nouveau MMS qui venait d’arriver où on voyait Justine, les cheveux noir et munie de lentilles modifiant la couleur de ses iris.

— Putain c’est pas vrai ! Je ne sais plus quoi faire avec c’te folle.

— Sophie m’a expliqué, c’est vraiment pas cool ce qu’elle t’a fait, mais vu ce que mon ex a fait subir à ma sœur, je ne veux pas que ça recommence. J’ai été assez con pour laisser-faire, je le serais encore plus si je laissais cette folle faire parce que vous êtes ensemble. Alors, s’il te plaît laisse tomber et oublie un peu Sophie.

— Tu étais prêt à tout pour Kim, non ?

— Ouais !

— Je suis prêt à tout pour ta sœur, je suis amoureux, je ne veux pas d’une autre fille. Désolé, mais je ne peux pas laisser tomber sauf si j’étais certain qu’elle ne veuille vraiment pas de moi, mais ce n’est pas le cas.

— Ah ouais, qu’est-ce que tu ne comprends pas quand on te dit non ?

Mathias plaqua Stan au même instant contre le mur, ses doigts refermés sur sa gorge. Le cadet des Jarosz ne sourcilla pas pour autant.

— Si Justine n’avait pas foutu la merde, on n’aurait pas cette discussion. Je ne vais pas rentrer dans les détails, j’ai tenu ta sœur dans mes bras, je sais de quoi je parle. Sophie et moi ce n’est pas une passade ! Tu permets ?

Mathias relâcha l’autre adolescent et Stan sortit son smartphone de sa poche, ouvrit le dossier des photos et sélectionna un des nombreux clichés de Sophie et lui, beaucoup d’entre eux venaient des envoies de Justine, mais, lui et Sophie avait fait un selfie alors qu’ils étaient dans la voiture d’Iwan. Il tendit le téléphone à Mathias. Tiens ! Les autres sont bien trop personnelles pour te les montrer !

Mathias découvrit la photo où sa sœur, la tête contre Stan semblait très heureuse.

— Tu peux en regarder certaines si tu veux, ce n’est pas moi qui les ai prises… la plupart viennent de Justine… mais je ne suis pas certain que ta sœur apprécie…

— OK ça va j’ai compris. Mais je te préviens, si tu fais la moindre crasse à ma frangine, je te refais le portrait. Si Justine s’en prend à elle, elle aura affaire à moi et toi aussi.

— Tu n’as rien à craindre de ma part, je n’ai jamais forcé qui que ce soit et si je dois attendre, j’attendrais.

— T’as intérêt Sophie n’a que seize ans.

— Elle aura dix-sept ans le mois prochain et je n’ai pas vingt ans de plus qu’elle…

— T’as quel âge au juste ?

— Dix-sept, j’aurais dix-huit ans en mars.

— Je te croyais plus vieux.

— Le vieux c’est Iwan, il a 20 ans.

— Ah quand même, mais qu’est ce qu’il a foutu pour avoir vingt ans en term ?

— Changement d’orientation, il a passé un bac pro de BTP puis il a voulu reprendre un cycle général. Il n’y a que moi qui ai redoublé ma seconde, mais c’était un choix personnel avant je n’avais pas pris musique et j’ai préféré demander à redoubler ma seconde pour avoir toutes les bases des cours.

— Ah ok. Marrant ça j’ai fait la même chose sauf que j’ai aussi loupé mon bac… j’étais en cure de désintox pendant les exams… j’étais pas en état de le passer.

— On a pas vraiment eu l’occase de faire vraiment connaissance… ce que l’on sait de toi, c’est par ta sœur. Tu verras, on n’est pas des méchants, même si au lycée en ce moment c’est pas ma fête. Je me fous de ce que les gens disent, mais je te préviens, toujours grâce à Justine je m’en prends plein la gueule.

— Sophie m’a dit.

— C’était pour ça que tu voulais me voir ?

— Ouais… au fait pour rejoindre le groupe ça marche toujours ?

— Bien sûr ! Je n’ai qu’une parole, je t’ai dit : c’est OK. Au fait ta guitare, tu veux qu’on essaie de la réparer ?

— Non, si tu la veux, prends-la, je ne veux plus la voir. … Cette fille, Kim, elle m’a foutu en l’air, maintenant je ne sais plus si je l’aime ou si je la hais.

— Si elle était devant toi qu’est ce que tu ferais ?

— J’en sais rien, je l’ai dans la peau et je me déteste pour ça. Et toi Justine ?

— Je lui foutrais mon poing dans la gueule, je n’ai jamais aimé Justine, c’était juste une belle fille à baiser. Je me suis très vite rendu compte de ce qu’elle est… Même à mon pire ennemi, je ne lui souhaite pas de sortir avec elle.

— Tant que ça ?

— Ouais tant que ça… on n’était pas du tout dans le même délire elle et moi, même au lit. C’est une tordue !

— OK, bon on va rejoindre Iwan et ma sœur ?

— Yep !

— Mais souviens-toi, on ne fait pas de mal à ma petite sœur, je n’ai plus rien à perdre… et crois-moi il vaut mieux m’avoir comme pote !

— Ça va ! J’ai compris ! Et moi je ne laisserais personne lui faire du mal, j’ai ta sœur dans la peau comme toi pour Kim.

Quand ils redescendirent au jardin, ils trouvèrent Iwan en grande conversation avec Lan Anh, quant à Sophie elle était remontée dans sa chambre.

— Je vous laisse les jeunes, au fait vous mangez à la maison, j’ai appelé Rosa.

— Merci m’man !

Il n’y avait que quelques minutes que madame Nguyễn Văn Lô était dans la maison quand les trois garçons virent débouler Sophie au bord des larmes, le smartphone à la main.

— J’en ai marre ! Fais quelque chose ! ordonna-t-elle à Stan tandis qu’elle mettait le haut-parleur et lui tendait l’appareil.

La voix de Justine retentit menaçante, injurieuse. Il prit le Xiaomi rose et s’adressa à son ex petite amie.

— Tu vas lui foutre la paix ? Arrête ça tout de suite Justine. Tu approches de Sophie, tu l’appelles encore une fois ou quoique ce soit d’autres, je vais me déplacer et te passer l’envie de continuer ton harcèlement !

— On va se déplacer… renchérit Mathias.

Justine raccrocha non sans hurler un « salaud ».

Sophie était au bord de la crise d’hystérie, Mathias voulut prendre sa sœur dans ses bras, mais Stan l’avait devancé. Les regards des deux jeunes hommes se croisèrent, se jaugèrent un instant. Le cadet des Jarosz avait bien en mémoire la menace à peine voilée du frère de la jeune fille. Il la serra contre lui et les deux autres s’éloignèrent les laissant en tête à tête. Stan caressait doucement le dos et la tête de l’adolescente maintenue contre son torse où elle pleurait. Il posa son menton sur le dessus de son crâne et ils restèrent enlacés quelques minutes jusqu’à ce qu’un peu calmée, elle le repousse.

— Non Stan, on ne peut pas être ensemble, elle sera toujours là à tout pourrir. Je crois que je vais demander à mes parents de changer de lycée.

— Non !

Il prit le visage de Sophie entre ses mains et plongea son regard dans celui de la jeune fille. Comme à chaque fois, il peinait à maîtriser ses désirs face à elle.

— Dis-moi que tu ne veux pas de moi, que tu ne ressens rien ?

— Je… ce n’est pas ça, elle…

Lorsque Stan se pencha vers elle et effleura ses lèvres, Sophie ferma les yeux, elle aimait ses baisers, ses caresses et comme elle avait dit à son frère tout était confus pour elle. La bouche de Stan glissa vers son oreille et lui murmura qu’il l’aimait, qu’il était fou d’elle. Quand il revint à ses lèvres, ils échangèrent un baiser plein de passion, torride.

— Laisse-moi du temps Stan, règle tes problèmes avec Justine… tant qu’elle sera là, elle nous pourrira l’existence.

À cet instant, le jeune homme prit sa décision. Il allait régler le cas de son ex. Quand ils revinrent vers Iwan et Mathias, ce dernier adressa un regard à Stan, un regard qui lui promettait de s’occuper de son cas si Sophie devait pâtir encore de son histoire avec cette jeune femme déséquilibrée. L’adolescente était perdue, tiraillée entre ses sentiments pour le cadet des Jarosz, ses craintes face à ses émotions, la terreur que lui inspirait Justine. Et Stan qui paraissait faire semblant de ne pas comprendre. Elle avait peur aussi du jeune homme, de sa réputation auprès des filles. Sophie craignait de se retrouver le cœur en miettes.

Quand sa mère les appela pour passer à table, ce fut un soulagement et plus encore lorsqu’une fois le repas fini, les deux frères prirent congé.

Dès que la Clio d’Iwan démarra, Stan se retourna vers son frère.

— Attends, je voudrais régler le problème de Justine, ça te dérange si on ne rentre pas tout de suite ?

— Qu’est ce que tu veux faire ?

— Avoir une discussion face à face.

— OK, pourquoi pas.

Stan envoya aussitôt un SMS à Justine lui demandant de le retrouver près du stade Pierre Dupont, sur l’un des bancs de l’ancien terrain de pétanque. Justine habitait le quartier et y serait avant eux. Il reçut la réponse sans tarder.

« Qu’est ce que tu veux ?

Je voudrais qu’on discute ! Mais pas au téléphone.

OK, je t’attends sur le banc près du premier pont, on sera tranquille.

OK je serais là d’ici 10 min un quart d’heure tout au plus. »

— Elle a accepté ?

— Oui on la retrouve au parc près du stade Pierre Dupont.

— OK, ça marche ! Préviens les parents qu’on rentre pas tout de suite à cause de Justine.

Stan s’exécuta.

— Ne rentrez pas trop tard.

— On ne sera pas bien loin, on va au stade Pierre Dupont.

En effet, le Stade Pierre Dupont et le petit espace boisé le long du ruisseau permettait de se promener et d’avoir un endroit tranquille. Justine habitait de l’autre côté de la voie rapide, dans l’un des pavillons derrière la cité de Bien-Assis. Un ensemble d’immeubles et de tours battis à la fin des années 60. Quant aux Jarosz, ils vivaient pas bien loin non plus dans la zone pavillonnaire à un bon kilomètre de la cité.

Iwan se gara quelques minutes plus tard sur le parking près du stade. Les deux jeunes hommes descendirent du véhicule et s’avancèrent vers l’espace boisé. Ils ne tardèrent pas à distinguer la silhouette de Justine assise sur le banc qu’elle avait indiquée.

— Je te laisse, je vais m’asseoir un peu plus loin, je ne fais pas confiance à cette fille.

— De quoi tu as peur ?

— J’en sais rien, à mon avis elle est capable de te tirer dessus ou d’avoir un couteau… Méfie-toi.

Stan mit une tape affectueuse sur l’épaule de son frère et s’avança vers Justine qui se leva à son arrivée. Comme toujours, elle était impeccable jusqu’au bout des ongles, pas une mèche de ses cheveux noirs ne dépassait, elle avait même revêtu une jolie robe un peu sexy qui dévoilait ses jambes longues et fines et mettait en valeur sa poitrine ronde. Justine était une belle femme parfaitement consciente de son effet sur la gent masculine, sauf qu’elle n’avait plus aucun attrait pour Stan et tous ses efforts pour lui ne servaient à rien. Il la trouvait jolie, mais froide et ne ressentait aucun désir pour cette jeune femme. Quand il la voyait même, il se demandait ce qui avait pu l’attirer à part sa plastique.

Elle s’approcha de lui, charmeuse, prête à passer ses bras autour de son cou, mais il la repoussa encore une fois.

— Mon nouveau look ne te plaît pas ?

— T’es complètement malade ! Tu crois que c’est en tentant de ressembler à Sophie que je vais m’intéresser à toi ? Viens, marchons !

Le couple se dirigea vers le petit pont enjambant le ruisseau et emprunta le sentier arboré, les rendant invisibles depuis la route ou le stade à cette heure tardive. La nuit leur permettait de se faire discrets. Iwan ronchonna et décida de quitter son banc pour suivre les deux jeunes gens. Il distinguait à peine leur silhouette, mais pensait pouvoir intervenir rapidement en cas de problèmes.

Justine voulut prendre la main de Stan, mais celui-ci se dégagea et la saisit par le bras de manière brusque.

— Que veux-tu Stan ? demanda la jeune fille se rendant compte qu’il n’était pas là pour ses beaux yeux et qu’elle ne gagnerait rien à vouloir le charmer.

— Laisse Sophie tranquille !

— Tu étais encore avec cette traînée, je vais tuer cette pute! hurla-t-elle.

— Ça suffit Justine ! Arrête ça ! Il n’y a rien avec Sophie, mais toi et moi c’est fini ! Tu m’entends ? FINI !

Justine se retourna, des larmes de rage inondaient ses joues fardées, elle frappa Stan sur le torse en hurlant des menaces, hystérique, elle se déchaînait sur lui, refusant la vérité. Excédés Stan lui asséna une paire de gifles. Justine chancela et se rua telle une furie sur son ancien amant. Le jeune homme tenta d’éviter les coups. Malgré la différence de taille, Justine n’y allait pas de main morte, elle voulut se saisir de ses cheveux et Stan pour se défendre lui envoya un direct en pleine face. La jeune femme partit en arrière et tomba sur le sol terreux jonché des premières feuilles de l’automne. Devinant la scène, Iwan accourut. Il trouva la jeune femme étendue sur le sentier, inconsciente.

— Stan ! Qu’est-ce que tu as fait ? Mais tu es fou !

Il se pencha sur le corps inerte, prit le pouls et rassuré de le sentir, il s’apprêtait à appeler les secours quand il vit son frère s’en aller.

— Stan ! Stan !

Il courut derrière son cadet et le saisit par le biceps.

— Où tu vas ?

— Je rentre !

— Mais Justine…

— Quoi Justine ? Elle n’est pas morte ?

— Non…

— Dommage, elle me foutrait la paix ! Je te jure, un jour je vais la butter !

— Mais enfin, elle a peut-être une commotion, elle va peut-être ne jamais se réveiller, tu as perdu la tête ?

— Non ma tête va très bien, je me fous de Justine. Tu crois qu’elle s’est posé la moindre question quand elle m’a drogué et violé ? Si vous n’étiez pas arrivé c’est autour de mon cercueil que tu viendrais pleurer pas sur cette pétasse ! Qu’est-ce qu’il te faut ? Te rappeler ce qui s’est passé ? J’étais en détresse respiratoire sans vous je serais mort aujourd’hui ! MORT ! Tu entends ? MORT Alors, elle peut crever, j’en ai rien à foutre. Comme ça elle me foutra peut-être la paix !

— Ça pourrait nous coûter cher !

— Mais t’inquiète pas ! Tu fais ce que tu veux, mais moi je rentre.

Iwan soupira, mais suivit son frère jusqu’à la voiture, ils rentrèrent tout de suite. Cinq minutes plus tard, la Clio franchissait le portail des Jarosz. Iwan avait lourdement insisté pour que Stan explique à ses parents ce qui s’était passé. Quand ils entendirent son récit, la réaction ne se fit pas attendre.

— Mais tu es tombé sur la tête et toi ça ne vaut pas mieux ! Comment as-tu pu laisser ton frère faire pareille bêtise ?

Iwan baissa la tête et resta silencieux.

— J’en ai marre, combien de temps elle va me pourrir encore la vie, menacer, insulter Sophie ? C’est devenu sa tête de Turque. Justine l’appelle n’importe quand pour l’insulter, elle la harcèle et vous voudriez que je reste sans rien faire ? Après ce qu’elle m’a fait ? Maintenant, elle essaie de ressembler à Sophie, la prochaine fois ce sera quoi ? Cette fille est malsaine. Putain pourquoi j’ai été la baiser !

— On a jamais dit ça, mais il faudrait réfléchir avant de faire n’importe quoi ! Qu’est ce que vous aviez en tête tous les deux ? Justine aurait pu se tuer en tombant. Tu veux foutre ta vie en l’air ? Et si tu pensais avec ta cervelle au lieu de te servir de ce que tu as entre les jambes, nous n’aurions pas cette discussion, on va aller voir où se trouve cette jeune fille et nous en rediscutions à notre retour, les invectiva leur père.

— Je me suis défendu !

— Qu’est-ce que vous aviez besoin d’aller là-bas ?

Leurs parents s’en allèrent et Iwan demeuré jusque là silencieux attendit que la voiture démarre et se tourna vers Stan :

— On va prendre cher à cause de tes conneries ! Tu peux être sûr qu’ils ne vont pas nous louper !

— Que voulais-tu que je fasse ? Que je la laisse me taper dessus ? Toi aussi tu vas t’y mettre ?

— Tu les cherches !

— Quoi je les cherche ?

— Le paternel n’a pas tout à fait tort… tu réfléchis avec ta queue et pour le reste tu t’en fiches… Je t’avais dit de ne pas sortir avec cette fille, mais non il a fallu que tu la sautes ! C’est pareil pour Sophie, je t’avais prévenu… ne me dis pas que Mathias t’a fait des civilités, je n’ai pas eu l’impression qu’il était super ravi quand il t’a demandé à te parler. Et le groupe, il va devenir quoi ? Tu comptes t’envoyer toutes les groupies ?

— Non, mais ça va pas ? Voilà que maintenant j’ai petit père la vertu… je te rappelle que tu n’es pas le dernier à changer de fille tous les quatre matins !

— Certes, mais je ne m’envoie pas tous les culs qui passent. Si tu continues comme ça, tu vas devoir choisir… Le groupe ou tes parties de jambes en l’air ! On a trouvé un super guitariste, tu ne vas pas tout gâcher !

— Voilà autre chose maintenant !

De rogne Stan monta dans sa chambre et s’y enferma malgré les vindictes de son frère.

— Stan !

Monsieur Jarosz gara sa voiture à son tour près du parc, prit une torche et se rendit avec sa femme à l’endroit où Stan avait prétendu s’être disputé avec Justine, la jeune fille n’y était plus, par acquit de conscience ils fouillèrent les bords du ruisseau, ne trouvant rien ils continuèrent la promenade. Distinguant à peine une silhouette sur un des bancs à l’ombre de grands chênes, ils s’avancèrent et trouvèrent Justine assise seule sur le siège de bois. Lorsqu’il éclaira son visage, les larmes ruisselaient sur ses joues, ses cheveux en bataille étaient parsemés de feuilles mortes.

— Justine ?

— Monsieur Jarosz ?

Rosa serrait les poings, l’envie de gifler la jeune femme à son tour était forte après tout ce qu’elle avait fait.

— Bon tu sembles aller bien, lui répondit Bohdan. J’aimerais que tu cesses d’importuner mon fils et ses amis. Si tu cesses tes manigances, ton espionnite et tes accès de parano, on retirera nos plaintes pour harcèlement ; quant au… viol de Stan on ne peut pas passer outre. Il ne tient qu’à toi de mettre fin à tout cela.

— J’aime Stan… et…

— Tu es jeune et Stan n’est qu’un gamin, tu pourras trouver un jeune homme ailleurs, change de ville et si tu as besoin d’aide, je peux t’aider, mais oublie notre famille.

Justine se leva comme mue par un ressort et se mit à hurler comme elle l’avait fait peu de temps avant contre Stan.

— Faut vous calmer jeune fille ! s’agaça Rosa.

— Oh toi la vielle pute, ferme ta gueule !

Le sang de Rosa ne fit qu’un tour et c’est son mari qui intercepta le coup que sa femme s’apprêtait à donner à la jeune fille.

— Oh oh, on se calme ! Monsieur Jarosz ceintura la folle furieuse et l’obligea à se rasseoir. Tu devrais te faire soigner !

Elle hurla de plus belle, hystérique.

— Rentrons Bohdan, il n’y a rien à en tirer ! Il faut l’enfermer ! Cette fille est complètement folle. Demain, j’appelle ses parents !

Les Jarosz abandonnèrent Justine sur le banc et s’en allèrent, se disant qu’ils avaient fait leur devoir.

— Cette fille a des soucis psychologiques, il faut qu’elle se fasse soigner, ce n’est pas normal de se comporter ainsi. Punaise, ça m’a démangé de lui en coller une.

— Ne m’en parle pas. Bon il faut qu’on se décide pour nos deux lascars…

— Je me rangerais à ton avis, affirma Rosa en posant sa main sur celle posée sur le levier de vitesse.

Quelques instants plus tard, monsieur Jarosz se gara dans l’allée de la villa. Une fois entrée dans la maison il appela ses fils et tous quatre se rendirent dans le bureau. Bohdan appuyé contre le secrétaire Rosa dans le fauteuil derrière celui-ci.

— Asseyez-vous, leur ordonna-t-il en désignant deux sièges.

Les deux frères prirent place en attendant le verdict parental.

— Votre mère et moi avons pris notre décision. Ce que vous avez fait est grave, même si Justine est comment dire, pénible, et que ce qu’elle a fait aurait dû l’envoyer en prison, la laisser sur un sentier en pleine nuit alors qu’elle aurait pu avoir des complications, ce n’était vraiment pas malin. Moi aussi j’ai eu envie de lui tordre le cou, mais on ne peut pas faire n’importe quoi.

— Papa…

— Il n’y a pas à discuter, vous vous êtes comporté comme les derniers des andouilles ! Je comprends, ne vous dites pas le contraire, mais il y a une plainte contre elle et ça pourrait se retourner contre toi. Imagine qu’elle porte plainte pour coups et blessures. Disons que tu as des circonstances atténuantes… le week-end prochain, vous serez privés de sortie et vous allez venir bosser avec moi samedi, il y a des travaux à faire dans la maison de campagne.

Ladite maison de campagne était celle des grands-parents de Bohdan, il en avait fait une belle maison de campagne de cette ancienne ferme en pierres. De temps en temps, la famille y passait le week-end et quand les enfants désiraient recevoir des amis, elle servait de gîte pour ces jeunes fêtards. La demeure isolée permettait de ne pas déranger de potentiels voisins.

— Mais la répétition…

— N’insiste pas parce que vous pourriez vous retrouver punis pour plusieurs week-ends.

— OK… on viendra samedi… et mercredi on pourra aller répéter ?

— Non! Votre père vous trouvera bien de l’occupation !

— Oui maman !

— Allez foutez le camp, allez dans vos chambres et toute la semaine interdiction de sortir ou d’aller voir qui que ce soit !

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Un de mes personnages ? Cathal http://www.nathy.fr/un-de-mes-personnages-cathal/ http://www.nathy.fr/un-de-mes-personnages-cathal/#respond Mon, 09 Sep 2019 18:50:28 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1364 J’ai envie de vous parler un peu de mes personnages, ces « vampires » que vous rencontrez au fil de vos lectures de mes romans… Le premier sera Cathal. Pourquoi ? Parce que c’est le premier que j’ai créé. Le contexte ? J’avais comme projet d’écrire une longue histoire à propos d’un […]

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J’ai envie de vous parler un peu de mes personnages, ces « vampires » que vous rencontrez au fil de vos lectures de mes romans…

Le premier sera Cathal.

Pourquoi ? Parce que c’est le premier que j’ai créé.

Le contexte ?

J’avais comme projet d’écrire une longue histoire à propos d’un vampire au cours de l’Histoire… ça faisait déjà pas mal d’années que je faisais des recherches sur le sujet, mais pas que… je suis aussi allée sur certains forums et communautés américaines un peu particulières… mais chuuuut !!!

Bref on est en 2009, on est en pleine folie twilightesque, la première saison de Trueblood… de mon côté, je suis surchargé de boulot en 3D, je bosse 15H/jour et je suis au bord de m’écrouler j’ai besoin de souffler. J’atterris par hasard sur un forum : The Dark Moon du nom d’un roman éponyme.
J’y ai rencontré de supers copains et copines avec qui je suis devenue amie pour certains membres du dit forum. On y parle que de vampires littéraires et cinématographiques. Certaines écrivent et c’est là que je rejoins le petit cercle des auteurs de TDM.

Sauf que moi les gentils vampires à la Édouard Cullen ça me gonfle. Le côté gentil vampire tout mignon, propre sur lui, puceau à plus de 100 ans…. bref vous m’avez compris.

Du coup je prends la plume virtuelle et je couche les premières lignes de Dark-Side et donc Cathal voit le jour.

Je ne voulais pas d’un gentil vampire sorti à peine de l’adolescence. Je voulais un homme adulte, Cathal a entre 35 et 40 ans quand il est vampirisé. C’est un guerrier depuis son plus jeune âge et ce n’est pas un tendre.
Alors ça peut choquer certaines personnes, en amuser d’autres… mais Cathal c’est tout l’inverse du héros. Il a un fichu caractère, il n’a pas d’état d’âme, tuer c’est son boulot. Quand il veut quelque chose ou quelqu’un, il fait ce qu’il faut pour l’obtenir quitte à harceler et à dépasser les limites.

La violence, la torture, le meurtre font partie de sa vie. C’est un personnage extrême, mais il n’a pas que de mauvais coté c’est aussi un mec droit dans ses chaussettes par certains côtés : fidèle en amitié, en amour aussi. Le mec qui ne vous fera pas de coups tordus dans le dos et intransigeant… Ce qu’il exige de lui même il l’exige des autres…

Pour moi les vampires sont tous des survivants, qui ont passé des décennies parfois des siècles, voire des millénaires à se battre pour survivre. Ça ne peut pas être des enfants de chœur.

À la base donc Dark-Side a été conçu comme une romance entre un vampire guerrier : Cathal et une humaine de notre époque avec la confrontation de deux mondes, deux manières d’appréhender les choses. Une suite de batailles entre les deux. Chacun prend des coups, chacun gagne et perd des batailles. Il y a donc des blessures au corps et à l’âme.

Voilà Cathal c’était donc un personnage aux antipodes du valeureux chevalier sans peur et sans reproches, parfait… Je l’ai voulu brutal, opiniâtre, un peu tordu, colérique, mais aussi un être plein de contradictions, passionné. Je voulais susciter des réactions…

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Chapitre 8 http://www.nathy.fr/chapitre-8/ http://www.nathy.fr/chapitre-8/#comments Mon, 09 Sep 2019 06:00:50 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1361 Chapitre 7 Chapitre 9 Sophie se sentait brisée, elle avait vu les larmes poindre dans les yeux de Stan, quant à elle, elle avait fait son possible pour lui cacher les siennes. L’adolescente mourrait d’envie de se pelotonner dans ses bras, de se laisser aller contre lui et de répondre […]

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Sophie se sentait brisée, elle avait vu les larmes poindre dans les yeux de Stan, quant à elle, elle avait fait son possible pour lui cacher les siennes. L’adolescente mourrait d’envie de se pelotonner dans ses bras, de se laisser aller contre lui et de répondre à ses baisers, à ses caresses, mais il y avait Justine encore et encore Justine. En cet instant, elle ressentait le besoin de se laisser aller, elle avait eu tant envie de faire demi-tour, retrouver le jeune homme et lui dire tout ce qu’elle éprouvait, mais elle n’en fit rien, elle monta dans sa chambre et se laissa aller. Elle étouffa ses sanglots contre l’oreiller qu’elle sera fort comme elle rêvait de faire pour le jeune homme qu’elle entendit chanter dans la chambre voisine. Elle dormit peu, lui aussi. Elle se fit même violence pour ne pas aller frapper à sa porte, le rejoindre aurait été tellement plus simple.

****

Justine entra dans une rage folle quand elle se rendit compte que son compte Facebook était bloqué, que ses photos et vidéos avaient été supprimées suite à des « abuses« . Quand elle se rendit sur YouTube et les autres réseaux sociaux, il en était de même. Les parents de Stan ou lui-même n’avaient pas traîné pour tout faire supprimer. Les parents de la jeune femme l’entendirent hurler dans sa chambre, jeter des choses contre le mur. Sa mère alla frapper à la porte de sa chambre et comme sa fille ne répondait pas, elle entrouvrit la porte, la chambre était dans un état pitoyable, les photos avaient été arrachées, il manquait du papier peint par endroit, des débris jonchaient le sol et Justine au milieu de tout cela semblait être devenu folle. Sa fille se précipita vers elle et lui hurla de dégager. Sa mère referma la porte précipitamment apeurée face à Justine.

— Mon Dieu, elle est devenue cinglée.

****

Le matin quand elle descendit déjeuner, un bol de céréales, du jus d’orange, du thé l’attendaient avec un joli set de table et un soliflore. Stan s’installa face à elle et lui sourit avant de lui souhaiter un bon appétit. L’adolescente feignit de ne rien voir et garda le nez baissé vers son bol.

Les autres membres de la famille arrivèrent les uns après les autres, ils prirent leur petit déjeuner, certains avec du café, d’autres avec du chocolat au lait. Iwan arriva au moment où Sophie quittait la table.

— Stan va t’emmener, je commence à 9 heures.

— Je peux prendre le bus.

— Si tu veux attraper le bus, il aurait fallu te lever plus tôt… tu l’as dans cinq minutes…

— Euh…

— Il va falloir t’habituer, ici ce n’est pas Paris, soit tu marches, soit tu prends le bus ou bien tu pars avec mon frère.

— Ne t’inquiète pas, je ne suis pas un fou, je vais prendre soin de ma passagère. À quelle heure finis-tu les cours ?

— Merci c’est gentil, mais

— Tu veux peut-être y aller à pied ? Tu connais le chemin ? Tu en as au moins pour trois quarts d’heure, voir une petite heure… sans traîner et je crois que tu seras en retard. Alors tu y vas avec Stan ?

— OK je vais me préparer et je finis à 18 heures.

— OK alors c’est moi qui vais te ramener ce soir affirma Iwan.

Vingt minutes plus tard, Sophie monta à l’arrière de la moto de Stan et s’agrippa aux poignées de chaque côté de la selle. Après un peu plus de vingt minutes de trajet au travers de la circulation dense du matin, le cadet des Jarosz arrêta sa machine sur le parking dédié du lycée. Elle lui tendit le casque qu’elle avait emprunté à Éva et s’apprêtait à se diriger vers les bâtiments quand il l’attrapa par le poignet.

— Attends, tu es toute décoiffée.

Stan lui remit quelques mèches en place et la laissa partir. Le regard de Justine suivit le moindre geste des deux adolescents et quand elle s’éloigna, tous les élèves étaient déjà entrés en cours. À peine entrée en cours, un pion vint la prévenir qu’elle était convoquée dans le bureau du CPE. Monsieur Antonionni lui signifia qu’elle risquait de passer en conseil de discipline si elle ne cessait pas ses agissements. Les Jarosz l’avaient prévenu  des problèmes que rencontraient leurs fils dans l’enceinte même du lycée à cause des photos qui s’échangeaient entre les élèves. 

Sur le passage de Stan ce n’était que chuchotements, insultes à peine dissimulées et parfois criées sans qu’il puisse savoir qui les avait dites. Les regards pleins de mépris d’une bonne partie des lycéens, mais le pire ne se passait pas encore au sein de l’établissement. L’ambiance en cours était à peine plus agréable, les autres élèves l’observaient à la dérobée, les petits sourires moqueurs. Personne ne s’en prenait physiquement à Stan d’une part il en imposait suffisamment pour que les autres élèves ne tentent pas de s’en prendre à lui directement et puis Iwan était craint, le cyberharcèlement , lui par contre, ne faisait que commencer.

Une fille de la classe de Sophie vint la voir, une petite rousse du nom de Chloé, une fille du genre fashion victime avec les dernières fringues à la mode tout comme la coiffure et le maquillage.

— Tu sais tu devrais éviter de traîner avec les Jarosz, surtout avec Stan. Il y a du monde qui t’a vu arriver avec lui. Tu as l’air sympa et lui c’est un gros connard. Avec ce qui se passe ce serait dommage pour toi de t’en prendre plein la figure.

— Merci de me prévenir, mais je n’ai guère le choix, pendant l’absence de mes parents je reste dormir chez ses parents. Stan n’est pas un de mes potes !

Même si elle avait remercié Chloé, Sophie n’appréciait pas ce qui se passait, même si elle repoussait Stan, elle le trouvait sympa et il lui plaisait tant… mais il était évident que sa décision de refuser de sortir avec lui avait été une bonne résolution. Quelques personnes se retournaient sur elle, mais elle était bien décidée à ne pas leur donner la moindre occasion de s’en prendre à elle.

Le soir lorsque Stan voulut reprendre sa moto, les pneus comme la selle étaient lacérés, et le réservoir tagué d’insultes. Le jeune homme serra les poings et appela son père afin de le prévenir de ce qui s’était passé. Monsieur Jarosz quitta son bureau et vint le chercher sans oublier de faire constater les dégâts à l’administration du lycée ainsi qu’aux forces de l’ordre.

— Cette histoire devient impossible, ce sera quoi la prochaine fois ?! Ta mère a déposé une nouvelle plaine contre Justine à propos de ce qu’elle a posté sur les réseaux sociaux, hélas ce qui est enlevé d’un côté réapparaît de l’autre. S’il faut, on te changera de lycée.

— Papa ! Pas question comment veux-tu que je puisse répéter et je ne veux pas baisser les bras à cause de cette folle !

— Ah oui et quand tu te feras démonter le portrait tu lui diras merci aussi ?

— Je ne pense pas qu’on s’en prendra à moi… et puis personne n’a envie de mettre Iwan en rogne.

— Ton frère ne sera pas toujours pour te sauver les fesses.

— De toute façon, je ne changerai pas de lycée !

— Stan !

— Non ! Il en est hors de question…

— Je ne suis pas le seul à le penser, ta mère, tes frère et sœurs ainsi que le CPE.

— Non ! Non !

— On en rediscutera plus tard ! Il ne manquerait plus qu’ils s’en prennent à la voiture de ton frère. Pendant quelque temps il vaudrait mieux que vous preniez le bus ou que l’un d’entre nous vous emmène et vienne vous rechercher.

— C’est bon on n’est plus à la maternelle !

— Stan ! le rabroua son père.

Comme le lui avait dit Iwan, Sophie rentra avec celui-ci. Les gens se retournaient sur eux, mais personne ne fit la moindre remarque même si les regards étaient plus appuyés. Une fois installés dans la Clio Iwan tenta de lui parler de Stan.

— Laisse tomber, je n’ai pas envie d’avoir des emmerdes. Ce que j’ai dit à propos des potes de mon frère est encore plus vrai. Une fois revenue chez moi, je suppose que vous allez reprendre les répétitions et ça serait bien que vous m’oubliez tous les deux. Mathias et moi on a chacun nos amis et c’est très bien ainsi. Il a toujours le chic pour trouver les emmerdes et visiblement Stan et lui ont les mêmes penchants.

Il voulut insister, mais Sophie lui coupa aussitôt la parole.

— Tes parents et tes sœurs sont adorables, mais je vais rentrer chez moi c’est préférable. Je peux bien rester deux ou trois jours seule.

— Alors j’en doute, va dire ça à ma mère, pas à moi. Pas de soucis je peux te laisser chez toi, mais elle viendra te rechercher.

— Ah oui ? Ta mère ne va pas m’emmener contre mon gré.

— Ça se voit que tu ne la connais pas encore !

Dès son arrivée chez les Jarosz, elle se rua vers la chambre qu’elle occupait et s’y enferma afin de travailler et d’éviter Stan. Peu avant de passer à table, sa mère l’appela et l’informa qu’elle rentrait le dimanche soir avec Mathias, elle viendrait la récupérer elle-même chez les Jarosz. Son père quant à lui ne rentrerait que le mercredi suivant. Elle n’avait pas eu son mot à dire, elle devait s’y résoudre, Sophie allait donc passer le week-end dans cette demeure. Lan Anh venait de raccrocher lorsqu’Alexy vint la prévenir qu’ils passaient à table.

Rosa lui apprit que madame Nguyễn Văn Lô l’avait informée de son retour pour le dimanche soir.

— Si tu as besoin d’aller quelque part, de voir des amies.

— Je vais à Clermont samedi, si ça te dit je peux t’embarquer lui proposa Éva. On se fera une sortie entre filles ajouta-t-elle en lui adressant un clin d’œil complice.

— Merci c’est gentil.

— On rentrera un peu tard, je retrouve des copines et on va à un concert à la Coop de Mai, je crois que tu connais la sœur de Manon, Pauline ?

— Ah oui? Vous allez voir quoi? demanda Stan.

— On va au Show Case Club, il y aura divers artistes.

— Je peux venir ?

— Non désolée pas de mecs avec nous… c’est une sortie entre filles, qu’est-ce que tu n’as pas compris ?

— De toute façon on doit préparer le concert pour le mois prochain renchérit Iwan, donc répétition samedi après-midi !

— C’est bon, j’ai compris on ne veut pas de moi ! maugréa Stan en quittant la table de fort mauvaise humeur.

Après qu’il eut quitté la pièce, leur mère fit remarquer qu’il passait une mauvaise période et que ce serait sympa d’être un peu plus gentil avec lui.

— La sortie était prévue ainsi depuis des semaines.

— Le problème n’est pas , fit remarquer Iwan. Cette histoire avec Justine est vraiment pourrie, mais il y a un autre souci, mais ce n’est pas à moi à en parler.

Son regard croisa celui de Sophie à cet instant, elle saisit le message et apprécia qu’Iwan ne parle pas de ce fait devant elle, lui évitant ainsi de se retrouver fort mal à l’aise.

— Demain, je vous emmène tous au lycée pour huit heures prévint Rosa.

— Maman… ! protesta Iwan.

— Pas de discussion, on en a décidé ainsi votre père et moi, pendant quelque temps on vous emmènera et on viendra vous chercher. Tant que la situation ne s’améliorera pas et au besoin on vous changera de lycée.

— C’est quoi cette histoire ? J’ai le bac à la fin de l’année, Stan est en première, on ne va pas changer maintenant à cause de cette dingue.

— On en a discuté avec votre CPE.

— Demain, on va aller le voir ! Depuis quand un Jarosz se laisse marcher sur les pieds ?

— Ce n’est pas ça, je ne voudrais pas que vos études en pâtissent.

— Vos parents on peut-être raison, ce serait peut-être préférable fit remarquer Sophie. On a bien quitté Paris...

— Non ! Je ne changerai pas… et personne ne pourra m’y obliger.

Les deux frères n’avaient aucune envie d’être amenés au lycée par leurs parents, aussi le trajet jusqu’au George Sand se fit en silence, Sophie, assise à l’arrière aux côtés de Stan, regardait les rues défiler le nez contre la vitre sans lui porter la moindre attention, quant à lui, taciturne, le jeune homme ressassait les évènements depuis ce fatidique samedi. Peu à peu, il prenait la pleine mesure de sa situation. L’une des raisons pour laquelle Sophie le repoussait. Après tout Justine l’avait menacée et Sophie n’était qu’une gamine de seize ans qu’il connaissait à peine. Stan pendant ce trajet faisait le point, il finit par conclure qu’il avait un peu cherché la situation en passant d’une fille à l’autre sans se préoccuper de leurs sentiments.

Il reconnaissait enfin qu’il s’était souvent comporté comme le dernier des cons, entre autres avec Justine et aujourd’hui, il en payait le prix… sil le reconnut en son for intérieur il n’était pas près de l’admettre devant qui que ce soit… plus tard, peut-être.

****

Justine s’observa dans le miroir de la salle de bain, elle aimait le reflet qu’il lui renvoyait, elle avait fait couper ses cheveux afin qu’ils lui arrivent  au niveau de la poitrine, elle les avait teints en noir et les avait lissé après avoir réalisé un maquillage léger comme le faisait Sophie d’après ce qu’elle avait jugé sur les photos faites par sa cousine. Mais il était évident qu’elle n’avait rien d’une Asiatique avec ses yeux bleus. Elle chercha sur le net et acheta plusieurs paires de lentilles colorées. Elle écuma les sites de maquillage coréens et acheta tout un assortiment ainsi que des patchs collants dans l’espoir de modifier les traits de son visage.

****

Dès qu’ils arrivèrent au lycée, les jeunes gens se séparèrent et chacun partit vaquer à ses occupations. Les cours s’enchaînèrent les uns à la suite des autres et la semaine fut enfin terminée. À dix-sept heures, la voiture d’Éva se gara sur le parking visiteur, la jeune femme récupéra ses deux frères et Sophie, arrivés devant la villa, Stan et la jeune fille descendirent.

— Iwan et moi nous avons une course à faire et Alexy à aller chercher, on sera tous de retour vers vingt heures, on vous laisse la maison. Profitez donc de la piscine !

Sophie monta jusqu’à sa chambre, jeta son sac de cours sur le lit. Cette journée de septembre avait été particulièrement étouffante, une douche plus tard, elle enfila le maillot deux pièces, noua un paréo autour de ses reins, prit un drap de bain et descendit au jardin afin de faire quelques longueurs de piscine. Cette belle journée serait sans doute une des dernières à la douceur estivale, aussi Sophie était décidée à en profiter bien qu’elle ne soit pas chez elle. Il lui tardait de rentrer, de retrouver sa chambre et de revoir son frère. Un petit pincement au cœur à l’évocation de Mathias l’étreignit. Il lui tardait cet instant et elle le redoutait à la fois.

L’adolescente posa sa serviette et son téléphone sur l’un des transats de toile écrue et elle plongea dans l’onde tiède.

De sa chambre Stan la suivit du regard, il observa chacun de ces gestes, glissa sur ses courbes fines. Le souvenir de leur brève étreinte devant la boîte de nuit le week-end précédent lui revint en mémoire. Il devait saisir sa chance, il était hors de question que Justine se mette entre eux. Décidé, il prit une douche expéditive et enfila son maillot de bain avant de descendre piquer une tête dans la piscine. Sophie ne découvrit sa présence que lorsqu’il surgit de l’eau près d’elle, le corps ruisselant, sa peau dorée scintillant au soleil. Elle remarqua alors le tatouage tribal sur son épaule, Stan secoua sa longue chevelure de jais et son regard se posa sur elle, troublant. La jeune fille était à le regarder sans bouger, découvrant les lignes de son corps finement musclé. L’envie de poser ses mains sur lui, de découvrir la chaleur de sa peau humide. Aussi quand il s’approcha d’elle et qu’elle se retrouva entre Stan et la paroi de la piscine, Sophie ne bougea pas. Le contact de son corps contre le sien la troublait, aussi quand il l’enlaça et l’embrassa, elle le laissa faire. Les deux jeunes gens échangèrent un lent baiser. Une volée de papillons s’agitait dans le bas ventre de la jeune fille. Il lui arracha un long gémissement avant de la prendre dans ses bras et de la sortir de l’onde pour l’allonger sur la pelouse drue. Le jeune homme s’étendit contre elle, explora ses courbes pendant que Sophie lui rendait ses caresses, ses baisers. Et quand il vint sur elle, Sophie répondit à ses légers mouvements de bassin. Le désir enflait entre eux au point qu’elle lui avoua avoir envie tout autant que lui de faire l’amour. En cet instant, elle mourait d’envie de s’abandonner dans ses bras. Stan s’apprêtait à se relever pour l’emporter jusqu’à sa chambre quand le téléphone de Sophie bipa en rafale, annonçant l’arrivée de plusieurs MMS. L’adolescent grogna de frustration devant l’insistance de cet interlocuteur qui non content d’envoyer de nombreux messages appelait avec insistance. Il n’avait qu’une envie attraper le portable et le jeter dans la piscine.

À bout de souffle face aux baisers brûlants de Stan, Sophie le repoussa doucement.

— Attend je vais répondre.

— Dépêche-toi !

Il se leva et vint derrière elle, déposant ses lèvres dans son cou, Sophie frissonna et gloussa de désir pendant qu’elle faisait glisser son pouce sur l’écran tactile. Stan lui murmura qu’il l’aimait, il s’apprêtait à la retourner quand elle se crispa, Stan releva le visage enfouit dans la chevelure de la jeune fille et regarda à son tour l’écran. Il devint livide devant la vidéo prise d’un drone. On y voyait un couple tendrement enlacé, les gestes peu équivoques ne laissaient rien à l’imagination. Le couple c’était eux que l’on avait espionnés, filmé. Trop occupé à s’étreindre, le jeune couple n’avait pas pris attention au petit engin. La voix de Justine retentit :

« Espèce de salope, je t’avais prévenu, laisse-le tranquille ! Stan est à moi. Tu vas le payer cher... »

​​​​​​​

Et cela continuait. La voix de la jeune femme n’était que rage, haine. Elle distilla la peur chez Sophie que tout cela venait de refroidir brutalement. Elle ravala ses larmes et se dégagea de l’étreinte du jeune homme. Elle n’avait même pas prêté attention aux changements de look opérés chez l’ex petite amie.

— Laisse-moi !

Stan l’empêcha de partir en la retenant par le bras.

— Assis-toi !

Il l’invita à prendre place sur le transat et s’accroupit face à elle. Il peinait à garder son calme, ivre de colère, il n’avait qu’une envie : tordre le cou de Justine.

— Je t’aime, ne la laisse pas nous séparer, c’est ce qu’elle veut. S’il te plaît, la supplia-t-il en tenant ses mains.

— Non, laisse-moi, j’ai peur Stan, elle est folle. Elle tenta de se dégager, mais en vain.

— Je ne la laisserais jamais te faire le moindre mal. Tu fais exactement ce qu’elle souhaite, Justine te manipule…

Un nouveau SMS de Pauline, cette fois, arriva l’enjoignant à aller voir sa page Facebook. D’un geste tremblant Sophie ouvrit l’application et c’est atterré qu’elle découvrît l’ampleur de la méchanceté de Justine. 

Justine avait posté de nombreux clichés et la petite vidéo les montrant tous deux avec maints commentaires. Comme elle avait notifié le nom de Sophie, les médias apparaissaient aussi sur sa page suivis d’une flopée d’insultes. La jeune-femme la présentait comme la dernière des garces, prétendant que la jeune fille lui avait volé son petit ami. Elle se présentait comme une victime… et bien sûr il y avait une kyrielle de gens ne la connaissant ni d’Ève ni d’Adam qui prenaient parti, s’en prenaient à Sophie de manières ignobles, c’était un véritable lynchage. Cette fois, elle laissa les larmes couler. Elle voulut supprimer le contenu, mais Stan l’en empêcha.

— Non, nous sommes tous deux mineurs, nos parents vont gérer ça.

— Non, non, je ne veux pas que mes parents l’apprennent.

— Soit, alors laisse mes parents faire, tu veux bien. Il lui releva le menton et plongea son regard dans celui de l’adolescente, sèche ces larmes, elle n’en vaut pas la peine.

— Tu ne comprends pas… hoqueta Sophie, ça recommence, j’ai déjà vécu ça.

Stan fronça les sourcils.

— Dis-moi tout, je veux tout savoir de toi

Sophie était en train de lui raconter tout ce qui s’était passé avec Kim : la violence, le harcèlement, la décente aux enfers, partagée entre son frère et sa haine de la petite amie de Mathias, taniss que Stan tenait ses mains entre les siennes et les embrassait; quand Iwan fut de retour avec Éva et leur petite sœur plus tôt que prévu, cette dernière étant malade. Observant le couple depuis la baie vitrée du salon, il devina tout de suite que quelque chose s’était produit à leur attitude.

— Éva, je crois qu’il y a un blême.

Quand il s’approcha, les yeux rougis de Sophie confirmèrent son impression.

— Qu’est-ce que tu lui as fait ?

— Moi ? Rien c’est Justine.

— Encore elle ! intervint Éva venue les rejoindre.

Stan tendit le téléphone aux deux jeunes gens. Sophie honteuse se leva et s’enfuit précipitamment. Ils virent tous deux le contenu de la vidéo, les photos, Facebook.

— Cette fille est folle. Elle ne te foutra jamais la paix. Je vais voir Sophie, Iwan occupe-toi de Stan !

Éva s’en alla et rejoignit Sophie dans sa chambre, quand elle entra elle sortait de la douche. Lorsque leurs regards se croisèrent, les joues de l’adolescente s’empourprèrent.

— Tu n’as pas à avoir honte, personne n’aurait dû vous voir et encore moins vous filmer… d’autant plus que vous êtes tous deux mineurs. D’un autre côté … vous auriez dû aller à l’intérieur même si les haies sont hautes. Je suppose que tu n’as pas envie que ta famille voie ça ?

Sophie secoua la tête pour toute réponse.

— Allez viens la.

Éva la prit dans ses bras et la consola comme elle avait fait si souvent en qualité de grande sœur.

— Notre virée demain te fera le plus grand bien… loin de cette folle et de mon frère. Au fait, je n’ai pas demandé, mais tu étais consentante au moins ?

L’adolescente lui répondit d’un oui timide.

— Entre Stan et toi ? C’est quoi au juste ?

— Euh…

— Tu es amoureuse de lui ou c’est juste un plan ?

— Ce n’est pas un plan, je

— Il te fait craquer, n’est-ce pas.

Sophie rougit à nouveau.

— Justine…

— Laisse Justine, ne t’en occupe pas.

— Ce n’est pas ça… Je ne peux pas… je ne veux pas revivre ça… mon frère avait une petite amie à Paris : Kim… j’ai été son souffre-douleur, elle me battait, elle me harcelait, ça a été un enfer, je n’ai rien dit à mes parents… je ne veux plus vivre ça… je ne peux pas être avec ton frère… jece n’est pas possible.

— Je crois que je comprends… mais pas lui, tu dois le lui dire. Tu sais, il est très amoureux de toi et crois-moi nous avons tous été surpris.

— Je l’ai déjà fait, mais il ne veut pas comprendre.

— Laisse-lui un peu de temps.

— Du temps ?

— Lui aussi il passe une mauvaise période, il lui faudra du temps pour faire une croix sur toisur tout ce qui s’est passé à moins que tu ne changes d’avis. Tu sais Stan n’est pas ce qu’il laisse paraître. C’est un jeune homme plein de délicatesse, bien plus sensible qu’il ne le laisse croire. Je sais très bien qu’il a été un véritable bourreau des cœurs, souvent un peu trop léger, mais il a tellement peur de s’attacher, avec toi il est tellement différent. Je crois sincèrement qu’il est prêt à s’ouvrir. Peu importe ce que l’on pourra te dire, écoute ton cœur. Il y a quelques années mes parents ont failli divorcer ça allait vraiment mal entre eux... et Stan a été celui qui l’a le plus mal vécu.

— Je ne vais jamais oser retourner au lycée lundi.

— Pourquoi donc ? Vous n’avez rien fait et quand bien même cela ne regarde que vous. Si tu as besoin n’hésite pas à venir me voir, j’ai l’impression que ta mère et toi ce n’est pas terrible et parfois quelqu’un en dehors de la famille avec qui discuter c’est bien.

Quand Sophie redescendit, les Jarosz étaient tous au salon, en train de discuter de ce qui s’était passé. À son arrivée Stan se leva et vint vers elle. Il la prit par la main et l’entraîna vers le jardin. Le jeune homme lui tendit son téléphone.

— J’ai tout effacé après les avoir transférés sur mon téléphone, mes parents ont prévenu le commissariat et aussi les parents de Justine. Mon père a laissé un message à son avocat. Ils prennent tout en main, l’hébergeur des vidéos a été prévenu que nous étions mineurs et qu’une plainte serait déposée demain à la première heure. Ils vont faire de leur mieux pour te protéger. Viens-.

Il prit Sophie contre lui comme l’aurait fait un ami ou son frère. Puis il ajouta.

— Ne crains rien, personne ici ne te fera la moindre réflexion.

Quand il voulut l’embrasser, elle le repoussa de nouveau.

— Non Stan c’est une mauvaise idée.

— Sophie… tu ne nous laisses aucune chance… toi et moi c’est tellement différent. Au premier regard tu as fait battre mon cœur… aucune fille ne m’a jamais fait ça. Tu sais ce qu’est un coup de foudre ?

— Bien sûr…

— Toi et moi c’est cela, je n’ai fait que penser à toi dès que ton regard a croisé le mien, tu m’obsèdes Sophie. Laisse-nous une chance.

Elle posa sa main à plat sur son torse et le poussa encore une fois et fit un « non » doux, mais ferme. Le regard qu’ils échangèrent en disait long, il la laissa repartir le cœur serré, conscient que tout était fini. Stan la suivit des yeux, les poings serrés, se jurant que Justine allait le payer cher et qu’il ferait tout pour gagner la confiance de la jeune fille.

Les deux filles partirent au petit matin tandis que les garçons dormaient encore. Elles passèrent prendre Pauline et rejoignirent d’autres amies d’Éva avant de partir pour ClermontFerrand.

— Tu verras c’est une ville très sympa, on va pouvoir te faire visiter la vieille ville, faire du shopping et Manon à un appart sympa en plein centre dans le Carré Jaude. On va dormir -bas et revenir sur Montlu en début daprèm, ça va te changer les idées.

Pauline entraîna Sophie dans les rues de la capitale auvergnate, le centre Jaude, la vieille ville et ses rues escarpées aux constructions de pierre volcanique. Elles en profitèrent pour faire du shopping et Sophie dénicha dans une petite boutique une veste trois quart bien cintrée à la double rangée de boutons dorés d’inspiration militaire.

— Tu vas être classe avec ça. Un beau jean slim noir ou un leggins en simili sur des plateformes un peu sexy et tu vas déchirer.

— Il y a un bon coiffeur ici ?

— Ouais, je t’emmène.

Sophie en sortit avec un carré long plongeant méché d’un rouge sombre agrémenté d’un maquillage mettant en valeur ses grands yeux noirs.

— Ouah… personne ne va te reconnaître !

— C’est un peu l’idée. J’en ai marre de la petite fille sage. Je ne vais pas tarder à recevoir les fringues que j’ai commandées sur le net. J’ai envie de m’acheter une petite robe.

Après plusieurs magasins, elle finit par trouver son bonheur. Une petite robe fleurie toute simple à bretelle qui lui arrivait un peu au-dessus du genou. Elle mettait en valeur ses jambes et sa taille fine. Leurs emplettes terminées, les deux adolescentes rejoignirent Éva et la sœur de Pauline à son appartement. Les deux jeunes femmes restèrent muettes face à la transformation de Sophie.

— Oh, ça te va bien. Tu es superbe, ça te change, tu ne fais plus petite fille. Quand Éva et la jeune fille furent seules quelques instants, elle lui chuchota.

— Stan va adorer…

— C’est pas l’idée.

— Hé pas la peine de mordre, je te le dis c’est tout et tu peux être certaine qu’il ne sera pas le seul.

Après une journée à courir, un dîner vite expédié, les filles et leurs copines partirent au concert… et c’était épuisées qu’elles rentrèrent au milieu de la nuit après avoir dansé et chanté à tue-tête. À leur retour en début d’après-midi, Sophie fatiguée dormit pendant tout le trajet et ne se réveilla que devant la villa des Jarosz. Les frères étaient dans la chambre de Stan en train de jouer un des derniers morceaux que le cadet avait composé ces derniers jours.

Sophie monta dans la chambre qu’elle occupait et déposa ses achats avant d’allumer son ordinateur portable. Elle n’avait pas eu l’occasion de discuter avec sa meilleure amie depuis le départ de sa mère. Elles avaient échangé quelques SMS, mais c’était tout et Élodie lui manquait.

Elle alluma Skype, impatiente de retrouver son amie, la fenêtre de la caméra s’ouvrit et le visage d’Élodie apparut.

— Hello ma chérie, mais qu’est-ce que tu as fait à tes cheveux ?

— Un coup de folie, j’ai voulu changer de tête, j’en avais assez de la petite fille bien sage.

— Ça te va trop bien ! Tu déchires sa race ! Fais voir! Tourne-toi que je te vois mieux ?

Sophie se leva et pivota sur elle-même. Élodie émit un sifflet d’admiration.

— Comment t’es trop belle ! Maintenant il te faut le style avec. Jolie ta petite robe d’ailleurs, tu fais moins gamine. Tu vas faire des ravages. Punaise j’hallucine ! Fais-moi voir ce que tu as acheté !

— Demain si tu veux, j’ai fait ma valise, je rentre chez moi ce soir, ma mère et Mathias rentrent, j’espère qu’ils ne vont pas tarder, les Jarosz sont super gentils, mais j’ai envie d’être chez moi. Je te raconterai tout.

— OK ça marche ! Alors le beau et ténébreux Anh Dũng rentre au bercail ? Comment va-t-il ?

— J’en sais trop rien, je ne l’ai pas eu et ma mère ne m’a rien dit ! Ça craint c’est comme si je n’existais pas.

— Mais non ne dis pas ça, ton frère t’adore et tes parents aussi.

— Mouais et toi qu’est-ce que tu me racontes de beau ?

— Le prof d’anglais est trop craquant, quand il parle en français il a un petit accent british trop beau… il a 24 ans et des yeux verts tu verrais ça… toutes les filles vont en tomber amoureuses. Et tu sais pas la dernière, on l’a vu en boîte hier soir.

Elles continuèrent de discuter une bonne heure de leur soirée respective, des envies et désirs de chacune.

— Mon père va m’inscrire aux cours de conduite ! C’est super ça me tarde, et toi ?

— J’en sais rien on n’en a pas parlé… avec ce qui s’est passé on n’en a pas eu le temps.

— Alors tu rentres chez toi ce soir ?

— Oui, ça me tarde, je dois te laisser, j’ai pas mal de travail pour le début de la semaine. On s’appelle demain soir après les cours ?

— Je ne peux pas j’ai un cours de fitness, après 20H ça te dit ?

— Ça marche ! Demain 20H. Bisou ma belle.

— Bisou !

17H20

Sophie faisait ses devoirs quand le Juke de Lan Anh se gara devant la villa des Jarosz. Rosa les accueillit et les invita à entrer.

— Vous restez dîner avec nous, après votre voyage et tous ces évènements, une soirée avec des amis vous fera du bien.

— C’est gentil Rosa, mais

— Pas la peine de discuter c’est déjà tout prévu. Je suis enchantée de te rencontrer Anh Dũng, mes fils m’ont beaucoup parlé de toi et de tes talents. Je crois qu’il y en a une qui est impatiente de te voir.

Mathias esquissa un léger sourire. Il n’avait qu’une envie être chez lui, seul. Ils s’installèrent tous au salon et Rosa servit une collation, un café crème et des biscuits à la cannelle. Assis dans un fauteuil de cuir grenat, il ne répondait que par monosyllabes aux questions qu’on lui posait. Le jeune homme semblait fatigué, il avait les traits tirés et en quelques jours d’absence, il avait perdu du poids.

— Alexy si tu allais chercher Sophie, je crois qu’elle est dans sa chambre.

— OK !

Quelques secondes plus tard, le temps de monter l’escalier quatre à quatre et l’adolescente frappa à la porte de la chambre, elle rentra sans attendre qu’on l’y invite.

— T’as mère et ton frère sont  ! Voyant que Sophie ne réagissait pas, elle s’approcha et frappa doucement le casque que cette dernière avait sur les oreilles et répéta sa phrase.

Sophie se leva comme mue par un ressort et courut jusqu’aux escaliers, descendit les marches à toute vitesse malgré ses chaussures à talons, manquant se casser la figure. Quand Mathias tourna la tête et la vit, il se leva et sa sœur se jeta dans ses bras tant elle était heureuse de revoir son frère. Il la serra fort contre lui et lui dit en vietnamien qu’il était heureux de la voir et qu’il la remerciait. Ils étaient heureux de se revoir et en oubliaient ceux qui étaient autour d’eux et ne comprenaient pas un traître mot de leur échange. Un toussotement de madame Nguyễn Văn Lô les rappela à l’ordre.

— Mais qu’est ce que tu as fait à tes cheveux ?! Sophie !

— Maman, laisse-la, c’est joli et ça lui va bien.

— Mais, ma petite fille…

— Je ne suis plus un bébé, tu ne vas pas en faire une maladie, ce sont juste des cheveux…

— Bin moi j’adore, enfin ma petite sœur ne ressemble plus à une petite fille. T’es juste canon. Ta petite fille a grandi…

Stan observait la scène depuis la mezzanine, Alexy l’avait prévenu aussitôt Sophie descendue, son regard s’était vrillé sur la jeune fille, son cœur s’était emballé après l’instant de surprise et quand il l’avait vu se précipiter dans les bras de Mathias il en avait ressenti une pointe de jalousie. Il ne perdait rien des formes mises en valeur par cette petite robe rouge, les mèches carmin parmi ses cheveux coupés. Quand elle se retourna un instant et que leurs regards se croisèrent, la jeune fille qui lui faisait face lui plaisait que davantage, l’adolescente avait capturé son coeur et la jeune fille le maintenait dans ses filés. Leur trop brève étreinte lui était encore en mémoire, il lui semblait avoir encore la douceur de sa peau sous ses doigts, la chaleur de ses lèvres sur les siennes. Puis elle se détourna sans l’ombre d’un sourire pour répondre à son frère. Il le savait d’ici quelques minutes, peut-être quelques heures, elle franchirait la porte et ne reviendrait sans doute pas.

Toute la soirée, le frère et la sœur restèrent cote à côté, Mathias appréciait de retrouver cette complicité qu’ils avaient perdue. Il se sentait perdu au milieu de cette famille et il poussa un discret soupir de soulagement quand Stan et Iwan lui proposèrent de venir discuter musique.

— Tu viens ? lui proposa le jeune homme.

— Non, je dois préparer mes affaires et faire un peu de rangement dans la chambre, je n’en ai pas eu le temps.

Stan poussa un OK déçu et grimpa à la suite de l’adolescente dont il suivait la démarche pendant qu’elle montait les escaliers.

— Rejoins-nous quand tu auras fini.

Sophie prit son temps pour terminer sa valise, ranger ses achats dans un seul sac et rendre la chambre telle qu’elle l’avait trouvé. Elle referma son ordinateur qu’elle avait laissé ouvert lors du retour de sa mère et de son frère. Elle traîna jusqu’à ce que sa mère vienne lui dire qu’il était temps de rentrer. Mathias attrapa sa valise tandis qu’elle prenait son portable et le sac de ses achats du week-end.

— Attends, je vais t’aider, se proposa Stan.

— Non, c’est bon.

— Comme tu voudras.

Une fois les affaires dans le coffre, la famille Nguyễn Văn Lô prit congé. Depuis son retour Stan n’avait pas eu l’occasion un seul instant d’être seul avec Sophie aussi il la regarda s’en aller peinant à masquer sa tristesse. La jeune fille ravie de rentrer chez elle ne pensait déjà plus à ce qui s’était passé entre eux. Une fois la porte de leur villa franchie, Lan Anh se laissa tomber dans un des fauteuils du salon.

— Je suis crevée ! Les enfants on discutera demain, je suis désolée, mais j’ai besoin de dormir.

En effet, elle avait passé ses nuits à veiller sur son fils, elle avait peu dormi et même la nuit du samedi au dimanche s’était révélée pénible. Son fils avait lui aussi passé une nuit difficile, pendant ces quelques jours à Paris, il avait replongé dans ses pires travers et le comportement de Kim n’avait pas arrangé les choses. Le jeune homme avait voulu mourir et il en avait fallu d’un cheveu pour qu’il parvienne à ses fins. Sans l’appel de Sophie, en cet instant les deux femmes veilleraient sur sa dépouille.

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Les couvertures du Livre 1 de Dark-Side http://www.nathy.fr/1344-2/ http://www.nathy.fr/1344-2/#respond Fri, 06 Sep 2019 08:01:39 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1344 Le premier tome de Dark-Side a vu bien des couvertures… certaines ont été publiées d’autres ne sont restées qu’à l ’état de projet. La première fut celle créée pour les éditions Rebelle où devait sortir la saga et qui sera reprise par la suite. Mais ce premier tome sortit finalement […]

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Le premier tome de Dark-Side a vu bien des couvertures… certaines ont été publiées d’autres ne sont restées qu’à l ’état de projet.

La première fut celle créée pour les éditions Rebelle où devait sortir la saga et qui sera reprise par la suite. Mais ce premier tome sortit finalement aux éditions Lune Écarlate avec une autre couverture.

Celle-ci fut rapidement remplacée. Le lectorat la jugeait sans doute trop sanglant.
La couverture du Chevalier-Vampire fut donc remplacée par l’illustration qui devait sortir initialement chez Rebelle. Beaucoup de ceux qui ont lu ce premier tome la connaisse.
Quand le tome trois sortit les tomes précédent subirent une nouvelle correction dans l’idée d’harmoniser les trois tomes.
J’eus alors l’envie de proposer de nouvelles couvertures pour les deux précédents. Il y eu bien des essais dont voici les illustrations.


Voici celle qui fut retenue pour cette version revue et corrigée du tome 1 de Dark-Side. Mais auparavant il y eu plusieurs essais.



Comme je n’étais pas vraiment satisfaite, et par manque de temps, je me suis rabattue sur une photo et aujourd’hui la couverture de ce premier tome est celle-ci plus proche de mon idée de départ.


Mais avant toutes ces couvertures restées plus ou moins longtemps, il y a eu plusieurs essais que je vous livre ici.


Et vous, laquelle préférez-vous ?

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