Le Blog de Nathy http://www.nathy.fr Blog de l'auteur et illustratrice Nathy Thu, 22 Aug 2019 09:43:55 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.2.2 112276487 Chapitre 5 http://www.nathy.fr/chapitre-5/ http://www.nathy.fr/chapitre-5/#comments Thu, 22 Aug 2019 09:03:55 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1304 Chapitre 4 Justine était de mauvais poil, déçue de ne pas avoir pu guetter la sortie de Stan, sa cousine avait pu obtenir l’emploi du temps du jeune homme par une de ses copines de classe, mais son travail dans un des salons de beauté ne le lui avait pas […]

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Justine était de mauvais poil, déçue de ne pas avoir pu guetter la sortie de Stan, sa cousine avait pu obtenir l’emploi du temps du jeune homme par une de ses copines de classe, mais son travail dans un des salons de beauté ne le lui avait pas permis de sortir à temps. Elle avait dû remplacer une collègue puis sa mère l’avait appelée en lui demandant de passer chez eux pour une affaire urgente. 

Lorsqu’elle était arrivée au domicile familiale, elle y avait trouvé son oncle maternel et parrain avec sa femme et leurs deux enfants, deux adolescents boutonneux parlant le français avec un charmant accent anglais. La jeune femme était ravie de voir son parrain qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps. 

— Alors comment va ma filleule ? 

Toute la famille s’était inquiétée quand elle avait tenté de se suicider après sa séparation avec Stan. Ses parents l’avaient envoyé dans le nord de l’Angleterre chez sa famille maternelle en espérant qu’elle se remettrait et peut-être même qu’elle resterait à Carlisle, une ville un peu plus grande que Montluçon à quinze kilomètres de la frontière écossaise. Quelques mois après, elle était revenue dans la ville auvergnate. Ses parents, sa famille anglaise avaient bien tenté de l’intéresser à autre chose, ils lui avaient même trouvé un emploi dans la cité britannique, mais elle avait préféré rentrer et tenter de séduire Stan à nouveau qui n’en avait que faire. Semaine après semaine, mois après mois, ils l’avaient vu changer, devenir obnubilé par ce jeune-homme au point que la famille Jarosz avait fini par déposer une main courante pour harcèlement. Ce vendredi, elle resta donc chez eux, prit son mal en patience même si elle était heureuse de retrouver son parrain. Le lendemain, elle travaillait comme tous les samedis dans la boutique que tenait sa mère, mais d’un autre côté il l’ennuyait, car elle ne pouvait pas s’occuper de Stan.

Ses parents lui avaient imposé cet emploi en plus des cours dans le secret espoir qu’elle s’intéresse à autre chose que le jeune homme.

***

Sophie prépara un repas rapide composé dune salade de riz au crabe ainsi que des fruits. Elles étaient devant leurs assiettes quand Pauline arriva. L’adolescente pleine de vie, un tourbillon de gaieté mit un peu d’entrain dans cette villa à l’ambiance morose.

— Je voulais te proposer d’aller au cinéma ce soir, ça te dirait ? Il y a une expo en ville, on pourrait y aller cet après-midi.

— Je suis désolée je n’ai pas trop envie…

— Mais si ma chérie, on est bien assez de deux à se morfondre, va t’amuser avec ton amie. On n’est pas à Paris ici, si vous voulez vous amuser profitez-en.

— Maman, je ne veux pas te laisser toute seule, déjà hier soir…

— J’insiste, ça te fera du bien, il est inutile de se morfondre à deux.

— Jusqu’à quelle heure Sophie peut-elle sortir ?

Prise au dépourvu, Lan Anh parut réfléchir quelques instants.

— Peut-être pas au petit matin, mais je fais confiance à ma fille, pas d’alcool ni de drogue. Nous en avons assez soupé !

— Si Sophie vient avec moi et quelques copines en boîte, ça ne posera pas de problèmes ?

— Où est-elle ? N’oublie pas que Sophie n’a pas encore 17 ans.

— En ville, si vous le préférez je peux vous appeler pour venir nous chercher. Vous savez beaucoup de parents font cela surtout quand on va au Manoir par exemple.

— Maman, je vais avoir 17 ans en décembre, je ne suis plus une petite fille.  C’est la boîte où je suis allée avec les garçons hier soir.

— Si pour moi tu es toujours ma petite fille.

Lan Anh sera sa fille dans ses bras et la laissa après un baiser affectueux sur la joue.

— Allez file, va te préparer !

— Au fait maman, Stan a appelé il ne devrait pas tarder, tu lui dis qu’on est dans ma chambre ?

Les filles montèrent à l’étage.

— T’es sorti avec les Jarosz hier soir ?

— Oui, ils m’ont ramené, ils ont été super, Iwan est même allé dans ce bled où il y a un pont où on peut se suicider pour s’assurer que mon frère n’y était pas. Ma mère les a invités et ils m’ont proposé de venir avec eux. Ma mère a insisté pour que j’y aille… franchement j’ai pas trop la tête à aller faire la fête.

— Elle a raison tu sais, tu crois que ton frère voudrait te voir comme ça ? Je sais bien que c’est un con, mais quand même. Tu ne vas pas rester là à te morfondre. Les policiers font leur travail. On va voir ce que tu peux te mettre, tu ne vas pas venir avec un petit chemisier tout sage… ta garde-robe je crois qu’elle a besoin d’un petit coup de jeunesse ! Je comprends que tu aimes le bleu, mais franchement un beau rouge, des couleurs chaudes ça t’irait tellement mieux. Le style gothic-lolita est fait pour toi.

— Euh, hors de question de me transformer en bonbon rose. Je sais que toi tu aimes cette couleur, mais je hais le rose. Mais ça te va bien.

Pauline éclata de rire à l’idée du bonbon rose.

— C’est du fuchsia… et surtout beaucoup de noir.

— Le noir, le rouge, le jaune, mais sil te plaît pas du rose.

— Bon, on le regarde ce dressing ?

Les filles regardèrent la liste des liens qu’Élodie avait envoyés à son amie, mais devant la moue dubitative de Sophie, Pauline ferma le navigateur.

— Et si tu te créais un style à toi, quelque chose qui te plaît vraiment. Si tu mettais un peu d’originalité ? Franchement, t’es trop canon. Tu t’es regardé dans un miroir ? Combien de filles rêveraient d’être comme toi ? Tu es grande pour une asiatique, fine avec juste de rondeurs là où il faut, un beau visage fin, des grands yeux noirs et des cheveux magnifiques. Tu pourrais te faire un look qui déchire sa race !

— Euh… mais j’aime bien mes fringues. Et ça va les asiates ne sont pas tous des nains de jardin… bonjour le cliché.

— Désolé ! Ose un peu, lâche-toi ! Là tu fais la petite étudiante toute sage, presque une petite fille.

— C’est aussi ce que dit Élo… et mon frère. J’ose pas, j’ai l’impression d’être ridicule.

— Pff quelle idée ! Allez on va voir ce que tu as dans ton armoire ?

— Je suis allée à une soirée à thème au printemps… je n’ai jamais remis ce que j’avais acheté à l’occase.

— On va regarder ça ?

Pauline jeta un coup d’œil rapide à la garde-robe de sa copine, elle mit de coté tout ce qui lui paraissait intéressant, peu de choses étaient sélectionnées et pendait sur les cintres du côté réservés à ce qu’elle trouvait sympa. Sophie ouvrit une boîte à chaussures et en sortie une paire noire à plateformes, munies de longs rubans.

— Mais elles sont géniales ces pompes ! Où tu les as achetés ?

— Dans une petite boutique à Paris. C’est Dao qui m’y avait emmené.

— Dao ?

— Le frère de Kim, c’était mon petit ami. Kim est une saloperie, mais elle a un look d’enfer, et elle connaît toutes les bonnes adresses de Paris et son frère aussi, il suit sa sœur partout.

— Mais dis donc tu caches bien ton jeu… alors comme ça on a déjà eu un petit ami… vous avez…

Rouge cramoisie, Sophie bafouilla un « oui pas vraiment ».

— Comment ça pas vraiment ?

— On ne l’avait jamais fait tous les deux… et on ne l’a pas vraiment fait non plus.

— Alors là faut que tu m’expliques. Pauline s’assit sur le sol et attendit la suite.

De plus en plus gênée, Sophie s’emmêlait les pinceaux.

— Bon ce Dao, il te l’a fait sauter la rondelle ou pas ?

— Oui, chuchota Sophie. Mais on a arrêté là.

— Tu veux dire que vous n’avez pas fini… il n’a pas été jusqu’au bout ?

— C’est ça. Je n’étais pas vraiment prête et lui non plus, je crois bien.

— Pitoyable ! Tu n’as que les pompes ?

— Non, non.

Sophie sortit une paire de bas de laine noire resserrés par un nœud, un long débardeur de tulle noir et rouge ainsi qu’une jupe courte cintrée finissant par un volant, son jupon carmin, une ceinture à plusieurs lanières.

— Héhé, mais c’est plutôt assez rock ce que tu as là et très sympa. Tu vas déchirer avec ça, ce soir je veux te voir avec, j’amène quelques petites choses pour agrémenter tout ça. Au fait tu parlais de Stan, le Stan ? Il vient ici ?

— Oui le Stan, il vient, hier avec son frère on a écumé toute la ville pour chercher Mathias, ma mère les a invités à manger avec nous hier soir. Ils sont repartis assez tard après que les flics soient venus et ils m’ont emmené avec eux. Ils ont été vraiment super. Ce matin Stan a appelé pour prendre des nouvelles et m’a dit qu’il passerait.

— Fais gaffe à toi le beau Stan va te croquer toute crue.

— Il est sympa !

— Attends, j’ai pas dit qu’il ne l’était pas. C’est un mec super cool, super sympa surtout quand il veut te sauter. T’inquiètes qu’il t’a déjà remarqué mardi au foyer quand tu le matais. Il n’est pas venu se présenter pour rien. C’est pas un gros connard non plus… qui va dire partout qu’il t’a foutu dans son pieu, mais une fois qu’il a ce qu’il a voulu, il te dit gentiment que tu ne l’intéresses plus et il a fait le coup à un tas de filles. Il va se montrer gentil, tendre, ce n’est pas le problème… comme je tai dit c’est un bon coup… donc si tu as envie de t’éclater un peu, tu ne perdras pas ton temps. Si tu as envie de tomber amoureuse c’est mort… pas Stan ni Iwan d’ailleurs. Parce qu’ils sont pareils tous les deux. Par contre, comme potes pas de soucis… d’ailleurs si tu as envie de passer une super soirée, je te conseille d’aller les voir jouer… Stan est comment dire… charismatique, il te chauffe une salle en cinq minutes, il a un truc, c’est bien pour ça qu’il a toutes les filles qu’il veut, sur scène c’est pareil. Il me fout la chair de poule quand il chante, mais tu verras bien. J’espère pour eux qu’un jour ils deviendront célèbres, ce sont de super musiciens et Stan a une voix qui me fait chavirer.

— Ah oui ?

— Yep et je ne suis pas la seule. En plus quand tu sors avec, t’as de la concurrence… toutes les filles du lycée, du moins les hétéros et les bi bavent devant, je suis sûre que même certains homo font de même, c’est super agaçant, en concert t’as l’impression qu’elles vont toutes lui sauter dessus… ils n’ont que l’embarras du choix… les Jarosz.

— On parle de nous ?

Les filles se retournèrent et virent la haute stature d’Iwan.

— Ouais, j’ai mis Sophie en garde contre votre côté queutard mais t’inquiètes je lui ai aussi dit que vous étiez sympas et de super musiciens.

Aucunement vexé, Iwan s’esclaffa. Stan rejoignit son frère et s’encadra à son tour dans l’entrée de la chambre de l’adolescente.

— Entrez ! les invita Sophie, un peu gênée qu’Iwan ait entendu la conversation.

Stan jeta un coup d’œil dans cette pièce où dormait la fille qui lui plaisait beaucoup. Sophie l’attirait depuis que leurs regards s’étaient croisés quelques jours plus tôt et il n’était pas près d’oublier la précédente soirée.

— Tu joues ? s’enquit Stan en découvrant le clavier dans un coin de la pièce.

— Je jouais plus exactement, mais ça fait un moment.

— Et c’est bien dommage, renchérit Lan Anh montée derrière le jeune homme. Sophie jouait avec son frère quand ils étaient plus petits, et souvent elle chantait avec lui en plus. Mathias a composé quelques morceaux pour sa sœur.

— Tu chantes aussi ?

— Je te l’ai déjà dit à la cafette.

La musique était la passion de Stan plus encore que celle d’Iwan. L’intérêt pour la jeune fille redoubla, mais sur un plan différent, là il ne regardait plus son physique, seules ses qualités de musicienne l’intéressaient alors.

— Sophie a une très belle voix, ajouta sa mère avant de les laisser.

— Maman !

— Tu ne veux pas chanter pour moi ?

— Là maintenant ?

— Oui, bien sûr.

Il était déjà devant le clavier, et le branchait.

— Non, j’aime pas chanter pour les autres, et ça fait un moment que je ne l’ai pas fait.

— Juste un morceau, insistèrent Iwan et Pauline à leur tour.

— Je n’ai pas l’habitude, je n’ai jamais chanté qu’avec Mathias… et pendant les cours.

Stan s’installa devant le synthé et commença à jouer. Ses longs doigts parurent s’envoler sur l’instrument. Et bientôt sa voix retentit à son tour. Sophie comprit ce qu’avait voulu dire Pauline, il avait une belle voix capable de vous donner la chair de poule. La chanson bien connue, un morceau de Black Sabath « God is dead » raisonnait entre les murs de la chambre de Sophie. Lorsqu’il s’arrêta, il se retourna vers l’adolescente et lui proposa :

— Tu veux que je te joue autre chose ? Un Led Zep peut-être ? Du classique ?

— Euh ce que tu veux… mais ne comptes pas sur moi pour chanter.

— Dommage… une chanson de ton frère peut-être ? Je te laisse la place, mais je veux t’entendre.

Stan et les autres insistèrent tant que Sophie alla chercher la partition dans la chambre de Mathias, mais devant celle-ci que sa mère avait rangée, son cœur se serra. Elle resta là au milieu de la pièce… avec l’impression de violer l’antre de son frère. Deux mains se posèrent sur ses épaules et la chevelure sombre de Stan effleura sa joue. À quelques centimètres de celle-ci, il lui murmura.

—  Ne t’inquiètes pas il reviendra.

— Je l’espère…

Elle se retourna et le musicien posa une main sur sa nuque et l’embrassa doucement comme sil craignait qu’elle le repousse, mais elle n’en fit rien bien au contraire. Puis elle s’en détacha et prit la partition avant de regagner sa chambre, s’installa devant le clavier, joua le morceau joué tant de fois. Elle se racla la gorge et tenta de retrouver le rythme des paroles… tous se turent et l’écoutèrent. Quand elle eut terminé.

— Mais ta mère a raison, tu as une très belle voix. Tu ne veux pas chanter avec moi ?

— Tu es gentil, mais nonje tai dis je ne chanterais pas devant un public.

— Mais là on est que tous les quatre. S’il te plaît, lui demandatil de ce sourire charmeur qui faisait craquer la gent féminine.

Elle soupira et joua un morceau de Black Sabath : Zeitgeist. Puis dEpica et se laissa convaincre de chanter, bien vite accompagné par le jeune homme. Une fois fini, Stan lui avoua qu’il adorerait chanter et composer des morceaux pour qu’ils chantent ensemble. Il envisageait de chercher une chanteuse pour faire quelques duos et il était certain de l’avoir trouvé.

— Non, je suis désolée. J’aime chanter sous la douche pour ma famille de temps en temps quand Mathias joue, mais c’est tout…

— Dommage, vraiment dommage. Tu as une voix tellement belle et tu es une des rares à parvenir à me suivre. On fait un autre essai ?

Sophie lui laissa la place et le musicien entama divers morceaux de rocks qu’elle connaissait bien pour finir, juste pour le fun et à la grande surprise de ce petit comité il entama le morceau le plus connu de Carmen, habituellement chanté par une femme. Les personnes présentes restèrent sans voix, puis Sophie accompagna StanAu final le musicien était conquis. Il était certain d’avoir trouvé son alter ego musical.

— Ah la vache, mais vous déchiré grave tous les deux !  Ils ont raison faut que vous chantiez ensemble., sortit Pauline.

— On est sur la même longueur d’onde tous les deux, ce serait tellement génial.

— Qu’est-ce que vous faites les filles cet après-midi ? s’enquit Iwan.

— On devait aller en ville faire les boutiques et voir une expo.

— On peut vous accompagner si vous voulez ?

Pauline n’avait aucune envie de rester avec les frères Jarosz, sa mésaventure avec Stan n’était pas si vieille et elle le regardait toujours avec un petit pincement au cœur quant à Iwan elle lui en voulait tout autant.

— On vous accompagne à l’expo et après promis on vous laisse tranquille. Nous on va passer chez le disquaire et Iwan doit aller chercher sa guitare.

Quand les adolescents redescendirent, madame Nguyễn demanda à sa fille si elle rentrait dîner.

— Oui il faut qu’on se prépare avant de sortir… par contre on va manger tôt pour aller au ciné.

— On passe vous prendre si vous voulez, proposa Iwan, on va aussi au ciné ce soir.

— Ah OK, mais on rentrera pas tout de suite on doit retrouver des copines.

— Pas de soucis.

Lan Anh mit les pieds dans le plat, elle tentait de cacher son inquiétude.

— Les filles vont en boîte, je dois venir les rechercher.

— Je peux les ramener je suis le capitaine de soirée, vous avez oublié ?

— Merci c’est gentil à toi Iwan, j’avoue que je suis épuisée et si Mathias revenait pendant qu’il n’y a personne…

— Vous inquiétez-pas je ramènerai les filles.

— Ma sœur aurait pu aussi, ne te sens pas obligé de venir en boîte avec nous, renchérit Pauline peut ravie. Mais elle sentit que la mère de Sophie risquait de changer d’avis pour la soirée si elle insistait après tout elle ne la connaissait pas.

— Ta sœur est revenue pour le week-end ?

— Oui Manon est là, elle repart lundi.

— Ah super, ça fait un bail que je ne l’aie pas vu. Eva va être super contente.

Stan murmura à l’oreille de Sophie qui ne pouvait pas savoir.

— Manon et Eva, notre sœur aînée étaient de grandes copines au lycée.

— Tu… vous avez une sœur ?

— Oui deux sœurs en fait… Eva qui a 25 ans et Alexy qui a 13 ans.

— Et vous ?

— Iwan a eu 20 en août… et moi j’aurais 18 ans en mars.

— 17 en octobre. Je te croyais bien plus âgé, vous faites plus vieux tous les deux.

— Mais tu es encore une petite fille, moi aussi je te croyais plus âgée.

Sophie se retourna le regard furieux et vexée.

— Je plaisante.

Les quatre adolescents s’engouffrèrent dans la Clio et partirent vers le centre-ville non sans avoir fait promettre à Lan Anh d’appeler sa fille si elle avait des nouvelles.

— Il y a un super musée de la musique, tu l’as visité ? demanda Stan à Sophie.

— Non je ne savais pas.

— Je t’y emmènerai si tu veux.

— Avec plaisir.

Iwan se gara sur la place Pierre Petit, proche du jardin Wilson, un beau jardin à la française sur plusieurs niveaux, puis ils se rendirent à une exposition de peinture dans les vieilles rues de la cité médiévale. La petite galerie accueillait une vingtaine de tableaux abstraits colorés. Ils en firent le tour appréciant la beauté des toiles, le geste du peintre. Dès qu’il le pouvait, Stan multipliait les contacts, c’est sous le regard surpris de Pauline qu’il prit d’autorité la main de Sophie dans la sienne. Comme il faisait chaud, il suggéra d’aller boire un pot. Le petit groupe se rendit jusqu’à un des plus grands bars du boulevard de Courtais. La terrasse en ce samedi était pleine à craquer, il ne restait plus que quelques tables libres à l’intérieur dans le fond sur des banquettes de cuir. L’adolescent s’assit près de Sophie et se tourna vers elle pour lui demander ce qu’elle souhaitait boire.

— Tu veux quelque chose d’autre ? Tu as peut-être faim ?

— Non rien merci c’est gentil.

La serveuse déposa bientôt quatre grands verres bien frais devant eux. Sophie jeta un œil gourmand vers le verre de Stan qui avait commandé une de ses boissons favorites : un pink limonade margarita.

— Tu veux goûter ?

Il lui tendit son grand verre et elle attrapa la paille, aspira et fit la grimace face au goût âpre du cranberry et du citron. Un peu surprise, mais elle avait aimé.

— Tu n’aimes pas ?

— Si, mais ça surprend.

— Un peu comme moi, lui répondit-il du tac au tac puis il se pencha et l’embrassa sur la joue.

Une fois désaltéré, le groupe se sépara devant la devanture du bar, Iwan et son frère allèrent au magasin d’instruments de musique et les filles partirent faire du shopping. Les garçons n’étaient plus à portée de voix quand Pauline affirma à sa copine :

— Bin dit donc, il te sort le grand jeu là… Tu vois Stan dans toute sa splendeur.

— Tu te fais des idées, il est gentil, c’est tout !

— Oh que non, je l’ai tellement vu à l’œuvre et n’oublie pas que je suis aussi tombée dans le panneau. Stan sait très bien s’y prendre, c’est un vrai caméléon qui s’adapte en fonction de la personne qu’il a en face de lui.

— Tu sous-entends qu’il profite de la situation, de mon désarroi ? Franchement j’ai autre chose en tête en ce moment que les beaux yeux de Stan.

— Peut-être, mais tu es vulnérable. Fais attention à toi. Je t’aime bien t’es une fille super sympa, ça me ferait de la peine que Stan brise ton petit cœur. C’est un coureur de jupons et visiblement tu lui plais. Et je crois que malgré la situation de ta famille il ne t’est pas indifférent. Après je ne dis pas que c’est le dernier des cons, c’est aussi un mec gentil, mais dès que sa queue prend le contrôle de l’individu… fais en un pote si tu le désires.

— C’est gentil de t’inquiéter pour moi, c’est un peu trop tard.

— Je sais comment il est c’est tout. Si tu en parles avec Justine, ça a tourné au drame.Quest ce que t’as dit ? C’est trop tard ? Ne me dis pas que vous sortez ensemble.

— Si… C’est une de tes copines ?

— Pas plus que ça, elle n’est plus au lycée, mais tu regarderas ses poignées tu comprendras.

— Elle met des manches longues ?

— C’est ça.

****

— Dis donc elle te plaît la petite Sophie, fit remarquer Iwan à son frère.

— Oui…

— Ce serait sympa de ne pas foutre la merde avec son frère, pas certain qu’il apprécie que tu t’envoies sa sœur. J’aime bien cette gamine, elle est différente.

— Oh le bel Iwan tomberait-il sous le charme asiatique ?

— Je reconnais qu’elle ne me laisse pas indifférent, mais trop jeune pour moi… dans quelques années quand elle sera majeure, peut-être. Je sais aussi comment les filles te tombent dans les bras.

— Parce qu’aucune ne craque pour toi peut-être ?

— Si bien sûr, mais je te rappelle notre code pour le bien du groupe.

— Oui, mais Sophie c’est différent, je craque pour elle. Vraiment, je ne sais pas, je ne comprends pas trop ce qui m’arrive !

Les frères Jarosz arrivèrent devant le magasin, ils entrèrent et se dirigèrent vers le comptoir pour récupérer la guitare en réparation de Iwan.

****

— Tu ne vas peut-être pas mettre ces bas de laines ce soir, tu risques d’avoir trop chaud… si on te trouvait de beaux collants pour aller avec tes fringues… et quelques accessoires ? Ta tenue est sympa, mais ça manque de petits trucs. Bracelets, collier, bagues. Des boucles d’oreilles… chez un perceur on devrait trouver.

Sophie comme la plupart des filles avait les oreilles percées, mais aussi un discret piercing au nez qu’elle avait obtenu en travaillant ses parents au corps surtout sa mère. Après avoir fait plusieurs magasins, les deux adolescentes trouvèrent ce qui plaisait à Sophie.

— Lâche-toi un peu… fais-toi vraiment plaisir.

— Élo m’a suggéré de me faire faire une coloration opale.

— C’est joli, mais il faudra te décolorer les cheveux à blanc avant… avec tes cheveux noirs, c’est plus difficile. Et si on te trouvait quelques extensions ? Ça pourrait être cool, non ? Et si vraiment une colo opale te tente, essaie avec une perruque avant.

— Bonne idée.

Les filles ramenèrent chez Sophie tout un attirail : du maquillage, des extensions rouges pour ses cheveux, des bijoux et des bas satinés couleur chair et des noirs fins, après avoir fait un petit crochet par la maison de Pauline afin de ramener ses affaires chez Sophie.

Épuisée, madame Nguyễn s’était endormie sur le canapé, son smartphone posé près delle. Les filles montèrent à l’étage.

— Si tu veux tu peux utiliser la salle de bain de mon frère, comme ça pendant ce temps-là je prends ma douche ici.

Sophie donna une serviette et une éponge de bain à son amie et chacune partit se doucher et se préparer. Pauline aida sa copine à se maquiller selon les conseils que leur avait donnés la vendeuse du magasin. Les couleurs chaudes et le grand trait deye-liner noir magnifiaient ses yeux sombres. Elle avait refusé le rouge intense pour un lipstick plus discret un ton au-dessus de la couleur de sa bouche.

— Tu es magnifique. J’adore te maquiller !

— Oui, mais je vais devoir en remettre après mangé.

— En effet, mais finalement tu as eu raison, le rouge carmin aurait été de trop sur toi. Le petit tour de cou rouge était vraiment une bonne idée, le mélange noir et vermillon te va à ravir. Tu es vraiment superbe… non pas que tu le sois pas avec tes tenues habituelles. Demain, je te montre quelques sites tu verras il y a de belles choses qui devraient te plaire.

Pauline toujours égale à elle-même arborait une tenue noire rehaussée de sa couleur fétiche : le fuchsia. Elle posa les extensions d’un rouge sombre dans la chevelure de jais de Sophie, recula un peu.

— Géniale, je prends une photo !

Elle sortit son smartphone et invita Sophie à faire le top model pour elle. Pauline la mitrailla tandis que l’autre adolescente jouait le jeu.

— J’espère qu’on n’aura pas un drame ce soir… Justine nous rejoint en boîte. Avec Stan ça risque de faire des étincelles. Tu verras elle est un peu spéciale. Je crois qu’elle n’a pas trop le droit de l’approcher, enfin si elle est là !

La voix de Lan Anh les appelant pour manger retentit.

— Ah je crois que ma mère s’est réveillée. Oh punaise,  tu as vu l’heure on va finir par être en retard.

Elles dévalèrent l’escalier et s’attablèrent devant un ensemble de compositions diverses, des salades, du riz blanc et des boulettes de poulets épicés qu’elle s’était fait livrer dans l’après-midi.

— Quest ce que c’est bon !

— Maman ! Un jour il faut que tu nous fasses une grillade, tu verras Pauline c’est juste divin. Tu es sûr que ça ne te dérange pas de rester seule ?

— Non ma chérie va t’amuser avec tes amis ! Tu devrais aller te laver les dents les garçons ne vont pas tarder.

Et en effet, Sophie et Pauline se repassaient du rouge à lèvres quand la sonnette retentit.

— Attends, je te remets une mèche en place.

Lorsque Sophie apparut sur la mezzanine, prête à descendre l’escalier le regard des deux jeunes garçons suivirent le moindre de ses gestes. Ils remarquèrent tout depuis les cheveux bouclés au fer à lisser, les extensions rouges encadrant son visage légèrement maquillé, la tenue sexy, ses jambes mises en valeur par les chaussures à plateforme. À cet instant Stan ne rêva que dune chose l’effeuiller, l’embrasser et faire l’amour avec cette jeune fille qui le troublait tant. Son frère Iwan malgré ses affirmations quelques heures plus tôt oubliait que Sophie n’avait que seize ans et lui aussi nourrissait un désir qu’il peinait à cacher.

Madame Nguyễn la suivit aussi du regard et se dit que sa petite fille avait bien grandi et n’était décidément plus une enfant.

— Tu es belle ma fille, fais attention à toi. Avant qu’ils ne partent tous les quatre, un peu inquiète, elle demanda aux garçons de prendre soin delle.

Stan s’était faufilé à l’arrière de la Clio, assis près de Sophie, il en respirait le parfum fleuri. Il repensait à ce que son frère lui avait dit et demandé. Mais il se demandait comment pourrait-il résister à l’envie d’embrasser la jeune fille dont la métamorphose n’avait qu’ajouté à son trouble. Ils ne trouvèrent pas de place à proximité du cinéma aussi e groupe dû remonter une partie du boulevard, les gens qu’ils croisèrent se retournèrent sur les deux jeunes filles, elles se firent même sifflée, et agacé Stan jeta un œil furibond à l’inconvenant. Face à la stature du jeune homme et de son frère, l’impoli préféra tourner les talons et se faire oublier néanmoins les regards se firent insistants. Il passa son bras autour des épaules de Sophie. Plus pour faire comprendre qu’elle n’était pas seule que pour autre chose, mais il lui demanda quand même :

— Tu n’as pas froid ?

— Non ça va.

Iwan prit les places pour tout le monde puis ils entrèrent dans le cinéma et regagnèrent la salle, Sophie et Stan se retrouvèrent cote à côté isolés d’Iwan et Pauline restés ensemble. Peu de temps après leur installation, la salle fut plongée dans le noir et le film commença, un film ayant pour thème un monstre créé sur Internet devenu une légende urbaine. De temps à autre Stan jetait un regard de biais à l’adolescente assise à ses côtés. Quand il lui prit la main, elle le laissa faire même quand il la serra un peu plus fort. L’adolescent se pencha vers elle et lui déclara doucement qu’il la trouvait bien jolie ainsi. Il ferma les yeux et ses lèvres effleurèrent la joue de Sophie. Le contact de ses lèvres sur sa peau était doux, le souffle chaud de Stan agréable. Le copain de son frère lui plaisait, elle avait aimé cet instant où ils avaient chanté ensemble, ces moments où il faisait preuve d’attention, sa gentillesse de la veille, ce soir elle avait envie d’apprécier le moment présent, demain il serait temps d’y repenser. Elle se sentait bien avec lui. Quand le film fut fini, les deux jeunes gens ressortirent du cinéma la main dans la main, même lorsque Pauline leur fit les gros yeux. Stan passa son bras autour de sa taille et le groupe se dirigea vers le bar le plus proche avant de se rendre en discothèque et rejoindre les amis de Pauline et ceux des deux frères. Assis à côté de Sophie, Stan posa sa main sur sa nuque, ce contact ténu, presque une caresse était fort agréable, la jeune fille se laissa aller sous les doigts légers. À ce moment-là ils avaient envie d’être seuls. Quand ils repartirent, le couple se laissa distancer dans les petites rues de la vieille ville par Iwan et Pauline, quand ils furent suffisamment loin Stan s’arrêta, enlaça l’adolescente tandis qu’elle passait ses bras autour de son cou. Les lèvres du jeune homme effleurèrent d’un baiser celles de Sophie. C’était un baiser doux et tendre interrompu par Iwan, mécontent que son frère n’ait pas écouté ce qu’il lui avait dit plus tôt dans la journée.

— Mais qu’est-ce que vous foutez !?

C’est à regret qu’ils se détachèrent l’un de l’autre. Main dans la main, ils retournèrent à la voiture. Sophie gardait la sensation de ce baiser sur ses lèvres, elle ferma les yeux pendant que Stan serrait sa main, assis à côté delle à l’arrière de la Clio, la tête de la jeune fille sur son épaule.

Lorsqu’Iwan gara la voiture à proximité de la boîte, ils le laissèrent ainsi que Pauline s’éloigner un peu. Stan en profita pour enlacer Sophie et la plaquer contre lui, il l’étreignit fermement passant ses mains sous le top en tulle. Elle répondit à ses baisers avec la même faim, le cœur tambourinant, les jambes un peu flageolantes.

— Sophie…

Elle reconnut à peine le timbre de sa voix devenu si roque. Elle sarcbouta contre lui se laissant aller à cette étreinte. Malgré les mises en garde, Sophie s’abandonna complètement aux lèvres et aux mains de Stan. Le contact de celles-ci sur la peau de son dos, la multitude de baisers dans son cou, la pointe de sa langue chaude et humide la faisaient frissonner, quant à lui il n’était plus quepar ses émotions et ses désirs. Sophie lui faisait éprouver une foule de sentiments jusqu’à alors inconnus. Stan la repoussa, il était hors de question qu’il se laisse dominer par ses envies, pour la repousser il dut faire un effort surhumain, sinon il craignait de ne plus rien maîtriser et il ne voulait surtout pas allonger la jeune fille sur le capot de la voiture ou l’entraîner sur les rives du Cher à peine à quelques centaines de mètres de là. Comme la veille, il avait fini par reprendre le contrôle, surpris par tout cela. Lorsqu’ils se séparèrent, le regard qu’ils échangèrent disait plus de choses que les mots qu’ils avaient tus. Il caressa la joue de la jeune fille, le coin de cette bouche qu’il venait à peine de quitter et qu’il rêvait de sentir sur lui.

— Viens, allons rejoindre les autres !

Il la prit par la main, et le jeune couple se dirigea vers l’entrée où les attendaient son frère avec une bande d’adolescents et de tout jeunes adultes.

Parmi les jeunes gens les patientant devant l’entrée de la discothèque en forme de diamant et aux murs d’un bleu foncé ; Stan remarqua Justine. Quand leurs yeux se croisèrent, tous deux se crispèrent. La main de Sophie dans la sienne le sortit de ses pensées. Il n’était franchement pas ravi de voir cette ancienne petite amie, leur relation s’était mal terminée, et il s’avouait qu’il appréhendait les réactions de la jeune femme envers Sophie. En effet, après leur rupture, Justine avait refusé la vérité, elle l’avait poursuivi, harcelée, elle s’était même montrée fort désagréable avec ses petites amies suivantes… il en avait eu assez de ses manières à tel point que le jeune homme avait déposé une main courante au poste de police à son encontre. En l’apprenant, Justine s’était ouvert les veines. À cet instant, elle posait un regard insistant sur la jeune fille à ses côtés. Stan lâcha la main de l’adolescente pour passer son bras autour de sa taille d’un geste possessif et protecteur.

Le groupe entra et s’installa dans les fauteuils de la salle réservée à la musique actuelle. La décoration d’inspiration baroque plaisait à Sophie et c’est en balayant les lieux du regard qu’elle remarqua Justine qui la fixait. Stan lui jeta une œillade assassine, espérant qu’elle détournerait les yeux, mais au lieu de cela elle le fixa à son tour. Sophie la trouvait jolie avec ses cheveux décolorés et teintés d’argent presque blanc et sa mèche noire. Cette fille avait un look d’enfer, grande aux longues jambes et au corps sculptural, une poitrine bien ronde et des yeux en amandes d’un bleu intense. Sophie ne comprenait pas que Stan ait pu préférer une fille comme elle ou Pauline alors qu’il pouvait avoir une fille si belle.

Agacé le jeune homme se leva et la prit par la main.

— Viens, on va danser… Peu de gens s’agitaient sur la piste, la boîte à, à peine minuit passé était encore peu fréquentée.

Il prit Sophie par la taille, la souleva et la fit virevolter avant de la serrer contre lui pour l’embrasser d’un baiser doux et furtif. Les autres les rejoignirent sauf Justine qui continuait à suivre le moindre de leurs mouvements. Stan s’avança vers Pauline, il lui prit le bras un peu rudement et lui demanda ce que Justine fichait là.

— Tu ne te rappelles pas ? Justine est une copine, si tu n’avais pas joué avec elle comme avec toutes les filles que tu baises, tu ne te poserais pas la question. Avec Sophie aussi, tu vas jouer combien de temps ? Jusqu’à ce que tu obtiennes ce que tu veux et à ce que j’ai pu voir, ça ne devrait pas tarder. T’es vraiment un enfoiré Stan, gentil, mais un putain d’enfoiré.

— Je n’y peux rien si vous vous faites toutes des idées, on passe du bon temps et on passe à autre chose. Justine est une vraie folle, je te préviens que si elle touche un cheveu de Sophie, je lui tords le cou. Normalement, elle ne devrait pas être là, je l’ai prévenu si elle me casse encore les couilles, je demande une mesure d’éloignement.

Pauline rejoignit sa copine restée assise, elle posa une main rassurante sur l’avant-bras de Justine et le serra doucement jusqu’à ce qu’elle se retourne vers elle.

— Laisse tomber Justine, il n’en vaut pas la peine.

— Mais tu ne comprends rien, je l’ai dans la peau, je ne pourrais jamais l’oublier, et cette garce qui se colle à lui.

— Justine ! lui dit elle sur ton de reproche, Sophie est mon amie, laisse-là sil te plaît c’est une chic fille, elle n’est en rien responsable de ce que t’a fait Stan, ce qu’il fait à toutes les filles et crois-moi bientôt ce sera le tour de Sophie qui n’a rien écouté de mes conseils.

Lorsque Sophie se rendit aux toilettes, Justine l’y suivit. Quand elle sortit de sa cabine, la fille l’attendait appuyée contre les lavabos. Stan l’avait prévenu qu’elle était complètement folle et de faire attention. Sur le coup elle pensa sortir sans passer par l’épisode lavage des mains pour fuir cette fille qui ne cessait de la fixer, mais le bras de Justine lui barra le chemin.

— Alors c’est toi la nouvelle ?

— Laisse-moi passer, sil te plaît.

— T’inquiètes, tu peux te laver les mains, j’ignore ce que tu t’imagines, mais je ne vais pas te faire de mal. Pendant que Sophie dirigeait ses mains vers le robinet, Justine continua, J’aime Stan, je suis complètement folle de lui. Mais je sais comment cela va finir, il me regarde même plus et bientôt ce sera ton tour. Ne le laisse pas te détruire. Regarde ce qu’il m’a fait !

À ces mots Justine retroussa les manches longues de son Tshirt blanc pailleté d’argent et Sophie découvrit de longues marques bien vilaines remontant du poignet vers l’intérieur de son coude. Elle déglutit en voyant les cicatrices laissées par la tentative de suicide de cette belle jeune femme plus âgée qu’elle-même. Il drague toutes les belles filles qu’il rencontre et dès que la pauvre victime lui offre ce qu’il voulait, elle n’est plus bonne à rien. Tu n’imagines même pas le nombre de filles que j’ai vu lui tomber dans les bras depuis notre histoire. Il était en seconde et moi en terminale… depuis je n’arrive pas à me le sortir de la tête… Stan est si

— Est si quoi ? demanda Sophie.

— Tu comprendras quand tu auras passé un peu plus de temps avec lui, quand il t’aura fait gémir comme une dingue. Il paraît que sa première fille était une femme bien plus âgée et que lui, il avait 14 ans et que depuis il change sans cesse… Stan va avoir 18 ans, imagine le nombre de filles qu’il a baisées et trahies depuis

— Mais…

Justine se rapprocha et posa une main aux longs ongles artificiels d’un blanc nacré sur son épaule, elle serra un peu et continua…

— Laisse-le ! Stan est à moi, dès qu’il aura obtenu ce qu’il veut tu ne l’intéresseras plus… tu es une gamine, je me demande ce qu’il te trouve. Elle se rapprocha encore un peu plus terrifiant Sophie. Le charme de l’Asie sans doute, l’envie de trousser une oie blanche. Il est à moi, tu m’entends ?

— Oui, murmura à peine l’adolescente effrayée.

Justine se fit de plus en plus menaçante, mais Sophie paralysée n’osait ni bouger ni crier. Stan surgit dans les toilettes pour dames et attrapa l’adolescente par le bras non sans hurler sur Justine de les laisser tranquilles. Il fit sortir Sophie en la priant de l’attendre qu’il arrivait dans un instant.

— Tu l’approches encore une fois et tu vas le regretter, crois-moi !

Le visage de Justine changea brusquement, elle adressa un sourire charmeur au jeune garçon, elle passa les bras autour de son cou et se serra contre lui, lascive, sensuelle.

— Stanje t’aime, laisse ces petites gamines… reviens-moi.

Il desserra l’étreinte de Justine, mais celle-ci en profita pour l’embrasser laissant une pellicule d’argent sombre sur ses lèvres.

— Fous-moi la paix, tu es complètement folle ma pauvre Justine faut vraiment te faire soigner ! affirma-til en la repoussant d’un geste sec.

Il tourna les talons sans attendre de réponse et s’en alla rejoindre Sophie qui l’attendait assise en compagnie d’Iwan sirotant un cocktail sans alcool. La jeune fille remarqua tout comme son frère les marques de rouge à lèvres argenté que Justine avait laissé, les paillettes sur sa joue. Le cœur de Sophie se serra, elle ne dit mot, mais préféra rejoindre Pauline sur la piste. Iwan fit signe à son frère et comme celui-ci ne comprenait pas, il se leva et se pencha vers lui.

— Tu ferais bien d’essuyer les marques laissées par Justine, je doute que ce soit du goût de ta copine.

— Oh merde !

Stan s’expulsa vers les toilettes pour hommes, devant la glace il remarqua les traces grises sur ses lèvres, sur sa joue, les petites paillettes sur le col de sa chemise. Il maudissait Justine qui décidément ne comprendrait jamais que c’était fini entre eux depuis plus d’un an. Quand il sortit des WC, il chercha Sophie du regard. Elle était ni sur l’un des fauteuils ni sur la piste, il alla voir au bar et dans les deux autres salles en vain. Il remarqua alors que son frère n’était plus là. Il alla voir Pauline et lui demandails se trouvaient.

— Ton frère l’a ramené chez ellet’es qu’un con. Si tu arrêtais de courir après tous les culs qui passent, ça n’arriverait pas.

Stan prit son téléphone et envoya un SMS à son frère et un autre à Sophie, mais aucun des deux ne lui répondit. Iwan ne lui avait pas caché que la jeune fille lui plaisait, il s’imaginait déjà que celui-ci en profitait pour la consoler.

« Iwan réponds-moi !

Où êtes-vous ? »

Le téléphone demeura silencieux.

****

Lorsqu’Iwan vit les larmes couler en silence sur les joues de Sophie il gara la Clio sur le trottoir. Il sortit un paquet de mouchoirs en papier de la boîte à gants et le tendit à sa passagère.

— Je suis désolé… Stan

— Elle m’a menacé, elle m’a dit des horreurs et lui il revient avec toutes ces marques… que voulais-tu que je pense ?

— Il ne faut pas l’écouter. Elle est complètement folle. Si tu veux, on ira au poste de police demain… Il a déjà porté plainte contre elle. L’histoire entre Stan et Justine c’est du passé, il y a plus d’un an qu’ils ne sont plus ensemble et crois-moi, elle lui a mené la vie dure. Après une main courante, mes parents voulaient porter plainte pour harcèlement ; elle ne devrait plus avoir le droit de l’approcher, c’est une vraie obsession pour elle. Mais Stan est trop gentil, il dit qu’elle est juste malade et qu’elle a besoin de se faire soigner et qu’il ne veut pas l’envoyer en prison ni lui faire du mal. Je ne sais pas si mon frère s’en rend vraiment compte mais Justine est une vrai obsédée par lui, tu verrais les photos qu’elle pote sur Facebook sur son profil.  Remarque elle fait vachement de pub pour le groupe du coup…

— Tu ne crois pas que je les ai déjà assez vus les flics avec mon frère. Tu ignores paron est tous passés depuis plus de trois ans.

C’était la goutte de trop, Sophie libéra tout ce qu’elle avait sur le cœur. Les cris de son père, les larmes de sa mère, les crises de Mathias, le voir sombrer, les soirées sans nouvelles, les flics, les perquisitions. La méchanceté de Kim. Sa tentative de suicide.

— Heureusement il y avait Élodie.

— Élodie ?

— C’est ma meilleure amie, sans elle je ne sais pas ce que je serais devenue… chaque jour elle a été là, mes parents ne se sont jamais posé la moindre question à mon sujet, est-ce que tout cela ne m’affectait pas, moi la parfaite petite adolescente, studieuse. J’ai dû tout supporter… sans jamais rien dire. Je ne supporte plus mon père qui crie sans arrêt sur mon frère, ma mère qui voudrait qu’on soit parfait, je suis même étonnée d’avoir pu sortir et qu’elle n’ai pas jeté Pauline. Tu sais Mathias c’est un gentil… mais il a de gros soucis avec la drogue, du moins il en avait et mon père sans cesse remet ça sur le tapis, ce ne sont que des reproches. Il est parti et pourquoi je ne suis pas surprise. Ma mère n’est pas mieux, elle est toujours là, à tout surveiller, tu bouges une oreille et elle trouve à redire. J’en peux plus de tout ça.

Iwan la laissa parler, il écouta sans l’interrompre pendant des heures. Puis ils se rendirent compte que les heures étaient passées, la boîte fermait dans une demi-heure. Iwan devait ramener une partie des jeunes et son frère. Stan avait cessé d’envoyer des textos depuis longtemps.

— Il faudrait que je te ramène, ta mère va se faire du souci.

— Tu pourras dire à Stan de me laisser tranquille, je ne veux plus le voir.

— Je préférerais que tu le lui dises toi-même.

— Comprends-moi, les amis de mon frère n’ont jamais fait qu’apporter des ennuis. Je t’aime bien Iwan, ton frère aussi, maistu le vois bien, j’ai déjà donné avec Kim, je ne veux plus vivre ça et Justine ne me lâchera pas. Cette fille me fiche la frousse… elle est malade.

— Je comprends, même si j’ai bien envie de te dire de ne pas te laisser pourrir par cette dingue. Elle devrait se faire soigner. Si j’étais à ta place, je ne baisserais pas les bras, mais je ne suis pas toi. Quest ce que tu éprouves pour mon frère ?

— En effet. StanStan me plaît beaucoup, mais je n’ai pas envie d’être une énième conquête de ton frère ou de toi. 

Iwan ne répondit rien, un peu vexé, démarra et se dirigea vers le quartier Saint Jean. Avant de descendre de la voiture, Sophie l’embrassa sur la joue et lui promit de le tenir au courant si elle avait des nouvelles de son frère, mais le pria de ne pas revenir.

La maison plongée dans le noir était silencieuse, elle trouva sa mère endormie sur le canapé. La jeune fille déposa un plaid bleu sur le corps endormi et monta à l’étage. Le bip caractéristique d’un nouveau message arriva, un MMS envoyé depuis le smartphone de Stan, en réalité c’était le second qu’elle recevait. Elle ouvrit le message et découvrit une photo, probablement un selfie du jeune homme dans les bras de Justine, le second lui était sans équivoque… on y voyait une petite vidéo d’un Stan a demi-nu, allongé et la main dune femme aux ongles nacrés posés sur son ventre, descendre vers la ceinture et défaire son pantalon. Le petit film s’arrêtait là. Sophie sentit son estomac se nouer, les larmes lui monter aux yeux. Elle jeta le téléphone sur son lit et courut vers la salle de bain où elle s’expédia sous la douche. La jeune fille pleura longtemps. Quelques heures plus tôt, elle en avait parfaitement conscience, si Stanislas l’avait désiré, elle lui aurait donné ce qu’il aurait voulu, pour lui elle s’était sentie prête à s’abandonner. Pourtant ils se connaissaient depuis peu, mais Stan avait sur elle un effet inattendu, qu’elle découvrait, il n’y avait pas que du désire elle avait envie de plus que ça. La soirée avait été intense si intense…

— Stan… murmura-telle pour elle-même.

Le souvenir de ses lèvres, de ses mains, de son parfum faisait renaître toutes les sensations éprouvées au cours de la soirée dans ses bras. Toutes les paroles de Pauline prenaient leur sens. Elle laissa l’eau couler sur son visage jusqu’à ce que plus aucune larme ne coule, elle se lava, sécha ses cheveux et avant d’aller éteindre la lumière, elle effaça tous les messages de Stan sans les lire.

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Artbook http://www.nathy.fr/artbook/ http://www.nathy.fr/artbook/#respond Tue, 20 Aug 2019 09:28:58 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1296 IL y a quelques années, à la lancée des éditions Lune-Ecarlate, un projet de deux arbooks avait été lancé, l’un sur mon univers graphique le second était un peu différent car il s’agissait toujours de graphisme mais avec un rapport direct avec mes romans vampiriques. Il s’appelait donc Le Bloody […]

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IL y a quelques années, à la lancée des éditions Lune-Ecarlate, un projet de deux arbooks avait été lancé, l’un sur mon univers graphique le second était un peu différent car il s’agissait toujours de graphisme mais avec un rapport direct avec mes romans vampiriques. Il s’appelait donc Le Bloody Artbook. Le projet a été monté jusqu’à sa version finale mais… parce qu’il a bien fallut un mais… le maquettiste avait fait une erreur et ne l’a jamais corrigé et n’ayant jamais eu entre les mains le fichier de travail de Indesign la correction n’a jamais pu être faite.

Des années plus tard, je choisis de partager avec vous ce projet en PDF dans sa version légère… Ce n’est pas imprimable dans l’état… mais au moins j’espère qu’il vous fera plaisir ne serait ce que pour son contenu.
Donc si vous aimez mes romans, les vampires et les images il est pour vous.


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Chapitre 4 http://www.nathy.fr/chapitre-4/ http://www.nathy.fr/chapitre-4/#comments Mon, 19 Aug 2019 08:53:58 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1290 Chapitre 3 Chapitre 5 Des cris, des bruits vinrent de la chambre de Mathias dans la soirée peu avant de passer à table. Le jeune homme descendit en trombe de sa chambre, sortit et enfourcha sa moto avant de disparaître sans un mot. Quand sa mère ne le vit pas […]

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Des cris, des bruits vinrent de la chambre de Mathias dans la soirée peu avant de passer à table. Le jeune homme descendit en trombe de sa chambre, sortit et enfourcha sa moto avant de disparaître sans un mot. Quand sa mère ne le vit pas revenir alors qu’il était déjà plus de 22H, elles commencèrent à s’inquiéter un peu plus.
Que s’était-il passé ?

Lan Anh puis Sophie tentèrent de le joindre en vain. Sa sœur lui envoya un message, puis encore un autre, elle finit par recevoir une réponse.

Foutez-moi la paix !

L’adolescente en informa sa mère, mais ne put réponde à ses questions, elle-même ignorait les raisons de ce départ brusque. Il n’était pas loin d’une heure du matin quand le bruit d’un moteur se fit entendre dans l’allée. Lan Anh poussa un soupir de soulagement, Mathias était de retour. Quand il entra, il évita toutes les questions et devant sa mine défaite, pour une fois elle n’insista pas. Sophie qui avait fini par se coucher entendit son frère dans la pièce contiguë, il lui sembla percevoir comme des sanglots, aussi elle se leva, enfila le peignoir de satin bleu nuit qu’Élo lui avait offert par-dessus la nuisette assortie et se faufila dans le couloir. Elle gratta à la porte de Mathias, mais celle-ci était fermée à clé, personne ne lui répondit quand elle l’appela, alors, elle retourna se coucher. Inquiète pour son frère elle dormit mal.

Mathias quant à lui ne dormit pas de la nuit, il resta assis sur le sol en appui contre le mur pendant des heures. La fenêtre ouverte lui envoyait les bruits de la nuit qu’il n’écoutait pas. Le regard perdu dans le vague, toute vie semblait l’avoir quitté, quand son réveil sonna, il se leva tel un automate, prit sa douche et le miroir de la salle de bain lui envoya un reflet fatigué, des cernes sous ses yeux aux pupilles dilatées. Son poing atterrit dans la vitre et la fendit, un peu de sang s’accrocha aux morceaux brisés. Il enfila les premiers vêtements venus et partit pour le lycée sans un mot.

— Vous avez tous les deux la tête des mauvais jours, vos copains vont finir par croire que l’on a enterré quelqu’un.

— Tu as vu Mathias ?

— Entre aperçus serait plus juste, il avait une sale tête.

— J’ai mal dormi, mais je crois que lui n’a pas dormi du tout… Maman, je crois qu’il ne va pas bien… Tu sais il est très amoureux de sa copine.

— Il est jeune, il en trouvera une autre.

— Je crois que tu ne comprends pas, Kim est une saloperie, mais il en est fou amoureux. Qu’est-ce que tu dirais si papa s’en allait à l’autre bout de la terre ?

— Paris ce n’est pas l’autre bout de la terre, mais je crois que je serais triste, il me manque déjà quand il s’en va quelques jours. Quand nous étions jeunes mariés, il est parti pendant quelques mois à l’étranger, ça a été très difficile.

— Alors tu peux comprendre.

Sophie aperçut son frère au cours de la matinée, il affichait un air morose. Amélie les avait invitées à les rejoindre à la cafétéria, Stan en profita pour s’asseoir à côté de la jeune fille et tenta de faire connaissance, quant à elle, elle observait son frère sans vraiment faire attention à ce que le chanteur des Children of Styx lui racontait. Mathias ne décrochait pas un mot, il pianotait sur son smartphone sans faire attention à ceux qui l’entouraient. Elle se promit de lui parler le soir même. Quand elle rentra chez elle en fin de journée, la moto de Mathias n’était pas là bien qu’il finit une heure plus tôt qu’elle. Les heures passèrent et son frère n’était toujours pas de retour. Lan Anh veilla toute la nuit guettant le retour de son fils. Bien qu’il ne soit pas encore majeur, ce n’était pas la première fois qu’il découchait.

Inquiète, elle tourna en rond jusqu’au petit matin, ses appels demeurèrent sans réponses, ni même les SMS. Quand il fut évident que Mathias ne rentrait pas, elle appela son mari. Quand il décrocha, Paul se rendit compte que quelque chose n’allait pas, sa femme était au bord des larmes.

— Mathias n’est pas rentré.

— Il rentre toujours, il est peut-être resté chez un copain. Si le lycée appelle, ce sera plus problématique et Sophie, elle ne t’a rien dit ?

— Elle ne sait pas où est son frère.

— Elle doit bien connaître ses copains ou du moins les gens de sa classe, tu m’as dit qu’il allait peut-être jouer dans un groupe, ils savent peut-être quelque chose.

Quand Sophie se leva, elle avait les traits tirés, elle aussi n’avait pour ainsi dire pas dormi. Sa mère l’emmena un peu plus tôt au lycée avec l’espoir d’y trouver son fils. La moto n’était pas sur le parking, elle regarda le planning qu’il lui avait donné quelques jours plus tôt, mais le vendredi il commençait sa journée à 10H, elle rentra chez elle dépitée.

Quand Pauline vit la tête de son amie, elle lui dit.

— Mais qu’est ce que t’as fait ? Tu as fait la fête toute la nuit, tu as vu la mine que tu tires.

Les larmes aux yeux, Sophie lui répondit.

— J’aurais préféré, mon frère n’est pas rentré… il ne répond pas ni aux appels ni aux SMS. Déjà mercredi soir quelque chose n’allait pas, il est parti et est rentré à 1H du mat, et je suis certaine qu’il n’a pas dormi de la nuit.

— T’affole pas comme ça Mathias est un grand garçon, je suis sûre qu’il ne lui est rien arrivé, il a peut-être dormi chez un pote ou avec une fille.

— Une fille ? Ça ne risque pas !

— Ton frère est gay ?

— Pas du tout, mais il a une copine et c’est plutôt le genre fidèle, il en est raide dingue… tu sais bien c’est à cause d’elle que j’ai pris une mega baffe.

— Demande à ses potes à la pose de 10 H. T’es sûre de les trouver ou à midi.

— Stan n’est pas dans sa classe peut-être qu’il est déjà là.

— Aucune idée, on va au Sas, il y est peut-être.

Les deux jeunes filles se rendirent à ce que les élèves appelaient le SAS, un petit espace aménagé à proximité de l’internat où bon nombre d’élèves se retrouvaient surtout parmi les sections artistiques. Mais elles n’y trouvèrent pas les frères Jarosz. Personne n’avait vu Stan ni Mathias. En cours, Sophie se fit rabrouer par madame Bernardin parce qu’elle n’écoutait pas vraiment le cours.

A 10H, Sophie se précipita vers le SAS, Pauline à ses trousses. Elle ne trouva pas ceux qu’elle cherchait.

— Ils sont peut-être aux grilles en train de fumer, suggéra la fille aux cheveux fuchsia.

Pas de traces d’eux non plus.

— Mais ce n’est pas vrai !

— Ils ont peut-être séché les cours tous ensemble… ils commencent bien l’année fit observer Pauline.

— Mmm…

Sophie reçut un SMS de sa mère, lui demandant si elle avait des nouvelles de son frère.

— Allez viens, calme-toi, on va le retrouver ton frangin, il est peut-être dans le petit bois ou dans un des « squats » à proximité.

— Que veux-tu qu’il fiche là-dedans ?

— Pas mal d’élèves y vont, il y a des bâtisses désertes, ils y fument, y font des tags et parfois même certains y niquent.

— Je n’aurais jamais le temps de tout faire.

— Viens, on va au foyer en passant par le petit bois.

Là elles y trouvèrent d’autres élèves, mais personnes qu’elles ne cherchaient, arrivé au foyer il était temps de retourner en cours. Sophie regardait l’heure à sa montre toutes les cinq minutes.

— Mademoiselle Nguyễn vous êtes donc si pressé de quitter le cours, auriez-vous peut-être si faim, laissez donc cette pauvre montre, la rabroua son professeur d’anglais.

À midi, elle sortit de cours telle une fusée.

— Hé attends-moi !

Cette fois elle trouva Stan et Iwan installés au SAS. Sophie se dirigea droit vers eux.

— Vous avez vu Mathias ? demanda-t-elle de manière peu civile.

— Bonjour ça ne t’écorcherait pas ! fit remarquer Iwan.

— Moi je veux bien être ton Mathias, répondit Stan avec un large sourire. Assieds-toi donc, tu vas nous expliquer tout ça, car nous on ne connaît pas de Mathias.

— Je crois qu’elle parle de Anh Dũng.

— Oui je le cherche partout !

Devant l’air paniqué de la jeune fille, Stan lui fit une place entre son frère et lui-même. Ils demandèrent aux autres de les laisser seuls, aussi les deux frères, Sophie et Pauline restèrent seuls au SAS.

— Ton frère n’est pas venu en cours ce matin.

Sophie éclata en sanglots. Stan qui ne comprenait pas ce qui se passait l’attrapa par les épaules.

— Qu’est-ce qui se passe ?

Entre deux sanglots, elle leur expliqua que son frère avait disparu la veille et qu’il ne répondait pas. Elle espérait qu’il était avec eux. Stan en profita pour la serrer contre lui, décidément la sœur du guitariste lui plaisait beaucoup.

— Si tu veux, on va le chercher ensemble. Hier, on a bien vu que quelque chose n’allait pas, mais on ne se connaît pas encore assez. Il n’a pas décroché un mot.

— Pareil en cours, on ne l’a pas entendu, d’un autre côté ton frère n’est pas très loquace… et il a séché ceux de fin d’après-midi.

Stan passa un pouce léger sur les joues inondées de Sophie.

— Viens, on va voir si on le trouve.

Stan se leva et lui tendit la main pour l’aider à se relever. Son frère en fit de même et ils firent tous quatre le tour de l’établissement. Pauline proposa d’aller acheter un kebab à chacun et de se retrouver sur les pelouses. La moto de Mathias n’était pas là et ils ne trouvèrent aucune trace de lui. Quand Pauline tendit son kebab à Sophie, celle-ci n’en voulut pas.

— Je n’ai pas faim.

— Tu devrais manger un peu, au moins la moitié, lui conseilla Stan. Je prendrais le reste si tu veux.

Il attrapa une fritte et la lui tendit, sa gentillesse, ses attentions eurent raison de la morosité de Sophie. Après le repas, Stan et Iwan l’emmenèrent dans tous les coins où les lycéens se retrouvaient, des maisons abandonnées du quartier, l’un et l’autre appelèrent d’autres personnes en donnant le signalement de Mathias, mais personne ne l’avait vu, les heures passèrent en vain. Ils n’étaient pas retournés en cours et malgré leur bonne volonté il fallut bien se rende à l’évidence, son frère avait disparu. Sophie avait informé sa mère heure par heure, celle-ci n’avait même pas reproché à sa fille de n’être pas allée en cours. La disparition de Mathias chamboulait la famille Nguyễn Văn Lô, d’autant plus avec le passif du jeune homme.

Il y avait déjà un moment que les cours étaient terminés quand Lan Anh demanda à sa fille de rentrer.

— On va te ramener chez toi.

Ils montèrent tous trois dans la petite Clio verte d’Iwan et partirent vers le quartier Saint-Jean. Elle s’arrêta quelques minutes plus tard devant la villa. Madame Nguyễn les invita à entrer, désirant faire connaissance avec les musiciens avec qui son fils devait jouer et qui avaient aidé sa fille.

— Nous sommes désolés, madame, nous avons cherché tout l’après-midi, mais personne ne l’a vu. Vous n’avez pas une idée de qui il aurait pu aller voir ?

— On vient d’arriver, je crois que mon frère ne connaît personne d’autre que vous. Je ne vois pas où il aurait pu aller. Je reviens je vais poser mes affaires.

Stan suivit Sophie du regard, il n’imaginait pas que cette fille qui lui plaisait viendrait vers lui dans de telles conditions, il aurait préféré apprendre à la connaître autrement. L’adolescente posa son sac dans un coin de sa chambre envoya un rapide SMS à Élodie qui l’en avait inondé.

Salut Élo,

Désolé peux pas te parler pour le moment. Mathias a disparu.

Bisou !

Sophie entra dans la chambre de son frère, espérant peut-être trouver un mot, quelque chose. Elle trouva un véritable chantier, lui toujours aussi ordonné avait laissé une pagaille innommable, pire elle retrouva une de ses guitares brisée comme si il s’était acharné dessus, les restes de plusieurs joints qu’elle subtilisa et jeta dans les toilettes, en ressortant elle découvrit le miroir brisé de la salle de bain, le sang sur les débris. Elle sortit précipitamment en criant :

— Maman !

Sa mère monta suivit des frères Jarosz.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Viens voir !

Le cœur de Lan Anh se serra, craignant le pire, elle resta effarée sur le pas de la porte devant la pagaille qui régnait, les Cds renversés, les restes de la guitare, les feuilles éparses par terre, le sang sur la moquette et pour finir le miroir en morceaux.

— Mathias… mon Dieu qu’as-tu fait ? C’était sa guitare préférée, mais que s’est-il passé ici ? Ses partitions.

— Oui c’est celle qu’il avait achetée avec Kim.

— Kim ? demanda Iwan.

— La petite amie de mon frère.

— Regardez si vous trouvez quelque chose.

Les trois adolescents cherchèrent parmi les feuilles éparses si Mathias avait laissé quelque chose, un mot, une explication. Stan tenta de triller les partitions, les textes des chansons écrites par le frère de Sophie, un texte attira son attention.

— Sophie… tu connais cette chanson ?

La jeune fille prit le texte entre ses doigts, elle ne semblait pas finie et ses paroles ne lui disaient rien, mais le contenu du texte lui était sans équivoque. Il s’était passé quelque chose entre Kim et Mathias, le refrain était celui d’un amour déçu, d’un cœur brisé.

Pressentant le drame familial, Iwan suggéra qu’il était peut-être l’heure de partir. La mère de Sophie qui était devenue pâle, les pria de rester, elle ne se sentait pas la force de rester seule avec Sophie, elle-même au quatrième dessous.

— Sophie commande des pizzas s’il te plaît.

Les trois adolescents descendirent au rez-de-chaussée, Stan proposa une pizzeria en disant que c’était une des meilleures.

— Je te conseille la Macho ou la 4 Fromages.

— Deux de chaque, ça vous paraît bien ?

— Oui nickel !

La jeune fille se retenait de pleurer devant finalement deux inconnus. Où pouvait-être son frère, mais sa plus grande peur était qu’il ait eu un geste inconsidéré. Demander lui brûlait les lèvres, ce quelque chose qu’elle n’osait formuler. Stan s’approcha d’elle, il posa une main douce sur sa joue.

— Quelque chose te met la tête à l’envers, à quoi penses-tu ?

Sophie leva les yeux vers lui, des yeux humides où les larmes menaçaient de déborder à chaque instant. Elle fit un effort surhumain pour oser formuler ce qui la taraudait.

— Il y a un endroit où les gens vont se suicider ?

— Oui, pas très loin d’ici tu veux que l’on aille voir ?

— J’y vais affirma Iwan, restes là avec elles. On ne sait jamais.

Iwan sortit et regagna sa voiture, il partit en direction de Néris-les-Bains, une petite ville thermale où passait un pont surplombant la rue des Moulins d’une belle hauteur. On y avait même fait du saut à l’élastique quelques années plus tôt. Moins de dix minutes plus tard, les phares de sa voiture éclairaient les lieux. Il descendit et fit le tour. Il monta jusque sur le pont désert, ne voyant personne il envoya un SMS à Stan afin de rassurer Sophie. Quand le bip retentit sur le portable du jeune homme, l’adolescente le fixa osant à peine respirer.

— Il n’y a rien. Te voilà rassurée ?

Elle éclata en sanglots contre son torse. Surpris Stan la laissa faire. Quand Iwan revint, elle commençait à peine à se calmer. Lan Anh redescendit à peu près au même moment après avoir appelé son mari.

— Mangez sans moi, je vais appeler le commissariat, ton père ne peut pas rentrer pour le moment. J’imagine que tu n’as aucune idée d’où il peut être.

— Je crois que le souci vient de Kim… il est peut-être parti à Paris.

— En moto ? Avec un 80cc ? Non je pense qu’il aurait pris le train, rétorqua la mère de Mathias

La sonnette de la porte retentit, madame Nguyễn se précipita sur la porte, mais ce n’était que le livreur de pizza.

Ils s’installèrent sur le comptoir de la cuisine américaine et se partagèrent les pizzas. Le cœur n’était pas aux discussions, tous mangèrent en silence. La mère de Sophie toucha à peine à son assiette tant elle était préoccupée.

N’y tenant plus, Lan Anh appela police secours malgré l’heure tardive afin de leur signaler la disparition de son fils. Une demi-heure plus tard tandis que les trois adolescents débarrassaient et nettoyaient la vaisselle, un officier de police se présenta. Il reposa les mêmes questions qu’elle avait faites aux frères Jarosz et à sa fille. Il nota l’immatriculation de la moto, le numéro de téléphone du disparu, celui de sa petite amie à Paris, les noms et prénoms de ses amis qu’il fréquentait quand ils habitaient encore la capitale. C’était un peu gênée qu’elle lui apprit que Mathias était déjà connu des services de police à Paris.

— Savez-vous s’il consomme toujours des stupéfiants ?

— Pas à ma connaissance. Nous sommes ici depuis une dizaine de jours, il est resté à peine plus de deux jours au lycée, je ne sais vraiment pas quoi vous dire de plus. Je crois bien que les seules personnes qu’ils côtoient depuis que l’on est arrivé sont déjà ici.

Les deux frères confirmèrent, Mathias ne parlait pas à grand monde, il ne cherchait pas à nouer contact. Sophie signala que son frère se faisait la plupart du temps appeler par son second prénom. Elles affirmèrent qu’elles avaient contacté la famille sur Paris au cas où il les contacterait, mais après ce qui s’était passé l’année précédente, le jeune garçon n’entretenait plus de bons rapports avec ses grands-parents. Le policier demanda à voir la chambre de l’adolescent, il en fit le tour nota le désordre inhabituel, quelques vêtements manquaient ainsi qu’un sac. Visiblement Mathias était repassé à l’appartement pendant l’absence de sa mère le jeudi après-midi. Quand il finit ses interrogations, il demanda à Lan Anh qu’elle ou sa fille reste en permanence au domicile au cas où il prendrait contact ou revienne. Le policier retourna au commissariat en l’assurant qu’elle serait tenue informée de l’enquête. Les frères Jarosz s’apprêtaient également à prendre congé, ils attendirent quelques minutes après que le policier soit parti.

— Nos potes nous attendent, tu veux venir avec nous Sophie ? Ça te changerait les idées, si ta mère veut bien. Sinon on repassera demain si vous voulez, proposèrent-ils, on ne sait jamais peut-être que Anh Dũng sera rentré ou aura donné de ses nouvelles.

— Merci c’est gentil. Vas-y Sophie cela te fera du bien. Madame Nguyễn avait beaucoup apprécié les deux frères, leur gentillesse. Elle les trouvait si différents des amis parisiens de son fils. Elle se sentait en confiance et poussa Sophie à partir avec eux. Je ne vous demande qu’une chose, c’est de ramener ma fille en entier, sans problèmes.

— Ne vous inquiétez pas, je suis le capitaine de soirée, je le suis toujours en fait, affirma Iwan en agitant les clés de sa Clio. Je prendrais soin de votre fille comme si c’était ma petite sœur. Et Iwan était sérieux, du haut de ses vingt ans il prenait très à cœur ses responsabilités. Les Jarosz étaient une famille très soudée.

L’adolescente hésita, mais le sourire, l’insistance des deux frères eurent raison de ses scrupules à laisser sa mère seule. Elle se retourna vers Lan Anh qui lui confirma qu’elle pouvait partir.

— Aller, dépêche-toi tes amis vont être en retard.

— OK, je vais prendre une douche et me changer et j’arrive.

— Évite de mettre deux heures, lui dit Iwan pendant qu’elle montait déjà les escaliers.

Sophie s’expédia sous la douche et dix minutes plus tard elle se séchait. Après un maquillage léger pour cacher l’hématome qui ornait sa joue, elle enfila le seul jean slim noir qu’elle possédait et un chemisier blanc à nouer agrémenté d’une paire de sandales beiges à petits talons. Une demi-heure après être monté, elle retrouva les deux frères au salon.

— Ça va, je n’ai pas été trop longue ?

— Nickel, t’inquiètes t’es moins longue que Stan. On y va on doit aussi passer chez nous prendre une douche et nous changer. 

Sophie embrassa sa mère et partit avec les deux frères. Elle découvrit ainsi la villa des Jarosz, une fort belle maison que leur père avait lui-même construite, elle aima les couleurs chaudes de cette demeure aux tons méditerranéens.  Tout le monde était soit couché soit déjà sorti. Aussi Stan fit entrer l’adolescente dans sa chambre pendant qu’il allait se préparer.

— Fais comme chez toi !

Sophie regarda autour d’elle, curieuse de découvrir l’antre du jeune homme. Une chambre bien loin de celle que l’on peut imaginer chez un ado, artiste de surcroîts…  La pièce plutôt grande était parfaitement rangée, les murs blancs ornés de photos monochromes de musiciens, le mobilier noir laqué donnaient une touche graphique à l’ensemble. La seule touche de couleur était un rouge intense de quelques coussins, des fleurs et celui des instruments de musiques, un clavier à côté duquel une pille bien alignée de partitions et de textes reposaient.  La bibliothèque l’attira rapidement, elle y trouva bon nombre de biographies de musiciens, des ouvrages divers concernant la musique, mais aussi des romans fantastiques, de la fantasy, des thrillers…. la collection de CD’s et de vinyles la laissa rêveuse, des albums inédits, des originaux, du métal en passant par le jazz ou de la musique classique. Elle pensa à son frère qui en cet instant était elle ne savait où, mais qui aurait bavé devant certain des titres présents. 

N’osant rien déranger, Sophie s’installa sur le fauteuil face à l’ordinateur, elle feuilletait une revue musicale restée sur le bureau quand Iwan entra. 

— Il n’est pas prêt… pourquoi je ne suis pas surpris… Stan est pire que certaines filles… au moins toi tu n’as pas mis des plombes… Tu veux boire quelque chose ? Il fait chaud ce soir.

— Je veux bien.

L’adolescente suivit le jeune homme au rez-de-chaussée, elle s’installa avec lui dans la cuisine et ils discutèrent de musique en attendant que Stan soit prêt. Une demi-heure après le cadet les rejoignit.

— Ça y est tu t’es fat belle ? le taquina son aîné. 

— Oh ça va !

— J’envoie un SMS à Jordan. Une fois fait il les invita à le suivre. 

Ils reprirent la Clio et partirent vers le centre-ville où se situait la boîte de nuit, où ils se rendaient presque tous les week-ends. Leurs copains les attendaient installés sur des fauteuils, quelques bouteilles face à eux. Amélie les vit arriver et s’avança vers eux.

— Bin alors vous étiez passé où ? T’es pas venu en cours cet après-midi.

— Non, il y avait une urgence, Anh Dũng a disparu.

— Comment ça disparu ?

— On pense qu’il a fait une fugue lui apprit Sophie.

— Oh merde, mais pourquoi ?

— C’est compliqué, une histoire de fille, je crois, ajouta Iwan. 

— Outch.

— C’est un peu plus compliqué que ça, mais mon frère est dingue de cette fille et il supporte mal la séparation, mais c’est une vraie pétasse.

L’adolescente se retrouva assise entre les deux frères, ils faisaient leur possible pour qu’elle se sente à l’aise et lui faire oublier ses soucis. Iwan lui faisait penser à son frère, à la manière qu’il était avec elle, avant Kim et que les drogues ne le changent. Stan lui se sentait attiré par la jeune fille, elle lui plaisait beaucoup, elle le troublait même. Il finit par lui proposer la sentant soucieuse :

— Tu veux aller prendre un peu l’air, il fait chaud ici.

— Oui avec plaisir.

— Attends-moi trente secondes.

Stan se dirigea vers son frère sur la piste de danse.

— Tu peux me passer les clés de la Clio ?

Iwan fronça les sourcils.

— Tu ne vas pas me dégueulasser les sièges et…

— Iwan, je voulais prendre juste une bouteille d’eau et des mouchoirs rien d’autre.

— MMM…

Son frère lui tendit les clés malgré ses doutes. 

Stan revint vers Sophie et la prit par la main. Il l’entraîna sur le parking et lorsqu’elle le vit ouvrir la voiture, elle eut une hésitation un bref instant, mais il ne l’invita pas à entrer, il en sortit une bouteille d’eau et des mouchoirs qu’il mit dans ses poches. Referma la voiture.

— On sera mieux au bord de l’eau, non ?

Stan la prit par la main de nouveau et le jeune couple partit vers les berges du Cher à quelques pas. Ils marchèrent en silence durant quelques minutes puis le jeune homme l’invita à s’asseoir sur un des bancs installés sous les arbres. 

— Ça va aller ?

— Non, fit Sophie tout en secouant sa tête de gauche à droite. Non… je… et elle éclata en sanglots.

Stan s’y attendait, il comprenait sa détresse, lui il avait envie de la voir sourire, il la prit contre lui et la sœur de Mathias posa sa tête sur son épaule. Là elle déversa tout ce qu’elle avait sur le cœur. Stan l’écouta en silence, et lui tendit un mouchoir de temps à autre. 

— Les policiers le retrouveront.

— J’ai peur qu’il fasse une connerie… 

— Il ne faut pas… il ne prend plus rien n’est-ce pas ?

— Non, mais… ce sont mes parents et le juge qui l’ont forcé à faire une cure de désintox… lui il n’en avait pas envie et Kim ce n’est pas elle qui va l’en empêcher… c’est le genre à avoir les narines pleines de coke ou une seringue dans le bras… c’est à cause d’elle qu’il a plongé.

— Aie !

— Comme tu dis.

— Aller sèche moi ces larmes, tu vas bientôt ressembler à un lapin malade. Je t’imagine bien avec de grandes oreilles et un petit nez rose.

Voir ce grand jeune homme se dandiner en tentant d’imiter l’animal provoqua le fou rire de Sophie malgré sa tristesse.

— Ah voilà c’est comme ça que je t’aime ! 

Stan se figea en se rendant compte de ce qu’il venait de dire alors qu’il tenait le visage de Sophie entre ses mains. Troublé par ce geste, ses paroles, il se pencha vers elle et effleura ses lèvres. Tous deux sentaient des papillons valser dans leurs entrailles. Sophie répondit à ce baiser chaste et le jeune homme l’attira vers lui pour un second baiser beaucoup moins sage. Son rythme cardiaque accéléra d’un coup, de la sueur nimba ses tempes et un désir brutal, impétueux l’étreignit. L’une des mains du chanteur descendit le long de son dos pour s’attarder sur ses reins. Ils échangèrent un long et profond baiser qu’aucun des deux ne désirait vraiment interrompre. 

Sophie était aussi surprise qu’enchantée. Stan lui plaisait beaucoup, pire elle avait ressenti un véritable coup de foudre pour l’autre adolescent. Quand elle sentit sa main sur la peau de son dos, ce contact léger et chaud, cette caresse douce elle émit un soupir de plaisir. Jamais elle n’avait ressenti cela, que ce soit avec Dao ou Hugo. Stan la faisait frémir et elle se laissa faire quand il l’invita à s’asseoir à califourchon sur ses genoux face à lui. 

Lui aussi était surpris tant par ce désir impétueux que par le maelstrom d’émotions qui l’assaillait. Il l’attrapa par la taille et la plaqua contre lui avant de reprendre ses baisers, il butina sa gorge, remonta le long de ses maxillaires jusqu’à sa bouche qu’il prit d’assaut, arracha des gémissements de plaisir à la jeune fille. En cet instant, il remercia le destin qu’elle ne se soit pas mis en jupe, il était certain que si elle n’avait pas choisi un jean, ils seraient en train de faire l’amour sur ce banc… et il n’avait pas envie de ça, pas avec elle. Il l’imaginait plutôt allongée, nue sur son lit.  Il était presque certain que Sophie était encore vierge. 

Stan ne voulait pas être celui qui lui ferait perdre son pucelage de cette manière, à la va-vite sur un banc public. Il était certain qu’elle lui en voudrait, même si elle répondait à ses baisers, à ses caresses avec la même fièvre, il la sentait hésitante, un brin maladroite.

Il finit par la repousser doucement, reprit ce beau visage entre ces mains et plongea son regard dans les iris noirs de Sophie.

— Qu’est-ce qui nous arrive ? 

Stan ne put voir dans la pénombre le rouge monter aux joues de l’adolescente. Il effleura une nouvelle fois cette bouche qu’il avait envie de dévorer puis il l’invita à se relever.

— On devrait rentrer…

Elle acquiesça sans mot dire, Stan passa son bras autour de sa taille et ils retournèrent dans la boîte sans un mot. Il ne la lâcha pas de la soirée sous le regard étonné de ses copains et de son frère. Ils repartirent vers cinq heures tous trois en direction de la villa des Nguyễn Văn Lô.

Au moment de lui dire au revoir, Stan posa sa main sur le cou de la jeune fille et lui demanda si ça allait aller. Il lui donna son numéro de téléphone et lui fit promettre de l’appeler si il y avait du nouveau ou si elle avait besoin de parler à quelqu’un. Il l’embrassa sur le front et s’engouffra dans la Clio. Sophie regarda les feux arrière disparaître et se sentit vide d’un coup. La journée avait été intense et si il y avait bien quelque chose à laquelle elle ne s’attendait pas, c’était bien de recevoir de l’aide de la part des frères Jarosz qu’elle connaissait à peine et qui finalement connaissaient peu son frère. Les potes parisiens de Mathias ne se seraient pas donné cette peine et pourtant elle les connaissait pour certains d’entre eux depuis aussi longtemps qu’Élodie.

Sophie dormit très mal encore cette nuit-là, elle trouva le sommeil tandis que le soleil était déjà levé et fut réveillée par la sonnerie de son téléphone portable alors qu’il était presque midi. Encore à moitié endormie, elle répondit d’une voix ensommeillée. Le timbre chaud de Stan la sortit de cet état à moitié comateux.

— Bonjour… Je suis désolé de te réveiller, je pensais que tu serais déjà levée.

— Bonjour, qu’est ce qu’il y a ?

— Je voulais juste savoir si vous aviez des nouvelles, le commissariat m’a appelé ce matin pour me poser de multiples questions et… j’ai envie de te voir.

— Je ne sais pas… j’ai pas réussi à m’endormir avant le matin… excuse-moi d’être grognon, mais là je dormais bien.

— Je vais te laisser te reposer alors, nous passerons dans l’après-midi, on a annulé la répétition…

— OK, c’est gentil de t’inquiéter, puis elle raccrocha.

Sophie reposa son smartphone d’une main lourde et ne tarda pas à se rendormir.

Au rez-de-chaussée, Lan Anh tournait en rond comme un lion en cage. Toute la nuit elle avait tenté de joindre son fils. Elle avait bu des litres de thé, appelé son mari de nouveau. La mère du fugueur était morte d’inquiétude. Sans cesse elle regardait l’heure que ce soit sur la pendule murale, à sa montre ou sur son téléphone mobile. Les heures semblaient s’égrener avec une extrême lenteur. Mathias ne donnait toujours pas signe de vie. Elle avait appelé le meilleur ami de son fils, mais celui-ci lui avait affirmé n’être au courant de rien. Elle insista :

— Fabien, s’il te plaît promets-moi de me prévenir si tu as de ses nouvelles, nous sommes si inquiets.

— Ouais ouais, vous inquiétez-pas, lui répondit-il entre deux bouffées.

Lan Anh avait vu l’adolescent changer, du gamin adorable qu’elle avait connu lorsque son fils était entré en maternelle, il était devenu ce jeune garçon je-m’en-foutiste, dont tout semblait le désintéresser, ne respectant rien ni personne. Paul et elle-même n’avaient pas compris les raisons d’un tel changement et Mathias l’avait hélas suivit dans ses travers. Elle envisageait même que Fabien mente. Elle n’eut pas l’occasion d’en dire plus qu’il avait déjà raccroché, quand elle tenta de le rappeler, il coupa l’appel et elle tomba sur sa boîte vocale. Elle envisagea d’appeler Kim, mais la jeune fille avait changé de numéro.

Sophie trouva sa mère attablée devant un thé fumant en train de regarder son téléphone pour la énième fois.

— Maman tu devrais aller te reposer un peu.

— Non c’est bon. Dis-moi as tu le numéro de Kim ?

— Non, je l’ai supprimé il y a longtemps, cette garce je tenais à l’éviter.

— Sais-tu qui on pourrait contacter, tu connaissais les amis de ton frère.

— Oui, mais il y a un moment que je les évitais, à part Fabien je n’avais pas les numéros des autres.

— Tu ne connais pas leurs adresses ?

— Pas vraiment, tu sais ses potes je les évitais comme la peste. Je peux toujours voir si j’ai le numéro de Dao le petit frère de Kim. Il faut que je retrouve mon ancien téléphone j’avais laissé les numéros sur le portable quand vous m’aviez demandé de ne plus aller avec Mathias.

— Et Élodie ?

— Quoi Élodie ?

— Elle les connaissait aussi.

— Oui, mais Élodie n’est pas là, elle est au mariage d’un de ses cousins ce week-end.

— Quelle poisse ! Mas ce n’est pas vrai on ne va jamais le retrouver !

— Mais si !

Sophie prit sa mère dans ses bras et tenta de la consoler.

— Il reviendra… même si elle n’y croyait guère. Sophie taisait ses craintes, mais le texte de la chanson lui faisait craindre le pire.

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Chapitre 3 http://www.nathy.fr/chapitre-3/ http://www.nathy.fr/chapitre-3/#comments Sat, 17 Aug 2019 14:16:06 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1264 Chapitre 2 Chapitre 4 Justine était fébrile, c’était la rentrée scolaire et l’objet de ses désirs retournait en cours. Pendant tout l’été la jeune femme l’avait suivi de loin en loin. Elle l’avait pris en photo dès qu’elle le pouvait, elle était allée voir tous les concerts du groupe où […]

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Chapitre 2

Justine était fébrile, c’était la rentrée scolaire et l’objet de ses désirs retournait en cours. Pendant tout l’été la jeune femme l’avait suivi de loin en loin. Elle l’avait pris en photo dès qu’elle le pouvait, elle était allée voir tous les concerts du groupe où il chantait. Son cœur battait pour le jeune artiste et pas un seul instant elle n’imaginait qu’il puisse battre pour un autre. Le savoir entouré d’encore plus de filles, quel que soit leur âge l’inquiétait. Elle voyait en ses adolescentes ou ses jeunes adultes autant de concurrentes.

Elle se prépara avec minutie ne laissant rien au hasard. Quelques jours auparavant elle avait noirci les pointes de sa chevelure lissée avec soin. Comme chaque jour, la jeune femme de la vingtaine  s’était fardée afin qu’aucun défaut ne vienne entacher sa plastique parfaite. Justine était une très belle jeune femme à la peau ambrée que le soleil avait parée de tons chauds. Elle rehaussa son teint d’un soupçon d’high-lighter doré, ourla ses yeux de fards dans les mêmes nuances rehaussant le bleu de ses grands yeux qu’elle souligna d’un trait de crayon noir. Elle posa de faux cils et termina par un lipstick pêche. Satisfaite du résultat elle choisit une tenue élégante et pratique qui mettait en avant les courbes de son corps fin. Quand l’image que lui rendait le miroir la satisfit, elle sortit de sa chambre pour aller prendre son café. Ses parents, des gens fort aisés, regardèrent leur fille avec tristesse. Il y a longtemps qu’ils ne faisaient plus de remarques. Ils avaient cessé de lui dire que Stan n’était pas pour elle, qu’il était trop jeune et qu’une si belle fille pourrait se trouver un jeune homme de son âge, mais elle n’avait jamais voulu les écouter. 

— J’espère que cette année sera meilleure, soupira son père ?

Justine ne lui répondit pas, elle haussa les épaules, attrapa son reflex et sortit. Elle regagna sa petite Twingo  blanc diamant, offerte pour ses vingt ans, et partit en direction du lycée Georges Sand où elle entrait en seconde année de préparatoires lettres pour la seconde fois. La circulation dense de ce jour de rentrée risquait de la retardée aussi elle choisit d’aller directement au lycée plutôt que de se rendre devant le domicile des Jarosz. Elle se gara à proximité et guetta l’arrivée de Stan.

***

Quand Stan entendit le ding annonçant l’arrivée d’un SMS, il consulta ses messages. Un mot, de Justine probablement, lui déclarait son amour. Il effaça le message comme tous les précédents sans répondre et mit son portable sur silencieux.

***

Lorsque Paul se leva très top pour aller prendre son avion à Orly pour se rendre au Japon, toute la maison était encore endormie. Il aurait préféré s’en aller  sur une meilleure situation. Il était ennuyé de partir ainsi et de laisser sa femme seule avec leurs deux adolescents à gérer.  Il se promit de les joindre une fois installé dans son petit logement à Tokyo.

***

Le petit déjeuner ne fut pas mieux que le dîner, Mathias ne descendit de sa chambre que pour sortir, monter sur sa moto et partir vers le lycée. Sa mère et sa sœur ne virent que sa silhouette passer en coup de vent. Les mots de Lan Anh l’invitant à venir les rejoindre ne reçurent aucun écho, la porte s’était déjà refermée.

Sophie restait là en silence et ne répondait que par oui ou non à sa mère. Celle-ci soupira agacée.

— Hé bien on peut dire que les discussions dans cette maison sont très enrichissantes…

Un haussement d’épaules lui répondit alors que sa fille quittait la table avant de rejoindre sa chambre pour se préparer pour ce second jour de lycée. Elle se demandait si Pauline n’allait pas l’ignorer après l’épisode de la veille. L’adolescente terminait de se préparer quand la sonnette retentit. La gifle de Mathias avait laissé des traces malgré la poche de glaçons et le fin voile de fond de teint emprunté à sa mère. Madame Nguyễn Văn Lô ouvrit et se retrouva face à une jeune fille aux cheveux fuchsia, Pauline se présenta.

— Ton amie t’attend Sophie ! Entre donc ! Sophie arrive.

Sophie descendit les escaliers à toute vitesse.

— Salut !

— Salut ! Inutile de courir on est un peu en avance pour aller prendre le bus.

Les deux jeunes filles quittèrent la maison. Sophie était soulagée, elle avait eu peur de la réaction de l’autre adolescente… qu’allait-elle penser ?

— Qu’est ce que tu t’es fait, qu’est-ce qui s’est passé demanda Pauline en désignant sa joue encore un peu enflée, mais où l’empreinte de la main de Mathias était encore visible.

— Je…

— Ce sont tes parents qui t’ont fait ça ?

— Non… C’est Mathias.

— J’espère que ce n’est pas à cause de moi.

— Non tu n’y es pour rien.

— Ça lui arrive souvent de te taper dessus ?

— Non jamais, on s’est bien chamaillé un peu quand on était gamins, mais il ne m’avait jamais frappé, dit-elle en effleurant sa joue douloureuse.

— Quelle brute… j’espère que ça ne lui arrivera pas souvent… tu sais tu pourrais porter plainte contre lui. Quel con !

— Je ne crois pas que ce soit une bonne idée… Je ne le reconnais plus depuis déjà un bon bout de temps… pourtant c’était un mec génial… si tu l’entendais jouer… j’espère qu’il arrivera à ce qu’il veut.

— Tu fais comme tu veux… et tes parents ils ont dit quoi ?

— Ça a gueulé, j’ai cru que mon père allait lui décoller la tête… ils se sont bien accrochés… mais c’est de ma faute… j’ai pas été très sympa à propos de sa copine que j’ai traitée de pouf et de salope… et je te jure que ça en est une… et lui il est si malheureux.

— Peut-être bien, mais ça ne l’autorise pas à te frapper.

— Il ne l’avait jamais fait.

— Et la prochaine fois, tu lui trouveras quoi comme excuse ? Sa Kim, elle aussi il la frappe ?

— Kim ? Ça ne risque pas… elle le mène par le bout du nez… un vrai toutou.

— Tu devrais peut-être passer une radio…

— Ce n’est rien, je t’assure.

— Si tu le dis… mais tu ne pourras pas dire que je ne t’aurais pas prévenu.

— Écoute, je connais bien mon frère et si je te dis qu’il ne recommencera pas, c’est que c’est le cas.

— C’est lui qui le dit.

— Non même pas. Je ne l’ai pas vu depuis hier. Il nous évite. Si on changeait de sujet, regarde, voici le bus.

Mathias quant à lui était donc parti sans passer par la case famille… quand il arriva près du lycée, il était bien en avance. Il chercha une boulangerie et acheta quelques croissants qu’il engloutit devant un thé dans le premier bar venu. Son petit déjeuner avalé, il enfourcha de nouveau sa moto et se dirigea vers le lycée George Sand. Arrivé sur le parking réservé aux élèves, il coupa le moteur, mais resta là sur sa moto sans enlever son casque, pensif. La tentation de faire demi-tour et de partir, il ne savait où était grande. Il hésita à remettre sa moto en route et à repartir, mais pour aller où ? Finalement, il descendit de son engin et rangea son casque dans le top case à l’arrière. Son sac sur l’épaule il se dirigea vers les panneaux d’affichage à la recherche de sa classe et de la salle où il devait se diriger. L’adolescent longea les bâtiments de l’administration sous un chemin couvert, ne prêtant guère attention aux filles se retournant sur cet Asiatique de haute taille, à la silhouette élancée tout de noir vêtu à l’exception d’une chemise immaculée. Avant leur dispute Pauline lui avait expliqué la disposition du lycée aussi, il savait à peu près où se diriger. Quand il parvint devant la salle quelques élèves étaient déjà là, il ne chercha pas à prendre contact. Mathias posa son sac par terre et s’assit sur le sol, lorsqu’un individu vint se planter face à lui il ne daigna pas lever la tête, les écouteurs sur les oreilles, il ne se rendit pas compte qu’on s’adressait à lui. Iwan eut alors la mauvaise idée de frapper doucement le genou de cet inconnu. Une poigne d’acier stoppa net son geste et avant qu’il ne saisisse ce qui se passait, l’élève se retrouva plaqué contre le mur par Mathias qui mesurait une bonne quinzaine de centimètres de moins que lui. Il ne comprit pas un traître mot de ce que cet Asiatique lui disait, mais le regard assassin, lui il le saisit sans aucun doute.

— Hé toi ! Lâche mon frère !

Stan resté parmi le petit groupe s’était approché, agressif. Mathias relâcha le grand blond, il se souvint de la discussion de la veille et en déduisit qu’il s’agissait des frères dont lui avait parlé la copine de sa sœur. Il ne voulait qu’une chose qu’on lui fiche la paix, il n’avait pas envie de parler avec quiconque. Iwan remit son t-shirt et sa veste en place du plat de la main.

— T’es malade ! Faut te faire soigner !

— Laisse Stan !

Les deux frères lui lancèrent un regard peu amène et l’abandonnèrent à sa solitude. Leur professeur de philo arriva quelques minutes plus tard, un petit bonhomme de la cinquantaine à la bedaine proéminente et souriante. Tous s’installèrent, Mathias assis à côté de la fenêtre vers le fond de la salle regardait au dehors quand il daigna observer ce qui se passait autour de lui il découvrit à ses cotés le blond qu’il avait quelque peu malmené. Iwan l’observait du coin de l’œil, la mine peu enjouée de l’autre élève l’intriguait, il comprenait que l’on puisse avoir envie de ne pas être là, mais cet inconnu s’était plus que ça, il tirait la tronche. Il tendit une main amicale vers Mathias et se présenta :

— Iwan Jarosz.

— Anh Dũng Nguyễn Văn Lô répondit Mathias en serrant la main tendue.

— Quelle option ?

— Musique.

— Génial.

Mathias mit fin à toute tentative de discussion en se tournant de nouveau vers la fenêtre. Monsieur Duclos fit l’appel, un certain nombre de têtes ne lui étaient pas inconnu quand il arriva à Mathias celui-ci ne répondit pas.

— Mathias Nguyễn Văn Lô, qui est Mathias Nguyễn Văn Lô ?

— Hé je crois qu’on t’appelle…

L’adolescent se retourna et leva la main, mais rectifia son nom.

— Anh Dũng Nguyễn Văn Lô, Mathias c’est mon second prénom.

— Pourtant..

— C’est une erreur !

— Entendu monsieur Nguyễn Văn Lô. Je vous appellerai donc Anh Dũng.

— Cảm ơn bạn1.

— Pardon ?

— Merci.

Sophie et Pauline regagnèrent le lycée depuis l’arrêt de bus en contre bas. Il y avait un petit attroupement de fumeurs devant les grilles.

— Viens, je vais te présenter quelques potes ! 

Un petit groupe de premières en pleine discussion papotait à propos de leurs vacances, de ce qu’ils avaient envie pour cette année, de la dernière soirée, des profs…

— Salut les gens, voici Sophie une petite nouvelle. Ils sont en musique et d’autres en théâtre. On y va, on se retrouve au sas ?

— Ça marche !

Elle se retourna vers Sophie.

— Bon tu ne rencontreras pas  les frères Jarosz, ils n’ont pas dû encore arriver ou ils sont déjà monté…. Je te préviens, ils sont supers, mais ce sont de vrais queutards, si tu tiens à ton petit coeur tu évites de te retrouver  dans leur ligne de mire.

Elles montèrent jusqu’à leur salle de cours pour une heure d’anglais avec Monsieur Shields, un anglais de Manchester, qui vivait en France depuis plusieurs années. La marque sur la joue de Sophie ne lui échappa pas, aussi à la fin du cours il lui demanda de rester quelques minutes.

— Sophie Nguyễn Văn Lô, c’est bien cela ?

— Oui, il y a un problème ?

— C’est plutôt à vous de me le dire… que vous est-il arrivé ? Vous avez des soucis chez vous ?

— Non pas particulièrement.

— C’est indiscret de vous demander qui vous a frappé ainsi ? Vous avez une sacrée marque. Un petit ami peut-être ?

— Non, c’est mon frère… mais ce n’est rien je vous assure. Une dispute entre nous, je n’ai pas été très sympa…

— Ce n’est pas une raison… votre frère est au lycée ?

— Oui, mais… Elle sentait les ennuis pointer le bout de leur nez. C’était un accident, il a jamais fait ça.

À la pause de 10H, monsieur Shields alla trouver le professeur principal et le CPE, il leur expliqua ce qu’il avait découvert. Il fut décidé dans un premier temps de convoquer Sophie et si besoin son frère puis leurs parents.

Monsieur Antonionni, le CPE, leur apprit que les Nguyễn Văn Lô arrivaient de Paris et que Mathias était un gamin “à problèmes” selon ses dires.

— On a intérêt à garder un œil sur le loustic… l’an dernier il est passé deux fois en conseil de discipline.

— Ah oui ? Et pourquoi donc ? demanda madame Bernardin.

— Il est arrivé saoul en cours et il a eu des problèmes de drogues, mais à l’extérieur de l’établissement, des soucis de vandalisme… Ses parents ont dû allonger la monnaie pour payer les dégâts.

— Ah oui en effet, on a hérité d’un cas social, et la sœur ?

— Rien, bonne élève, première de sa classe des soucis de santé au collège qui l’ont poussé à redoubler sa troisième. Papa ingénieur, maman professeur d’anglais et langues orientales dans le privé dans une école cotée, ça fait tache.

— Pauvre petit garçon de famille riche. Très à plaindre.

— C’est ça, donc on a intérêt à le surveiller celui-là.

— Bon j’envoie un surveillant chercher mademoiselle Nguyễn.

Sophie était à peine entrée en cours de français qu’une surveillante lui demanda de monter voir le CPE. Elle se retrouva face à monsieur Antonionni, après de brefs échanges de politesse, il en vint au cœur du souci, il voulut tout savoir, pourquoi, comment son frère l’avait frappé.

— Vous comprenez avec les antécédents de votre frère, on se montre quelque peu inquiets. Vous êtes certaine de tout me dire ? Il pourrait se montrer violent avec d’autres élèves. Ses problèmes de drogues sont-ils réglés ? J’ai vu dans son dossier qu’il avait dû faire une cure.

— Écoutez monsieur, mon frère n’est pas comme ça, il a fait des bêtises, mais il n’est pas méchant.

Quand elle partit du bureau, Mathias attendait dans le couloir, surpris de voir sa sœur en sortir. Elle envoya un texto à sa mère.

« Maman on a un souci, Mathias et moi on a été convoqués chez le CPE à cause de ce qui s’est passé hier. il m’a posé plein de questions concernant la violence de Mathias. »

— Monsieur Nguyễn Văn Lô, asseyez-vous, on a à discuter !

Mathias perplexe s’installa sur la chaise qu’on lui désignait se demandant ce qu’il avait bien pu faire.

— Oui ?

— Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Ce matin, on nous a signalé que votre sœur avait des stigmates d’un acte violent, il s’avère que vous en êtes l’auteur. Si l’on découvrait à nouveau ce genre de chose, on sera dans l’obligation de le signaler aux services sociaux. Monsieur Nguyễn, j’ai votre dossier de l’an dernier, il semblerait que vous ayez eu de gros problèmes de disciplines. Des problèmes de drogues… nous ne tolérerons aucun faux pas, je me suis bien fait comprendre ?

— Oui, monsieur.

— J’espère ne plus vous voir dans mon bureau…

Mathias sortit furieux, qu’est-ce que Sao Mai avait bien pu dire ?

Dès que Lan Anh Nguyễn Văn Lô reçut le message de sa fille, elle appela le lycée et demanda à joindre la vie scolaire. Le CPE prit la communication et demanda quelques renseignements à la mère des adolescents, dans quelle condition Sophie avait-elle été frappée et surtout si Mathias était un habitué de ce type de comportement, où en était-il avec ses problèmes d’addiction…

— Mon fils a beaucoup de défauts, j’en suis parfaitement consciente, mais il n’a jamais eu ce type de réactions. C’est un adolescent perturbé, le départ de Paris n’est pas aisé pour lui. Il avait tous ses amis d’enfance, sa copine avec qui il est depuis plusieurs années, le groupe de rock, Mathias passe une période difficile. Il n’y a jamais eu de conflits violents entre mes enfants, il adore sa sœur.

— Vous comprendrez que vu ses antécédents, nous le garderons à l’œil et si nous constations que votre fille a de nouveau des marques de coups nous devrons le signaler.

— Oui je comprends tout à fait.

Elle raccrocha furieuse, ce départ de Paris, Paul et elle-même avaient tant espéré que ce serait un nouveau départ et voilà qu’une dispute entre ses enfants remettait tout en cause.

Après le repas au self, quand Sophie alluma son portable un SMS de sa mère l’attendait.

« Je viens te chercher ce soir. »

— Il y a un souci ?

— J’en sais rien, mon frère a été convoqué chez le CPE et je ne serais pas surprise que mes parents soient convoqués.

— Tu t’es vu dans la glace ce matin ?

— Oui bien sûr.

— Tu as dû mal regarder… On ne peut pas louper l’empreinte de la main de ton frère. Déjà qu’hier il ne m’a pas fait une super impression après son pétage de plomb pour une plaisanterie, mais après ce qu’il t’a fait, excuse-moi, mais ton frère est un sacré connard. Je sais tu vas lui trouver toutes les excuses du monde, j’ai compris… on ne va pas se disputer à cause de lui. Pour moi c’est un sujet clos.

— Merci de ta franchise.

— Au fait en dehors des cours, tu as une activité, tu fais du sport ?

— Non, je n’ai pas eu le temps de chercher.

— J’ai vu qu’il y avait des cours de Zumba, ça te dirait d’y aller avec moi ?

— Pourquoi pas.

— On va au foyer ?

— OK, pourquoi pas.

Les deux filles s’installèrent à une table devant un Ice Tea bien frais, le foyer était désert, seul un autre groupe s’était installé sur le baby-foot.

— Tu as le droit de sortir le soir ?

— À Paris pas vraiment, sauf pour aller au cinéma, mais ici j’en sais rien. Tu sais on vient d’arriver, je n’ai pas eu l’occasion, on est allé au cinéma avec Mathias samedi soir, mais je ne sais pas… on peut aller où ?

— À part le cinéma, il y a quelques boîtes, des concerts de temps en temps, j’y vais sur Clermont avec ma sœur, sinon il y a souvent des groupes locaux qui jouent dans les bars.

Elles étaient en train de discuter quand le frère de Sophie entra avec Iwan et son frère Stan.

— Oh tiens voilà les Jarosz, tu vas voir les groupies ne vont pas tarder à rappliquer.  Ma cousine joue avec eux, c’est la bassiste, tu veux que je te présente ? 

— Euh tu sais les potes à mon frère, je préfère éviter.

Ils ne remarquèrent tout d’abord pas leur présence, puis le regard de Stan se posa sur Sophie qu’il trouva très à son goût, comme il l’observait les deux autres finirent par regarder dans la même direction.

— Jolie fille… fit observer Iwan… tous deux connaissaient Pauline, celle qu’ils observaient c’était l’adolescente avec qui elle discutait. Mathias jura et se leva.

— Je reviens, je vais voir ma sœur, j’ai un truc à régler.

Il se planta devant les deux filles, salua à peine Pauline et s’adressa à sa sœur en vietnamien, fort mécontent d’avoir été convoqué par le CPE.

— Qu’est-ce que tu as été chouiner ?

— Regarde ce que tu m’as fait, tout le monde me regarde de travers, qu’est ce que tu crois que je suis allée me plaindre ? Non c’est mon prof qui m’a cuisiné pour savoir ce qui s’était passé. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour te défendre.

— Mais bien sûr, on lui dira. T’es vraiment une sale peste ! J’en ai assez de t’avoir toujours dans mes pattes, ne m’approche plus et tu peux dire à ta copine que ce n’est pas la peine de me mater avec cet air-là.

Au moment de partir, il se pencha vers Pauline et à quelques centimètres de son visage il fit un « bouh » agressif. Sophie ne disait rien, elle avait les larmes aux yeux. Sa copine la prit par les épaules en lui disant que ça n’en valait pas la peine.

Lorsque Mathias retrouva ses deux nouveaux copains Stan lui demanda.

— C’est ta sœur ? Comme s’appelle-t-elle ? Tu me présentes ?

— Ouais c’est ma frangine, Sao Mai, si tu veux lui parler t’es assez grand pour le faire, compte-pas sur moi c’est une chieuse, toujours en train de chouiner dans les jupes de mes parents… c’est à cause d’elle que j’ai été convoqué chez le CPE. Laisse tomber en plus tu te feras chier avec elle, c’est une gamine qui ne voudra jamais baiser.

Stan ne répondit pas, il continuait d’observer Sophie qu’il trouvait vraiment à son goût. Lorsque son regard gris bleu croisa celui de la jeune fille, il lui adressa son sourire charmeur.

— Qui est-ce ? demanda Sophie à sa copine. Il est sacrément canon.

Les longs cheveux noirs, le visage fin, mais bien masculin de Stan lui plaisait.

— Le brun ou le blond ?

— Le brun.

— Le brun, c’est Stan et Iwan le blond ; mais fais gaffe, ce sont de vrais queutards. La seule chose qui les intéresse ce sont ton cul et ta belle gueule. Crois-moi, j’en sais quelque chose, j’en ai fait les frais… comme beaucoup de filles du bahut, surtout Stan, c’est un bon coup, mais il papillonne de droite et de gauche… l’an dernier je crois qu’il a eu une fille différente par semaine ou par quinzaine. C’est un beau parleur, un charmeur qui dès qu’il a obtenu ce qu’il voulait, il te largue comme une vieille chaussette… et quand la fille plaît à son frère il lui refourgue… lui il la garde un peu plus longtemps jusqu’à ce que son frère lourde une fille qui lui plaît… À côté de ça ils sont sympas, bons musicos et Stan a une putain de voix, il n’y a pas que son physique qui charme les filles. 

— Tu as la dent dure avec eux, tu fais partie des victimes de Stan ? dont elle sentait le regard posé sur elle.

— Ouais comme beaucoup de filles… surtout les secondes qui ne le connaissent pas… On est sorti ensemble l’an dernier et au bout de trois semaines il m’a jeté…

— Tu veux dire que tu as.. avec lui ?

Pauline pouffa.

— Oui, pour ça que je te dis que c’est un bon coup, pas le genre à baisser le pantalon et à tirer son coup vite fait dans les toilettes du troisième. Pour ça on ne peut pas le lui reprocher, mais c’est tout. Arrête de le regarder ainsi, là t’es sur, t’es bonne comme la romaine. Mais comme pote, il est super et Iwan aussi, faut juste rester de bons copains. Souvent les week-ends on se retrouve en boîte, en plus comme je t’ai dit leur bassiste, Amélie, c’est ma cousine, on est comme deux soeurs toutes les deux, elle est un peu plus âgée, mais on est super proches.

— Aucun risque, je ne sors pas avec les copains de mon frère. Pire je les évite. Mais ça ne m’empêche pas de regarder, il est beau. Il a un sourire…

— Oui hé bien oublie le sourire de Stan sinon ton petit cœur innocent va finir en miette. Tu n’as jamais baisé, non ?

— Euh…

— Pas la peine de me répondre, t’es pas le genre. Stan ne fera qu’une bouchée de toi et ton petit cul… en plus tu as le charme asiatique… Toutes les filles bavent devant le beau et charismatique Stan, chanteur et compositeur du groupe « Children of Styx » que lui et Iwan ont monté. Bientôt tu vas voir les autres membres et leurs groupies.

En effet, peu de temps après deux autres garçons arrivèrent accompagnés d’un groupe de filles. Pauline lui expliqua qui jouait de quoi. Le regard que Stan et Sophie échangeaient ne lui échappa pas, pas plus qu’au batteur, un certain Thomas.

— Tu a trouvé une nouvelle conquête ? Tu ne perds pas de temps dis donc le jour de la rentrée et déjà une petite nouvelle t’a tapé dans l’œil, regarde-moi ça elle te dévore du regard.

— Quoi ?

— La fille que tu mates depuis tout à l’heure, il te faudra combien de temps pour te la taper celle-ci ?

— Hé, mais c’est bon, je ne pense pas qu’avec ma queue et c’est la sœur du nouveau pote de mon frère… à ce propos mercredi on va l’auditionner comme guitariste.

— Tu as trouvé quelqu’un pour remplacer Jade ?

— Oui, on n’était plus vraiment sur la même longueur d’onde, on n’a pas les mêmes attentes… à la fin, reconnais que ça devenait ingérable. Le groupe aurait fini par exploser… il valait mieux se débarrasser du fruit pourri et finalement elle est partie d’elle même.

Mathias était peu bavard, il répondait aux questions qu’on lui posait, mais il avait la tête ailleurs. Iwan se montrait sympa, son frère aussi et il se disait qu’il verrait bien tout ça le lendemain après midi.

Stan se leva et se dirigea vers les filles, quand il arriva à leur hauteur il salua Pauline et lui demanda :

— Tu me présentes à ton amie ?

Pauline fit les présentations et Stan les invita à les rejoindre.

— J’insiste, ne restez pas toutes seules à votre table venez nous rejoindre, aller !

Il tendit une main amicale à Sophie et lui adressa ce sourire qui faisait craquer bien des filles.

— C’est gentil, mais on a envie d’un peu de calme.

— OK, alors c’est moi qui reste. Sur ce, il prit une chaise et s’installa face aux adolescentes. Alors tu as redoublé ta seconde, ça va ta classe est sympa?

— Oui merci.

Le jeune homme sortit  quelques bonbons de sa poche et en tendit  aux filles.

— Vous en voulez ?

Pauline en prit un, mais Sophie refusa assurant qu’elle n’était pas très sucre.

— Alors comme ça tu es la soeur de Anh Dũng, tu joues de la musique toi aussi ?

— Oui de temps en temps, avant je jouais avec mon frère, mais ça fait longtemps qu’on ne fait plus ça.

— Dommage et tu jouais quoi ?

— Clavier et chant.

— Oh comme moi, il faudra me faire écouter ça.

— Non, je ne fais plus ça et je n’aime pas chanter devant des gens.

— Mais je ne suis pas des gens…

La jeune fille qui lui faisait face lui plaisait beaucoup et en plus elle avait piqué sa curiosité. Lui aussi avait remarqué l’empreinte sur sa joue, mais il n’osa pas lui demander ce qui lui était arrivé. Quand il se leva pour rejoindre son frère et Mathias, il prit la main de Sophie et y posa ses lèvres, tous deux troublé par ce contact se fixèrent quelques instants, puis Stan rompit le charme en lui adressant un clin d’oeil.

— À bientôt !

Une fois éloignée, Sophie demanda à Pauline :

— T’es sûre qu’il n’a que 17 ans ?  Il fait vachement plus vieux,  je lui donnerais bien la vingtaine.

— Certaine, Stan va avoir 18 ans en mars. C’est aussi ce qui fait que des femmes se font avoir par sa belle gueule et son aisance verbale.  Il est beau, intelligent, avec de l’humour, sur de lui et talentueux, il a tout pour lui et t’inquiètes qu’il le sait bien.

Il regagna sa place peu de temps avant que la sonnerie ne retentisse.

— Ça va t’es content ? ronchonna Mathias.

—Ouais, ta soeur est charmante… elle joue aussi ?

— Ouais… et elle chante aussi, dommage qu’elle ne veuille plus. Des années de chant lyrique pour rien… pfff quelle nase.

— Faut qu’on l’entende.

— Bin c’est pas gagné, ma frangine est conne avec ça !

— Au fait, il lui est arrivé quoi à ta soeur ? demanda Stan en désignant sa propre joue.

— On s’est engueulé.

— Mais t’es un violent ! affirma Stan en fronçant les sourcils, jamais il n’aurait levé la main sur une de ses soeurs.

— Elle a été trop loin et ce n’était pas le moment. Je sais j’aurais pas dû.

Amélie les rejoignit et dès qu’elle vit sa cousine, elle se dirigea vers les filles.

— Salut, bin qu’est-ce que vous faites là toutes seules ?  Fallait pas rester dans votre coin. 

Pauline présenta Sophie à la jeune bassiste. 

— T’es donc la soeur du nouveau, on est dans la même classe.  

La sonnerie retentit.

— Bon la prochaine vous nous rejoignez, vous n’allez pas rester là dans votre coin.

Amélie repartie vers le reste du groupe, tout le monde prenait ses affaires et repartait vers les salles de cours.

Le soir quand Mathias vit sa mère attendre à la grille, il devina sans l’ombre d’un doute que les discussions allaient encore être houleuses dès leur retour à la maison. Comme il s’y attendait, ce fut le cas. Lui était furieux contre sa sœur et elle contre ses deux enfants.

— Écoutez-moi bien tous les deux, on est parti de Paris en espérant qu’on laisserait derrière nous ces deux dernières années, le premier jour de cours, vous trouvez le moyen d’être convoqué par le CPE qui nous menace d’une enquête sociale. Croyez-vous que l’on a besoin de ça ? Toi, tu n’as pas intérêt à ce que j’entende encore ce monsieur, tu as déjà un dossier scolaire minable, je ne veux plus entendre parler de drogues, de tes soirées de beuveries et toutes les bêtises que tu as faites à Paris, et toi tu n’as pas besoin d’aller raconter je ne sais quoi à tes profs !

— Mais enfin, je n’ai rien fait !

La dispute monta d’un cran, au final les deux adolescents regagnèrent leurs chambres en claquant la porte et Lan Anh tout aussi mécontente prépara le repas. Son mari était parti en déplacement jusqu’à la fin de la semaine suivante, et elle n’avait pas l’intention de lui parler de ce qui s’était produit. Au dîner bien que l’atmosphère fut tendue, Mathias apprit à sa mère et à sa sœur qu’il allait auditionner le lendemain après-midi pour rejoindre un groupe de rock.

— Mais c’est super, tu vois toi qui avait peur de ne trouver personne… tu aurais pu aussi monter un groupe avec ta sœur.

— Certainement pas !

— Tu vois bien, elle ne veut pas, elle a une super voix et au clavier elle se débrouille vraiment bien, mais non…

— Tu sais bien tes potes et moi ça fait deux, même papa et maman m’avait défendu de te suivre, comment on aurait fait pour jouer ensemble… alors tu m’excuseras, mais en général tes copains je préfère les éviter.

— Et voilà ça va recommencer ! C’est vrai que la petite fille chérie de son papa ne peut pas fréquenter mes copains, ils ne sont jamais assez bien pour toi… Tu crois quoi, que ta copine est comme toi une petite fille toute sage ? Même ta copine Élodie est plus dégourdie que toi… il faudrait évoluer un peu, tu n’es plus à la maternelle !

— Mathias, laisse ta sœur tranquille.

— Bin c’est vrai quoi, regarde elle devrait se faire bonne-sœur, je suis certain qu’elle n’est même jamais sortie avec un mec.

— C’est pas vrai ! J’avais un copain au collège, je sortais avec Dao et puis avec Hugo, un seconde.

— Ohlala ma sœur s’est dévergondé.. Qu’est-ce que vous avez fait ? Vous vous êtes tenu la main et fait un smack ?

— Mathias, tu vas la laisser tranquille, qu’est-ce que ça peut te faire ce que fait ta sœur.

— Elle est toujours là à juger.

— Ce n’est pas vrai ! Et tu sais très bien pourquoi je ne venais plus à vos répétitions… ta Kim est une vraie garce. Mais tu n’as jamais voulu voir sa méchanceté. Dès que tu avais le dos tourné, j’étais son souffre-douleur.

— Ce n’est pas vrai !

— Le seul à me défendre c’était son frère.

— Bien sûr il voulait sortir avec toi…

— Dao était super gentil.

— Tellement gentil que tu l’as laissé tomber parce qu’il avait fumé un joint, après ne te demande pas pourquoi sa sœur t’en voulait. Il serait peut-être temps de grandir un peu !

— Ne t’inquiète pas je ne compte pas approcher tes nouveaux potes !

— Dommage ! Ça te décoincerait !

Lorsque Sophie se retrouva seule dans sa chambre, elle appela son amie Élodie.

— Salut ma chérie ! Alors, quoi de neuf ? Dis donc la baffe de ton frangin a laissé une sacrée marque.

— Salut ! Ouais je sais, la prochaine fois j’éviterai de parler de sa chère Kim.

— Ohla ça c’est le sujet qui fâche ! Il n’a pas fait semblant.

— M’en parle pas je me suis même retrouvé dans le bureau du CPE par ce qu’un prof a fait du zèle.

— Mathias ne t’avait jamais fait ça avant, elle lui monte vraiment à la tête. Il ferait bien de tirer un trait sur elle… tu verrais la nuée de mouches qui lui tourne autour.

— Dis-moi Élo, tu trouves que je ressemble à une petite fille trop sage ?

Élodie éclata de rire et lui répondit, le sourire aux lèvres.

— Yep un peu oui, mais je t’aime comme ça !

— Tu crois que je devrais changer de style ?

— Un peu… tu fais trop sage, je suis certaine que tu pourrais mettre un peu plus d’originalité dans ta tenue… tu as tout ce qu’il faut. T’es super belle, toute fine tu pourrais te faire un look d’enfer… si j’étais là… Tu ne sais pas, je vais te faire un book de liens vers des boutiques sympas. Tu vas voir je suis certaine que tu vas adorer !

— Tu es ma meilleure amie et tu n’as rien dit ?

— Ce n’est pas grave, alors dis-moi tu as fait de nouvelles rencontres ?

— Oui Pauline m’a présenté ses copains et copines. Sont cools. et j’ai aussi vu les nouveaux copains de Mathias qui va peut être joué dans un groupe, il y en a un, tu verrais il est trop beau. Il n’a pas arrêté de me regarder, il est même venu se présenter, je crois que je lui plais aussi.

— Bin fonce ma chérie.

— Pauline m’a dit que c’était un vrai papillon pas fait pour moi. Qu’il ne voulait que des filles qui couchent.

— Bin tu ne vas pas rester vierge jusqu’à perpette. Ça pourrait être l’occasion de la perdre avec un beau mec, non ?

— Élo !

— Bin quoi Élo ? Il n’y a pas de mal à se faire du bien.

— Tu…

— Bin oui qu’est-ce que tu imagines… C’était à la fête de la musique… avec Dao.

— Le gentil Dao, le frère de Kim ? Celui avec qui je suis sortie ?

— Bin Oui… On est sorti ensemble quelque temps, mais je le trouvais trop gentil… un peu trop petit toutou… tout le contraire de sa sœur… Alors ce beau mec tu me le montreras ?

— Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

— Vous étiez sorti ensemble, j’avais un peur que ça te fâche.

— N’importe quoi ! Pour Kim, je ne te le fais pas dire… Elle va lui pourrir la vie. Au fait, le mec dont je te parlais tout à l’heure, je l’ai pris en photo discrètement quand on était au foyer pendant qu’il discutait avec Mathias et son frère.

Sophie afficha le portrait pris sur son smartphone et l’envoya en MMS à son amie.

— Ah oui ! Il est trop beau, comme je le kifferais ! Vas-y !

— Non, c’est un copain de Mathias… et les potes de mon frère sont des sources d’emmerdes.

— Mmm pas faux.

— Et le beau Mathias il va comment ?

— J’en sais trop rien, il me fait la gueule. Là il doit être soit en train de jouer ou en grande conversation avec son grand amour !

— Toujours et encore Kim, ton frère ne sait pas ce qu’il a perdu… en préférant Kim à moi.

— Je ne te le fais pas dire.

Le mercredi fut une journée de cours comme les autres. Sophie et Pauline se retrouvèrent l’après-midi pour aller au cinéma voir le dernier film de SF sorti. Toutes deux satisfaites de leur rencontre, une profonde amitié naissait. Pendant ce temps-là Mathias retrouvait le groupe chez Thomas, le batteur, pour l’audition. Le musicien habitait une maison un peu à l’écart à la périphérie de Montluçon, sur les hauteurs de Saint-Victor. Le groupe se retrouvait souvent chez lui, car la musique ne risquait pas de déranger qui que ce soit. Quand il arrêta sa moto devant ce qui avait dû être une ancienne ferme, ils étaient déjà tous là. Stan assurait la partie chant et composait, tandis que son frère jouait à la guitare rythmique et assurait le management, ils cherchaient un guitariste capable de faire des solos et éventuellement de seconder le cadet de la fratrie au chant. Les frères Jarosz n’avaient pas caché à Mathias leur désir de devenir pros, ils voulaient donc un musicien de bon niveau, voulant s’investir.

— Si tu pouvais nous jouer quelques morceaux connus dans divers styles ça serait sympa que l’on se rende compte de ton niveau, suggéra Iwan. Si tu as des œuvres plus personnelles, ça serait cool aussi.

— Vous avez un genre de prédilection ?

— Tant que tu ne nous joues pas « Jeux interdits » on est partant, après on ferra un essai ensemble.

Mathias était sur de lui, il avait commencé la musique lorsqu’il était tout jeune, à bientôt dix-huit ans, il jouait depuis pas loin de douze ans et composait depuis six. Lui aussi rêvait d’une carrière musicale, il n’avait pas le droit de se planter. Il enchaîna donc des morceaux connus dont les guitaristes étaient de renommée mondiale… il leur joua donc un morceau d’Hendrix pour commencer, puis passa à Led Zeppelin avec Whole Lotta Love, il enchaîna sur un morceau de Beethoven et joua divers grands classiques du rock et même quelques morceaux de black metal. Les autres musiciens l’écoutaient en silence, le regard qu’échangèrent Iwan et Stan était sans équivoque, ils étaient satisfaits, puis Mathias continua avec une balade de sa composition puis un morceau plus nerveux qu’il avait souvent joué accompagné par sa sœur.

— T’assures grave dis-donc… on fait un test entre nous, mais je ne pense pas que ce soit vraiment nécessaire, je pense qu’on est tous d’accord, fit remarquer Stan en se tournant vers ses acolytes. Un hochement de tête ou un geste de la main confirma.

Après quelques chansons jouées, ils s’arrêtèrent et confirmèrent à Mathias qu’il était le bienvenu parmi eux.

Iwan et son frère étaient les leaders du groupe et Stan en qualité de compositeur en affirmait le style.

— J’ai bien aimé ce que tu nous a joué, surtout la balade. Ça te dirait qu’on essaie de la jouer ensemble… Je crois qu’on est sur la même longueur d’onde, tu pourrais nous jouer autre chose ?

— Bien sûr, ce sont mes dernières créations ce n’est pas tout à fait au point. Et toi tu as une sacrée voix, c’est bien ce que vous jouez. Tu as pris des courts ?

— Ouais chant lyrique et chant extrême, piano, guitare…

— Normalement on a un concert de prévu pour Halloween, si tu pouvais bosser un peu notre répertoire ça serait cool; ajouta Iwan.

Thomas revint avec un pack de bières et en proposa une à Mathias.

— Tu serais dispo samedi pour une répétition. Je te prépare les partitions et je te filerai ça vendredi. Tu reviens à la même heure, même endroit !

Mathias but sa bière et remonta sur sa moto pour rentrer chez lui.

Les musiciens étaient d’accord, ils avaient trouvé là le guitariste qui leur fallait. Après quelques petites mises au point pour le samedi, tout le monde rentra chez soi.

***

Justine observait de loin le groupe d’amis, elle restait éloigné craignant la réaction de Stan mais surtout celle de son frère aîné. Justine redoutait Iwan.

1Merci

Chapitre 2

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Lundi de la rentrée 7H

Le réveil sonna de bonne heure, Sophie  éteignit par réflexe et la voix de sa mère ne tarda pas à se faire entendre pour qu’elle se lève. Juste en profiter encore quelques secondes… puis elle se leva et rejoignit la salle de bain pour se donner un coup de peigne rapide avant de descendre au rez-de-chaussée où elle trouva Mathias attablé devant un bol de thé brûlant.

— Qu’est ce que tu fais debout ?

— C’est moi qui t’emmène ce matin.

— Ouah mon frangin m’accompagne au lycée. Tu vas encore faire frémir toutes les filles. Elles vont encore toutes se demander quel est ce beau garçon qui m’accompagne.

— Et ça t’amuse en plus !

— Ce n’est pas moi qui ai un look de chanteur de K.Pop ou d’acteur de séries coréennes, avoue quand même que tu le cherches un peu.

— Et toi il ne te manque plus que les tresses pour la panoplie de la parfaite petite étudiante.

— Vous avez fini tous les deux ? demanda Lan Anh alors qu’elle déposait des toasts grillés devant ses enfants.

Après un rapide petit déjeuner, Sophie retourna dans sa chambre se préparer.

— Je t’attends à 9H devant la porte, ne traîne pas !

C’était le grand jour, comment allait-elle se préparer ? Sophie avait songé se mettre en jupe, mais comme Mathias l’emmenait sur sa moto, elle pouvait oublier une telle tenue. Il faisait chaud en ce début septembre. Aussi, elle sortit de son dressing un jean slim s’arrêtant à la cheville, un chemisier sans manche blanc et s’expédia sous la douche. Une fois sortie, il était temps de se préparer, Sophie était inquiète, tout était nouveau et si ça se passait mal, elle ne pourrait même pas se réfugier chez son amie qui habitait le même quartier qu’elle lorsqu’elle habitait encore à Paris. La jeune fille n’était pas une adepte du maquillage sophistiquée, ou du moins elle n’osait pas, aussi, elle se passa un peu de matifieur de teint, un peu de mascara noir pour allonger ses longs cils et se passa un rose mat sur ses lèvres à peine pulpeuses. Elle sortit de son placard la bouteille de parfum que sa mère lui avait offerte à l’occasion de son entrée au lycée : une bouteille de « Yes I am » de Cacharel. Elle aimait bien la petite bouteille en forme de bâton de rouge à lèvres. Après s’être habillée, l’adolescente attrapa son lisseur et se fit de grosses boucles. Le miroir lui renvoya l’image d’une jeune asiatique au teint claire, au visage fin en forme de cœur assorti de grands yeux pétillants noirs. Mathias et sa sœur se ressemblaient beaucoup, ils avaient tous deux hérité de leur mère cette peau délicate, ces pommettes hautes et bien dessinées. Sophie attrapa un foulard dans un des tiroirs du dressing, elle en avait une quantité astronomique, c’était son petit truc, il y en avait de toutes les couleurs, de matières différentes, elle choisit parmi eux, un grand carré de soie bleu turquoise que son frère lui avait offert pour son anniversaire. Elle le noua autour de son cou, ajouta une paire de fins anneaux du même bleu, l’ado passa une main dans sa chevelure et satisfaite elle referma la porte de la salle de bain. Elle avait encore un peu de temps pour elle. Elle en profita pour envoyer un SMS à son amie.

Coucou

Je pense à toi.

Bisou

La réponse ne tarda pas.

Coucou toi !

Je quitte le métro.

Moi aussi et bon courage pour tout.

Agrémenté d’un selfie pris juste pour elle. Élodie affichait un sourire radieux, ses longs cheveux blonds impeccablement lissés, le perfecto de vinyle rose et le ras du cou de la même teinte ajoutait une note de gaieté dans le ciel gris parisien. Sophie fit à son tour un selfie et l’envoya à sa copine. Elle hésita un instant entre ses converses fleuries qu’elle adorait et sa paire de Stan Smith, mais elle préféra les premières. Elle attrapa son sac à dos et descendit les escaliers. Mathias l’attendait déjà perché sur son 80cc. Il lui tendit le casque.

— Désolé pour tes bouclettes…

Elle s’installa derrière son frère et ils s’en allèrent vers le lycée. Le jeune homme se faufila dans la circulation dense à cette heure-là. Il gara sa moto sur le parking des visiteurs et accompagna Sophie. Quelques parents étaient venus avec leurs enfants, Mathias jeta un œil amusé autour de lui, quelques regards curieux le détaillèrent ainsi que sa sœur. Un pot de bienvenue et un buffet attendaient les nouveaux arrivants. Il remarqua deux autres profils asiatiques dans l’assemblée, au moins ils ne seraient pas les seuls pensa-t-il. Sophie repéra le nom de sa classe sur le tableau d’affichage.

— Je te laisse ! À toute !

Déjà son frère s’éloignait et la laissait seule, un peu perdue.

— Salut !

Sophie se retourna et découvrit une fille aux cheveux coupés au carré d’un rose fuchsia au look un peu particulier, en effet elle était vêtue de ce rose et de noir, quelques piercings et un petit tatouage dans le cou dépassait de son t-shirt noir lui arrivant au nombril. Devant le regard interrogatif, l’inconnu se présenta. Pauline lui apprit qu’elles étaient dans la même classe et qu’elle avait doublé sa seconde. Alors qu’elles se dirigeaient vers la salle de classe où les attendait leur professeur principale, madame Bernardin allait leur enseigner le français, Pauline lui demanda qui était le mec avec qui elle était arrivée.

— Mathias ? C’est mon frère.

— Il est canon…

— Mmm, il a une petite amie.

— Pas de problème, je ne suis pas jalouse, et la jeune fille éclata de rire.

Toute la matinée, Le prof principal leur distribua une foule de papiers à remplir, ainsi que le carnet de correspondance, puis leur présenta le lycée, le CDI. La classe de seconde était essentiellement constituée de filles, la population masculine représentait à peine un tiers des élèves. Parmi eux quelques redoublants, un ou deux arrivaient comme elle d’une autre région, et une partie se connaissaient déjà. Sophie était une personne réservée pour ne pas dire un peu timide. Elle vit le regard interrogatif des autres lorsque le professeur avait fait l’appel. Pourtant un prénom français avec un nom de famille vietnamien n’était pas si incongru que cela. À midi, on les relâcha, elle pouvait rentrer chez elle.

— On fait un bout de chemin ensemble ? Au fait tu habites où ?

— Si tu veux, à moins qu’on vienne me chercher. J’habite le quartier Saint-jean et toi ?

— Ah super, moi aussi, c’est dingue ça, lui apprit Pauline.

Le smartphone de Sophie sonna, sa mère lui demandait de rentrer en bus, car elle avait dû passer la Juke à son père, la sienne étant en révision, quant à son frère il était parti se promener et elle ignorait où il était.

— C’est comme tu veux, on rentre en bus ou à pied.

— Tu aimes marcher à pied ? demanda Pauline.

— Oui ça ne me pose pas de problèmes.

— Génial, comme ça on va pouvoir papoter et faire un peu connaissance. Il y a longtemps que tu habites dans le coin ?

— Non ça fait une semaine que l’on est arrivé de Paris.

— Ça va, tu ne t’ennuies pas trop ?

— Je n’ai pas eu trop le temps, il a fallu refaire la tapisserie de ma chambre, la décorer, les papiers, j’ai été très occupée. Je n’ai pas eu le temps de faire grand-chose d’autre.

— Si tu veux mercredi aprèm, on peut aller se balader, il y a le ciné, la piscine ou on peut traîner aussi. Ou faire les boutiques. En plus c’est cool, on a les mêmes options donc les mêmes heures de cours. Qu’est ce que tu fais après bouffer ? Si ça te tente on peut aussi aller voir des potes répéter.

— Je vais me poser et profiter de la piscine, si tu veux tu peux venir.

— Oh t’as une piscine, c’est génial. Pourquoi pas ça sera cool.

Les deux jeunes filles discutèrent le long du trajet et peu avant de se séparer, Pauline demanda.

— Excuse-moi je ne voudrais pas me montrer indiscrète, mais tu es de quelle origine ?

— Je suis française pourquoi ?

— Tes parents aussi ?

— Oui mes parents sont aussi nés en France, mais je vois ce que tu veux dire… mes arrières grands-parents sont arrivés en France en 1956 après la guerre d’Indochine, mais ils avaient déjà la nationalité française, ma mère c’est un peu différent… ses parents sont des boat people, elle est née peu de temps après. Chez moi on parle tous français sauf Mathias… tu verras il est un peu spécial.

— C’est le frangin que j’ai vu ce matin ?

— Oui, tu vas te faire jeter si tu l’appelles Mathias… en général il se fait appeler par son second prénom : Anh Dũng, ça veut dire courageux.

— Toi aussi tu en as un ?

— Oui, mais il n’y a que Mathias qui m’appelle comme ça. C’est Sao Mai, l’étoile du matin.

— C’est mignon. Ça te va bien. Il n’aime pas vos prénoms français ?

— C’est compliqué, il est un peu en conflit avec nos parents, il trouve que l’on n’a pas conservé notre culture. Mon père ne parle que français et c’est ma mère qui nous a appris la langue, elle est prof. Dès que Mathias le peut il ne parle pas en français, ça agace mon père… et quand il n’a pas envie de discuter avec les gens il fait celui qui ne comprend pas le français.

— Compliqué ton frère.

— T’imagine même pas. À toute à l’heure alors ? 15H ?

— Ouais, à toute !

Les deux adolescentes s’étaient échangé leur numéro de téléphone. Il était pas loin de 13H et elle était presque chez elle quand elle entendit le bruit de la moto de son frère. Il l’attendait devant chez elle, le casque à la main.

— Pourquoi tu ne m’as pas attendu ?

— Oui, j’ai eu le message de maman, mais je ne pouvais pas répondre. Pas grave, alors comment c’était ? Je t’ai vu avec une fille aux cheveux rose pétard. On dirait que tu t’es fait une copine. Tu as rencontré tes profs ?

— La principale, la prof de litté, bof elle a pas l’air sympa, elle a déjà gueulé sur certains d’entre nous.

— Bah on verra ça demain. J’espère que je n’aurai pas la même.

— J’espère que ce n’est qu’une impression et que je ne vais pas me la farcir trois ans.

— Je meurs de faim, pas toi ?

— Si.

Pendant qu’ils déjeunaient, le smartphone ne cessa pas de biper, exaspérant Lan Anh et Mathias, le bip caractéristique d’Élodie. Une règle d’or dans la famille Nguyễn Văn Lô, on ne sortait pas son smartphone à table sous peine de se le voir confisqué.

— Bon sang arrête-moi ce truc ! Mais c’est infernal.

Mathias attrapa le téléphone dans la poche arrière de sa sœur et éteignit l’appareil, l’envie d’appeler Élodie et de l’envoyer bouler le démangeait fortement.

— Mais ça va pas non, est ce que je fouille dans tes poches ?

— Tu n’avais qu’à l’éteindre avant ! Tu sais comment est ta copine, branchée, si on pouvait lui greffer une puce dans le cerveau ou un câble USB ça lui irait très bien !

Le repas terminé il lui rendit son Xiaomi. Sophie s’empressa de l’allumer et répondit à son amie. Elles se racontèrent par le menu leur matinée, leur première impression, les rencontres faites, elle lui parla de Pauline.

— Je n’oserais jamais avoir de tels cheveux roses. C’est super joli et ça lui va bien.

— Tu devrais essayer, avec ton physique ça serait super. Regarde Mathias ça lui va bien les cheveux décolorés.

— Oui, mais là on parle de mon frère. Il a déjà tapé dans l’œil de Pauline qui a voulu savoir qui était le canon qui m’accompagnait.

— Au fait, j’ai vu Kim, on est dans le même lycée. Elle s’est fait une colo sirène, ça lui va trop bien. Elle est conne, mais qu’est-ce qu’elle est belle, tu m’étonnes que Mathias sortait avec elle. Elle a un look d’enfer. Je te jure tu devrais essayer un bel opale ça t’irait trop bien.

— Ça pour être conne.. je la déteste. Je ne sais pas ce qu’elle a fait à mon frère, mais il est complètement accro à cette pouf.

— Tu veux un dessin peut-être ?

— Euh… non.

— Il faut que je te laisse, on se rappelle ce soir ?

— Bien sûr.

Pauline n’allait pas tarder à arriver, elle se changea et passa un maillot de bain, un simple bikini bleu marine, elle noua un paréo azur autour de sa taille fille, et enfila une paire de tongs de sa couleur préférée. Quand Sophie sortit, elle entendit son frère discuter avec ladite Kim, elle était désolée pour lui, mais elle ne doutait pas un instant qu’elle briserait le cœur de Mathias. Comment avait-il pu s’amouracher de cette fille ? Ça lui échappait. Elle descendait l’escalier quand la sonnette retentit. Sa nouvelle copine l’attendait sur le pas de la porte avec une tenue plus décontractée, un short et un t-shirt large.

— Je te fais visiter ?

— Si tu veux ?

Sophie lui fit le tour du propriétaire, Mathias toujours au téléphone ne jeta pas un regard vers cette inconnue quand sa sœur montra sa chambre à sa copine.

— Il vaut mieux le laisser avant de se prendre un truc dans la tête. Viens… monsieur est au téléphone avec sa pouf, une vraie pétasse celle-là, ajouta-t-elle en chuchotant. Si tu savais le nombre de crasses qu’elle m’a fait.

— Ah oui, mais c’est une vraie piscine… géniale je sens que je vais venir souvent squatter.

Après plusieurs brassées, des éclaboussures, des fous rires, les deux adolescentes sortirent de l’eau et s’installèrent dans les transats. Mathias raccrocha, Kim lui manquait et il était un peu déçu de cet appel. Comme il faisait beau, il eut envie de se changer les idées, il enfila à son tour un maillot de bain et ne prêta guère attention aux deux filles installées sur les bords de la piscine. Il ne remarqua Pauline que lorsqu’il sortit de l’eau, surprit par sa présence il en oublia d’afficher son coté froid. Comme il faisait très chaud en cet après-midi de début septembre, il leur proposa :

— Vous voulez boire un truc ?

— Merci ce serait sympa, au fait voici Pauline, Pauline voici mon frère Mathias, on est dans la même classe. Tu nous prépares une de tes spécialités ?

— Je préfère Anh Dũng, donc évite de m’appeler Mathias.

— Ça marche Anh Dũng ! Pauline se retourna vers Sophie, au fait c’est quoi sa spécialité ?

— Tu verras, on ne sait jamais d’avance, mais mon frère te fait des cocktails à tomber.

Quelques minutes plus tard, l’adolescent revint avec un plateau sur lequel étaient posés trois grands verts décorés de sucre coloré l’un rose pour Pauline, bleu pour sa sœur et pourpre pour lui même. Une grande paille et un mélangeur des mêmes couleurs dans des contenus colorés ou plusieurs teintes se superposaient, se mêlaient.

— Merci ! Ça sent bon et c’est beau. Elle mélangea son contenu et aspira dans sa peille. Mmm, mais c’est super bon, alors j’ai jamais bu un truc aussi bon, t’as mis quoi ?

— Secret… je ne les divulgue à personne. Il y a des fruits frais, des sirops et quelques autres petits trucs.

— Mathias garde ses mélanges secrets même nous on ne sait pas exactement ce qu’il met dedans. Mais à chaque fois c’est une excellente surprise.

Le jeune garçon s’installa à côté de sa sœur et se tourna vers Pauline.

— Alors si tu nous parlais un peu de ce bahut.

— T’es en musique, c’est ça ?

— Mmm !

— Il y a des gens plutôt sympas en musique, les sections artistiques c’est un peu à part. Ils traînent au sas, c’est un peu des phénomènes pour les autres. Si t’aimes faire des graphes il y a le mur, si t’as envie de jouer avec d’autres de temps en temps ou tout seul tu peux demander la salle quand elle est libre. La bouf est pas terrible, mais il y a pire. Les profs ça dépend… Bernardin, elle est chiante. Elle gueule sur tout le monde. Tu bouges une oreille et c’est fichu. Tu devrais te retrouver avec des gens cools, ceux de premières étaient sympas, je redouble si t’es timide je peux t’en présenter. J’ai de super potes qui font partie d’un groupe d’ailleurs ils cherchent un nouveau guitariste car la leure est partie. À sa dernière phrase, un petit rictus amusé se dessina sur le visage de Mathias.

— Pas timide, je me débrouillerai bien tout seul, t’inquiètes, j’aime pas les cons c’est tout.

— Moi non plus. Tu vas être normalement avec Iwan Jarosz, tu ne peux pas louper il dépasse allègrement le mètre 90… un géant blond et son frère Stan aussi brun que l’autre est blond et à peine plus petit… leur bande est plutôt cool, des célébrités au bahut et de supers musiciens. Je ne sais pas si tu aimes le métal et si tu connais ce genre, mais c’est un peu du style symphonique mais un peu plus énergique et Stan, c’est juste Stan il a une putain de voix, mais tu verras bien un peu comme le chanteur de Reinxeed, si tu connais.

— Ouais j’adore !

— Alors vous devriez bien vous entendre. Je t’imaginais plutôt écouter de la Kpop ou de la Jpop.

Sophie éclata de rire devant la mine de son frère et la remarque de Pauline.

— Quand je te disais que tu avais le look d’un chanteur de Kpop… au pire du VisualKei.

— Tu dis ça parce que j’ai une tête d’Asiatique… qu’est ce que tu imagines ? Tu crois quoi? Que tous les asiates bouffent du riz et écoutent de la kpop ou du VisualKei et qu’on est tous chinois !

Sur ce il se leva et partit.

— Je crois que tu l’as vexé, là il est vénère !

Pauline se leva et courut derrière Mathias.

— Mathias… Anh Dũng, attends ! Elle le rattrapa et le prit par le bras. Excuse-moi, je ne voulais pas être désagréable ou te vexer, vraiment je suis désolée.

— Ouais ça va ! Lâche-moi ! Va retrouver ma sœur… puis il continua en vietnamien et Pauline n’en comprit pas un traître mot, mais le ton employé et la manière dont il la regarda ne présageait pas que ce soit très sympa.

— Mathias ! Tu n’es pas obligé de l’insulter, c’est bon Pauline s’est excusée !

S’en suivit un échange entre le frère et la sœur assez houleux. Finalement Sophie prit sa copine par le bras.

— Viens, laisse c’est un con.

— Qu’est ce qu’il a dit ?

— Rien de très sympa, tu préfères ne pas savoir. Il s’est montré très grossier. J’adore mon frère, mais… depuis quelques années c’est difficile. Les moments agréables sont rares. J’espère qu’il se fera de nouveaux copains dans ce lycée, mais…

— Mais… ?

— Mathias a tendance à fréquenter des gens pas très cools.

— Ah… qu’est ce que tu entends par là ?

Mathias remontra le bout de son nez et en entendant les propos de sa sœur, son sang ne fit qu’un tour. Il fonça vers elle, l’attrapa brutalement par le bras et lui aboya dessus en vietnamien comme à chaque fois qu’il ne voulait pas que l’on comprenne, mais Sophie lui répondit, elle, en français.

— Ce n’est pas la peine de te montrer aussi désagréable ! C’est la vérité tes potes et ta pétasse de Kim sont des cons… et toi…

Sentant la situation dégénérer, Pauline s’éclipsa, elle alla chercher ses affaires dans la chambre de sa copine et s’excusa avant de partir afin de rentrer chez elle. Le frère et la sœur se disputaient violemment quand leur mère revint.

— Qu’est-ce qui se passe ici ?

— Mathias a insulté la copine que je me suis faite aujourd’hui. Comment veux-tu que je me fasse des amies s’il est aussi grossier avec les gens ! T’es vraiment un abruti Mathias.

— Et toi une petite pétasse ! Tu avais besoin de raconter ma vie à ta copine ! Et je te défends de parler de Kim !

— Kim, Kim par-ci Kim par-là, mais quand est-ce que tu comprendras que ta pouf est une salope qui s’enverra un autre mec dès que tu as le dos tourné. Qu’est-ce que tu t’imagines qu’elle va t’attendre. ta Kim c’est une salope !

Sophie la détestait tant, Lan Anh n’eut pas le temps d’intervenir que Mathias retournait une gifle magistrale à sa sœur et lui hurla dessus de plus belle. Le frère et la sœur en venaient aux mains. Leur mère dut intervenir et les séparer. Sophie arborait la marque de la main de son frère sur la joue. Elle pleurait autant de rage que de douleur.

— Mathias file dans ta chambre tout de suite !

— Mais !

— Va dans ta chambre !

Une fois son fils parti à l’étage, Lan Anh attrapa sa fille par le bras et la traîna jusqu’à la cuisine. Sortit une poche de glaçons et la tendit à l’adolescente.

— Mets ça sur ta joue ! Mais qu’est-ce qui vous a pris à la fin ? Ça ne va pas de vous battre ainsi ?

— Il a insulté Pauline parce qu’elle lui a dit qu’elle croyait qu’il écoutait de la Kpop. Il a été très grossier alors qu’elle le priait de l’excuser. Il n’est vraiment pas à prendre avec des pincettes.

— Ça ne te donnait pas le droit d’insulter sa petite amie.

— Cette pétasse de Kim ? Mais j’ai raison, je…

— Ça suffit Sophie, continue et ton autre joue va s’en prendre une histoire de t’inculquer la politesse. Tu vas présenter des excuses à ton frère !

— Non ! Il m’a giflé.

— Qui a giflé qui ? intervint monsieur Nguyễn qui venait de rentrer de son travail.

Il observa la joue rougie de sa fille où l’empreinte de la main de Mathias s’inscrivait. Qui t’a fait ça ?

— C’est Mathias !

Paul n’attendit pas la moindre explication et monta quatre à quatre vers la chambre de son fils. La porte claqua et des éclats de voix ne tardèrent pas à se faire entendre.

— Voilà que ça recommence, c’était trop beau. J’espère que tu es contente de toi. Tu n’avais pas à lui dire que Kim allait s’envoyer en l’air et toutes les méchancetés que tu as pu dire. Imagine un peu que ce soit Mathias qui t’ait dit le même genre de chose à propos de ton petit copain ?

— J’ai pas de copain !

— C’est le principe, tu crois que ça te ferait plaisir ?

— Mais c’est vrai, enfin, Kim est une vraie garce, méchante, vicieuse. Je me demande ce qu’il lui troue à cette pouf !

— Sophie, ça suffit !

La porte à l’étage s’ouvrit, les éclats de voix redoublèrent et Paul sortit en traînant son fils par le bras, l’obligeant à le suivre jusqu’au rez-de-chaussée. Ils rejoignirent la cuisine, Paul ordonnant à son fils de faire des excuses à sa sœur.

— Non ! Je ne lui en ferai pas !

— Attends Paul, Mathias n’est pas entièrement fautif, Sophie l’a un peu méritée, elle s’est montrée insultante envers sa petite amie, si on m’injuriait, serais-tu content ?

— Ça ne lui donne pas le droit de frapper sa sœur. Regarde-moi ça. Mais tu voulais quoi Mathias, lui casser la figure, c’est ta sœur ! Si on n’a pas des ennuis avec la marque qu’elle va avoir demain ce sera un miracle.

— Ils vont faire chacun des excuses à l’autre, proposa madame Nguyễn.

Devant la colère de leurs parents, le frère et la sœur se firent des excuses de mauvaises grâces et chacun rejoignit sa chambre en grommelant.

— Mais qu’est-ce qui leur prend ?

— J’en sais rien, tu aurais vu Sophie, mais une vraie furie, j’ai dû hausser le ton ! J’espère qu’elle ne va pas faire comme son frère, des pétasses, des pouffiasses, elle toujours si polie.

— On a passé de si bons moments ces derniers jours que j’en aurais presque oublié ces dernières années à Paris. Eux qui étaient si proches l’un de l’autre, ça me désole.

— Ne m’en parle pas.

Mathias était furieux après sa sœur et ses parents, aucun ne comprenait que Kim lui manquait, qu’il était réellement amoureux d’elle. Il prit sa guitare, brancha le casque et joua le morceau qu’il avait composé après avoir appris qu’ils quittaient Paris et donc qu’il allait s’éloigner de sa petite amie. Il s’imaginait si mal vivre sans elle, ne plus la prendre dans ses bras, l’embrasser, l’entendre rire quand il butinait sa gorge ou gémir quand ils faisaient l’amour. Personne ne se rendait compte de sa souffrance. Les sonorités tristes de cette balade aux consonances d’un blues des années 70 s’élevèrent dans le casque.

Sophie entendant chanter son frère mit un casque à son tour et appela Élodie. Elle éclata en sanglots face à la webcam.

— Mais qu’est-ce qui t’arrive ma chérie c’est quoi cette marque rouge sur ta joue ?

Entre deux sanglots Sophie lui apprit que son frère l’avait frappé.

— Mathias ? Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Oh si j’étais là je te prendrais dans mes bras et j’irais lui dire deux mots à ton frangin.

Sophie expliqua ce qui s’était passé.

— Tu sais bien qu’il est raide dingue de cette fille, tu aurais peut-être dû être un peu moins brusque et je suis certaine qu’au fond de lui il regrette son geste et qu’il sait que tu as raison. Je suis sûre qu’il est super malheureux.

— Non, mais tu as vu la marque que j’ai ? Regarde-moi ça, tu te rends compte demain au lycée…

— Yep… tu devrais aller voir ton frère…

— Tu crois ?

— Je crois oui.

— J’ai pas trop envie.

— Kim est loin de vous, tu as encore envie que cette pouf vous sépare encore, qu’elle continue à te faire du mal ?

— Non ! Bien sûr que non !

— Alors, va le voir et fais-lui un gros bisou.

— Mmm… attend, je reviens.

— Ok ça marche.

Sophie en avait lourd sur le cœur, aussi son amie n’avait pas eu trop de mal à la convaincre. Elle poussa doucement la porte de la chambre de son frère et entra d’un pas hésitant. Quand Mathias leva les yeux vers elle, elle vit les larmes sur ses joues, mais il lui demanda de partir et comme elle ne s’en allait pas, il lui cria de dégager et lui lança une Dr Martens à la figure qu’elle évita de peu. Visiblement ce n’était pas le moment.

Elle reprit place devant son ordi portable posé sur le lit.

— Je me suis fait jeter.

— Ça ira mieux demain sans doute.

Élodie était surprise, jamais Mathias ne s’était montré violent envers sa sœur et il aurait cassé la figure au premier qui aurait levé la main sur sa petite sœur. Il était loin l’adolescent qui faisait battre son cœur tandis qu’elle entrait en 6e. Ils se connaissaient depuis la maternelle et tous trois avaient passé des heures à jouer ensemble, se chamailler. Sophie et Élodie avaient été ses premières groupies. Hélas la drogue avait détérioré leurs relations à peine quelques années plus tard.

Au moment du dîner, Mathias refusa de venir manger et Sophie remonta aussitôt fini sans décrocher un seul mot.

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Chapitre 1 http://www.nathy.fr/chapitre-1/ http://www.nathy.fr/chapitre-1/#comments Wed, 07 Aug 2019 06:00:55 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1239 <<<Prologue Chapitre 2 >>> Lorsque Justine poussa la porte de sa chambre, elle retrouva son univers, la pièce pas très grande était son refuge, son lit à une seule place occupait le mur face à la fenêtre, une armoire à deux portes, une commode et un petit bureau en étaient les […]

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Lorsque Justine poussa la porte de sa chambre, elle retrouva son univers, la pièce pas très grande était son refuge, son lit à une seule place occupait le mur face à la fenêtre, une armoire à deux portes, une commode et un petit bureau en étaient les seuls meubles de bois laqués de blanc. On n’apercevait  presque plus la tapisserie grise aux petites fleurs roses sous le nombre de photos recouvrant les murs. Des clichés où l’on ne voyait que Stan, des clichés du concert avaient remplacé les plus anciennes prises ou celles qui lui plaisaient le moins. Justine avait gardé à l’abri de tous regards les tirages qu’elle avait faits lorsqu’elle sortait avec Stan. Deux nus du jeune homme décoraient la face interne des portes de son armoire. Lorsqu’elle était allongée, elle laissait l’un des panneaux ouvert et pouvait ainsi voir l’une de ses photos cachées.  Sur la tablette qui lui servait de table de nuit, un portrait encadré du chanteur semblait la regarder. Stan était partout jusque sur son ordinateur, il était en page d’accueil, sur son bureau et même sur l’écran de son smartphone.

La jeune femme, du même âge qu’Iwan, était ravie, elle venait de recevoir l’aval de l’académie, elle pouvait refaire sa seconde année de préparatoire et la veille ses parents lui avaient donné les clés d’un petit T2 qu’ils lui avaient loué dans le centre ville. Justine adorait la vielle cité médiéval et se retrouver dans un de ces bâtisses du Moyen Age l’enchantait. Il lui tardait d’emménager, d’avoir son chez elle même si elle devait compter sur les largesses parentales pour vivre. 

***

Fin août,

Lan Anh et ses enfants s’engouffrèrent dans la Juke, une fois les valises mises, laissant Paris derrière eux. Mathias boudait à l’arrière, mécontent de quitter la capitale, ses potes, les soirées. Les écouteurs sur les oreilles il regardait les rues défilées, puis le périf et pour finir l’autoroute, pendant que Sophie un peu inquiète posait de multiples questions à sa mère. La jeune fille entrait en seconde et laissait sa meilleure amie, celle avec qui elle avait tout partagé depuis la maternelle. Élodie lui avait promis la veille encore de l’appeler tous les jours et Paris n’était pas si loin. Trois heures de train ou de voiture et l’affaire était faite.

— Tu crois que ce nouveau lycée sera bien, que je vais me faire des copines ? Tu crois que je ne vais pas me faire regarder de travers ?

— Mais ma chérie Montluçon est une ville assez grande, tu rencontreras plein de gens tout comme tu l’aurais fait à Paris si nous y étions restés… tu aurais aussi changé à cette rentrée, tu n’es plus une petite fille.

Mathias poussa un long soupir agacé, ôta ses écouteurs.

— Qu’est ce qu’elle a la naine à pleurnicher ?

— Mathias ! Sois un peu gentil avec ta sœur !

— Oui maman… et il remit l’appareil sur ses oreilles et se coupa de tout.

— Pourquoi on n’est pas resté ? insista Sophie.

— On a déjà eu cette discussion des dizaines de fois… ton père a un nouveau poste très intéressant et… on ne voulait pas rester, de toute façon on aurait quitté la ville, l’opportunité s’est présentée et voilà tout.

— Oui, mais regarde Mathias, il repique sa terminale dans un nouveau lycée… il aurait pu rester, devenir interne, vous auriez pu lui prendre un studio…

— Non ! Il en est hors de question et tu sais très bien pourquoi. Une nouvelle année loin de ces fameux copains ne pourra que lui être profitable… si nous étions restés, va savoir où nous l’aurions retrouvé et dans quel état.

— Maman… que vais-je faire sans Élodie ?

— Élodie par ci Élodie par là, tu ne vas pas faire ta vie avec ton amie. Tu vas te faire plein de nouvelles copines.

— Mais Élodie c’est ma meilleure amie et tu le sais bien. Elle va me manquer.

— Vous êtes toujours en train de vous plaindre… tu as un téléphone, Internet, une tablette et un ordinateur portable… vous passiez déjà des heures devant ces machines à papoter ça ne changera pas grand-chose. Mais vous verrez votre père a envoyé quelques photos il y a un grand jardin, une piscine dans un quartier très agréable à un quart d’heure du lycée.

— Super… marmonna Sophie.

Les trois heures d’autoroute passèrent rapidement. Il était à peine onze heures quand la voiture prit la bretelle en direction de leur destination. En cette fin août, la ville commençait à peine à revivre, les gens rentraient de vacances, quelques touristes demeuraient encore là. Mathias leva à peine le nez pendant qu’ils traversaient l’agglomération en direction du quartier Saint Jean au sud de la ville auvergnate. Lors qu’ils passèrent à proximité du lycée George Sand, il garda le nez sur son portable, Sophie ne vit qu’une butte, un grand portail et des arbres. L’automobile remonta l’avenue Kennedy et quelques minutes plus tard la Juke caramel se garait devant une belle villa contemporaine. Le quartier résidentiel un peu en bordure de la ville était fort agréable avec un immense parc arboré à proximité, un château, le stade hippodrome ou Paul allait courir tous les matins. Il accueillit sa famille avec grand plaisir. Deux jours plus tôt les déménageurs avaient tout emmené, les meubles, les livres, bibelots… s’il y avait encore beaucoup à faire le principal était en place lorsque la petite famille se retrouva après deux mois de séparation.

Lan Anh était parti en Espagne avec les enfants pendant une quinzaine de jours, son mari n’ayant pas de congés cette année-là. Puis il avait fallu mettre l’appartement parisien en vente, emballer les affaires, régler bon nombre de choses. Paul lui s’était occupé de trouver la villa, inscrire ses enfants au lycée. Mathias en terminale littéraire option musique tandis que sa sœur entrait en seconde, la jeune fille avait choisi une troisième langue et une option en arts plastiques. Il espérait tant que tout se passerait bien que cette nouvelle vie moins stressée leur serait profitable.

— Je vous fais faire le tour du propriétaire ?

Un grognement inarticulé lui répondit, Mathias toujours la musique à fond dans les oreilles suivit son père de mauvaise grâce. La villa affichait de beaux volumes avec son séjour-salon donnant sur une grande terrasse et une véranda pouvant faire office de jardin d’hiver, la cuisine américaine avait également une ouverture sur le jardin où trônait un grand barbecue. Sophie fut ravie en découvrant la piscine, elle qui s’était attendue à un bac où barboter en découvrait une véritable au bord de laquelle elle pourrait se prélasser encore quelques jours.

— Attends de voir ta chambre et celle de ton frère.

Les chambres à l’étage, avec une petite mezzanine où d’office leur mère déclara qu’elle y ferait un petit bureau, permettaient aux adolescents d’avoir chacun un véritable espace bien à eux. Elle fit le tour de la pièce découvrant un modeste dressing ainsi qu’une salle de bain pour elle seule. Les trois chambres bénéficiaient de leur espace de sanitaires privés, fini les disputes du matin pour libérer l’une des salles de bain de l’appartement parisien.

— Il ne vous reste plus qu’à ranger tout cela comme bon vous semble.

En effet les cartons de vêtements, de livres, les Cds, et autres jeux vidéo étaient toujours emballés et occupaient encore une bonne partie de l’espace. Au rez-de-chaussée, une chambre d’amis et un grand bureau transformé en bibliothèque où les chers ouvrages des parents Nguyễn attendaient de retrouver les rayonnages.

Sophie sauta au cou de son père.

— Papa c’est géant… Élodie va être verte quand elle viendra.

— Aux vacances de novembre si tout va bien.

— Si on allait manger un morceau, là je n’ai pas eu le temps de faire les courses. On va manger en ville ça vous fera l’occasion de découvrir la vieille ville… ensuite on ira faire les courses et on continuera de ranger.

Ils remontèrent dans la Juke et se dirigèrent vers le centre-ville. Après s’être garée près du parc Wilson, la petite famille se dirigea vers la ville médiévale aux rues pentues. Mathias adorait le charme des vieilles pierres et partageait autrefois cet amour avec sa mère tandis que Sophie était plus branchée nouvelle technologie comme son père. Le jeune homme marchait derrière regardant les vieilles bâtisses, la cathédrale près de laquelle les restaurants se situaient. Bon nombre de gens étaient déjà attablés en terrasse abritée par des dais de toiles. Par chance, ils purent avoir une place dans une des pizzerias. Pendant que leurs parents discutaient de l’avenir de la famille, de la rentrée scolaire, les deux ados mangeaient en silence, perdus dans leurs pensées. Un nouveau lycée, loin de la ville qui les avait vu grandir, c’était aussi devoir s’intégrer à nouveau, se faire de nouvelles connaissances… Mathias en voulait à Paul, quitter Paris l’avait aussi obligé à renoncer au groupe dans lequel il jouait depuis plusieurs années. Quand ils en avaient discuté, Paul avait refusé qu’il remonte les week-ends pour retrouver les musiciens. Il lui avait répondu qu’il en trouverait bien d’autres à Montluçon. La discussion avait été houleuse, Mathias reprochant à son père son manque de tolérance d’autant plus que lui-même fut jadis musicien… mais avait tout abandonné à sa naissance. Quelques jours plus tôt, ils avaient fait une dernière soirée, joués une dernière fois ensemble avant de se promettre de se retrouver à l’occasion quand il pourrait remonter. En quittant la capitale, Mathias avait tout laissé derrière lui, Kim sa petite amie, Fabien son meilleur pote depuis l’enfance, celui avec qui il avait fait les quatre cents coups, bu sa première bière, fumé son premier joint, séché les cours. Il pensait à tout cela et ne fit pas attention à ce qui se passait autour de lui, trop occupé à ruminer sa rancœur.

— Mathias ! Je te parle !

Sophie lui asséna un coup de pied sous la table.

— Un ?

— Je disais donc : tu comptes faire quoi cette année ?

— Je verrai bien, je ne sais même pas ce qu’il y a dans ce coin pourri. Je veux retourner à Paris.

— Non ! On en a déjà parlé plusieurs fois, il en est hors de question et tu en connais parfaitement les raisons. Il n’y a pas à en discuter !

— Alors, pourquoi me poser la question ?!

Mathias engouffra un morceau de pizza mettant un terme à la discussion. Paul serra le poing, décidément le comportement de son fils l’agaçait, il se tourna donc vers sa fille assise à ses côtés.

— Et toi ?

— On vient tout juste d’arriver, si tu nous laissais le temps de découvrir la ville et ses possibilités peut-être que l’on pourrait te répondre. On va déjà aller au lycée et je crois qu’on pourra te répondre d’ici quelques semaines.

— Sage réponse renchérit sa mère. C’est vrai, on vient tout juste d’arriver. Laisse-les souffler un peu. Je suis certaine qu’ils trouveront plein d’activités… Mathias a déjà son bac à passer. Laisse-les se faire de nouveaux copains.

— Si c’est pour s’en faire du même genre qu’à Paris…

Pour une fois que leur mère prenait leur défense…

Mathias repoussa son assiette et quitta la table. Il en avait assez des reproches incessants, son père ne pouvait-il pas comprendre qu’il voulait qu’on lui fiche la paix ? Le jeune garçon sortit du restaurant, Sophie à ses trousses.

— Mathias ! Attends-moi !

Il ignorait où il se rendait, mais le GPS de son téléphone l’aiderait bien à retrouver son chemin. C’était toujours la même chose, il ne se passait pas un jour, un repas sans que les rapports entre père et fils ne tournent pas à l’affrontement. Sophie courut pour rejoindre son frère, elle posa la main sur son épaule.

— Mathias, s’il te plaît.

— Fous-moi la paix !

— Où vas-tu aller ?

— J’en sais rien, retourne manger.

Sophie insista et Mathias finit par faire volte-face, il lui hurla dessus de partir, de rejoindre ses parents. Elle obéit et retourna au restaurant où ses parents continuaient leur repas.

— Où est ton frère ? demanda madame Nguyễn.

— Je n’en sais rien, il m’a envoyé balader. Peut-être que si vous arrêtiez d’être sur son dos…

— Voilà qu’elle s’y met aussi ! Faites des gosses ! On finit de manger et il se débrouillera pour rentrer.

— Mais papa !

— Il a son téléphone ? Il trouvera bien comment rentrer.

Une fois le repas fini, ils rejoignirent la voiture et partirent faire les courses. Lorsqu’ils rentrèrent à la villa Mathias attendait assis près de la piscine. Il n’adressa la parole à personne, monta dans sa chambre et se mit en devoir de ranger ses affaires après avoir fermé la porte de sa chambre. Ses guitares rangées, ses partitions et CDs classés, il défit le reste de ses affaires.

Sophie après avoir aidé à ranger les courses monta dans sa chambre pour la ranger à son tour. Ses livres d’un côté, son ordinateur sur son petit bureau, le dressing fut rapidement à moitié plein. Un paquet arrivé deux jours avant par la poste attendait derrière une pile de cartons vides, quand elle l’ouvrit, elle découvrit que sa meilleure amie lui avait envoyé un album de photos qu’elles avaient prises au cours des années, des selfies faits pendant l’été. Un carnet décoré de la main de Élodie qui s’était prise de passion pour le scrapbooking deux ans plus tôt. L’ouvrage à la couleur préférée de la jeune fille était orné d’un gros nœud de satin et de perles bleus. Un petit mot l’accompagnait :

Ma chérie

Pour ta nouvelle vie ce journal que j’espère tu rempliras bien vite en pensant à ta meilleure amie qui t’aime.

Bisous

Élodie

Elle le rangea dans le tiroir de sa table de nuit au côté de son stylo plume fétiche, que son frère lui avait offert des années plus tôt. Dès que tout fut rangé, Sophie envoya un SMS à son amie. Elle s’installa à son bureau et mis son PC portable en marche. La webcam activée, bientôt la frimousse de son amie restée à Paris s’afficha sur l’écran, une adolescente souriante avec encore quelques rondeurs de l’enfance entourées de cheveux blonds lissés et d’une paire d’yeux noisette.

— Alors, raconte-moi tout ! C’est comment ?

— Attends, je te fais voir.

Sophie prit le portable dans ses bras, déambula dans sa nouvelle chambre et montra la pièce à son amie, le dressing, la salle de bain privée.

— Waouh c’est géant ! Quelle chance tu as !

— Tu vas adorer, il y a un grand jardin, une piscine, un grand garage sous la maison. C’est génial.

— Une piscine ? Oh super, on va s’éclater quand je vais venir te voir.

— En novembre, je crois qu’il fera un peu froid. Mais mon père dit qu’on pourra faire plein de trucs pendant l’été et il y a des stations de ski pas trop loin, on pourra faire de la randonnée… du canoë.

— Tu es à la campagne ? fit Élodie une petite mou déçue aux coins des lèvres.

— Oh non pas du tout, il y a plein de magasins en ville, il y a une Fnac, un Cultura, je n’ai pas encore tout vu.

— Ton nouveau lycée, il est comment ?

— Je ne sais pas, on doit y passer demain.

— Il me tarde lundi prochain. Et Mathias comment va-t-il ?

Élodie avait toujours eu un petit faible pour le frère de son amie sans oser quoi que ce soit. Elle aimait les traits fins, ses grands yeux noirs et ses cheveux décolorés soigneusement dépeignés.

— J’en sais trop rien, il est dans sa chambre et il s’est encore engueulé avec mon père. Il est tout le temps sur son dos. Il fait la gueule depuis qu’on est parti de Paris.

— C’est un peu normal, il a perdu ses potes, sa petite amie et son groupe. J’espère qu’il se remettra bien vite. Bon on m’appelle pour manger, fais-lui un gros bisou de ma part. À plus tard, ma chérie, on va au ciné ce soir.

— OK, à plus.

La webcam s’éteignit et Sophie resta quelques instants devant l’écran noir de Skype. Elle se remémora les bons souvenirs que tous trois avaient passés ensemble, les crises de fous rires, le début de l’adolescence et le jour où son amie lui avoua qu’elle aimait Mathias. Lui, il n’en avait jamais rien su ou bien il l’avait fort bien caché… L’entrée en 4e de l’adolescent qui avait dès lors commencé à changer… Sophie l’avait surpris en train de fumer, plusieurs fois elle avait couvert son frère jusqu’au jour où leur mère avait trouvé les restes d’un joint. Sa sœur, elle, elle savait que son aîné ne se contentait pas que d’un peu d’herbes. Il l’avait envoyé promené quad elle le lui avait gentiment reproché en sœur aimante. Ils avaient été si proches l’un de l’autre. Et puis un jour, Mathias avait été arrêté avec quelques-uns de ses copains en possession d’acide et de coke et là, elle n’avait pas pu cacher la réalité à ses parents. Fabien et son frère attendaient leurs parents au commissariat et ce n’était que la première fois d’une longue série. Stupéfiants, bagarre au lycée dont il fut renvoyé pendant quelques jours, vols dans un magasin, vandalisme… Mathias n’avait rien épargné à ses parents, même s’il lui avait interdit de revoir ses copains, le dos tourné il retrouvait sa bande, séchait les cours. La seule chose qui eut un peu de poids fut la menace de lui confisquer sa guitare et lui interdire les répétitions du samedi. En désespoir de cause, la famille Nguyễn Văn Lô décida de quitter Paris.

Sophie qui adorait son frère et qui connaissait fort bien ses copains, les musiciens avec qui il jouait et se défonçait, préféra s’éloigner et les éviter. Puis, elle n’appréciait pas les filles avec qui ils traînaient… elle n’aimait pas Kim, il fallait dire aussi que la petite amie de son frère n’avait rien fait pour se faire apprécier de Sophie, bien au contraire même. Bien qu’elle n’ait qu’un an de moins que son frère, Kim la considérait comme une gamine et se montrait souvent désagréable, mesquine voir même méprisante et Mathias laissait faire.

Leurs parents lui défendirent finalement de suivre son frère quand les ennuis s’amoncelèrent. Ils avaient peur pour elle, même s’ils lui faisaient confiance. L’adolescente plutôt sage savait très bien dire non, mais ils ne tenaient pas à la voir être mise en danger par l’inconscience de son aîné.

Sophie quitta son bureau et décida de tenter d’aller voir son frère dans la pièce voisine. Elle l’entendait jouer depuis un petit moment, elle adorait l’écouter, mais il y avait bien longtemps qu’il ne lui demandait plus son avis quant à ses compositions, qu’elle chantait avec lui.

Quand elle arriva devant la porte, elle frappa, attendit une réponse et était sur le point de faire demi-tour quand l’huis s’entrebâilla et qu’une voix en vietnamien l’invita à entrer.

Timidement Sophie passa la tête et découvrit son frère s’installant sur le sol moquetté. Il ne prêta pas attention à son entrée, il reprit son instrument et joua. Ses doigts couraient sur le manche de sa guitare, légers. L’adolescente resta sur le pas de porte et un signe du musicien lui intima l’ordre de fermer derrière elle. Sans un mot elle s’installa sur le lit et écouta. Elle aimait tant l’écouter jouer et il y avait si longtemps qu’elle n’était pas venue de la sorte. Elle se laissa emporter par la musique, ferma les yeux et bientôt un fredonnement ténu sortit de ses lèvres. Mathias émit un léger sourire, lui aussi il y avait longtemps qu’il ne l’avait pas entendu chanter.

Lan Anh trouva ses enfants ainsi, elle les observa quelques instants et leur demanda de venir dîner. Satisfaite de les retrouver ainsi, elle descendit à la cuisine un petit sourire éclairait son visage, elle posa une main sur l’avant-bras de son mari et lui chuchota qu’elle aimerait que Paul ne fasse pas de remarques à son fils, qu’elle apprécierait de passer cette première soirée en famille en toute tranquillité.

Mathias posa son instrument et tandis la main à sa sœur.

— Chouette ta chambre !

— Oui, elle est sympa… mais j’aimerais bien la redécorer, le papier peint crème à fines rayures bleues ce n’est pas mon truc.

— Oui, on a le même papier.

Ils redescendirent ensemble tout en discutant du dernier morceau de musique qu’il avait composé. Leurs parents les attendaient devant un cocktail de fruits sans alcool bien frais.

— Vous en voulez ? proposa Paul

— Yep, avec plaisir ! lui répondit Sophie qui attrapait déjà deux verres.

Une petite odeur d’herbes grillées embaumait, un barbecue les attendait.

Paul tint parole, il ne fit aucune remarque à son fils, il lui posa même des questions concernant la musique qu’il avait entendue.

— Il y a longtemps que tu joues ce morceau. Il est pas mal du tout, c’est toi qui en es l’auteur ?

— Mmm… oui je l’ai écrit pendant l’été avec quelques autres morceaux… mais il n’y a personne pour les jouer.

— Tu pourrais demander à ta sœur de jouer au clavier, tu en fais toujours au moins ?

— Oui, mais je suis un peu rouillée. Tu trouveras sans doute d’autres musiciens au lycée, tu seras bien en option musique non ?

— J’espère, mais ils se connaissent depuis deux ans et moi je débarque.

— Sais-tu qu’il y a un conservatoire ? lui apprit sa mère.

— Ah oui tu m’intéresses là !

La discussion continua sur le sujet de la musique, des envies de Mathias qui rêvait de devenir professionnel. L’adolescent alla même cherché une de ses guitares, l’ampli et s’installa au salon et improvisa un petit concert privé.

— Ce serait cool si tu voulais bien chanter pour moi, si tu rejoignais un groupe tu as une belle voix.

— Tu sais bien que je déteste chanter devant un public, je perds tous mes moyens.

— Dommage. On devrait monter un groupe de k-pop, dit-il sur un ton ironique. Mathias détestait ce style.

— Tu veux ma mort ! Et puis on n’est pas coréens, mais français.

— Mouais… de toute façon les Français ne font pas la différence entre des Coréens et des viets pour eux on est tous des Chinois et s’imaginent qu’on bouffe du riz à tous les repas. En parlant d’Asiatiques, il y a des épiceries ou des restos ?

— Oui il y en a pas mal. Après je ne les ai pas testés. Il faudra que je vous emmène où vos arrières grands-parents sont arrivés en 1956 avec votre grand-père. Ce n’est pas très loin d’ici, je pense que ça te plaira Mathias. On pourrait peut-être faire ça avant la rentrée. Ça vous dirait ? Il y a une belle pagode et un très beau jardin.

— Tu y es déjà allé cet été ?

— Oui pendant que vous étiez parti en vacances sur la côte, j’avais envie de voir cet endroit. Les parents de ta mère y ont fait aussi un séjour.

— J’y suis même née, mais j’étais toute petite quand mes parents ont rejoint Paris.

— Et vous n’y êtes jamais allé ? demanda Sophie.

— Non, pourtant ce n’était pas si loin de Paris.

— On pourrait y aller samedi ?

— Oui ce serait génial.

— Et toi maman, que comptes-tu faire ? la questionna son fils.

— Je n’en sais trop rien encore. Comme j’ai dû démissionner de mon poste de prof d’anglais et que j’étais dans le privé, je vais peut-être proposer des cours privés ou bien faire toute autre chose, c’est peut-être l’occasion de tenter une nouvelle voie, j’avoue que je n’y ai pas encore vraiment réfléchi. Les nouvelles responsabilités de ton père avec un meilleur salaire, du fait de celles-ci, la vie étant beaucoup moins chère ici, je peux me retourner.

— J’imagine que les loyers sont bien moins onéreux même pour une villa comme celle-ci.

— Probablement… on voulait vous en faire la surprise… on a acheté cette villa.

— C’est vrai ? Oh c’est génial, maman, j’adore !

— Cool ! ajouta Mathias.

— Au fait, je vais devoir m’absenter pendant un certain temps… je pars au Japon le jour de la rentrée, ma boîte m’a demandé de m’y rendre pour voir tout le processus de ce que l’on met en place ici, je vais faire des aller-retour pendant une bonne année.

— Oh… fit Sophie déçue.

Les jours défilèrent à une allure folle, le temps de finaliser leurs installations, les démarches administratives, quelques visites dont celle de la ville, histoire de se repérer. Trouver une auto-école pour Mathias qui allait fêter ses dix-huit ans dans quelques semaines. Changer les assurances des véhicules. Faire le tour des clubs de sport qui ouvraient tout juste leurs portes pour la rentrée. Le lundi matin de la rentrée était là !

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Prologue http://www.nathy.fr/prologue/ http://www.nathy.fr/prologue/#respond Sun, 04 Aug 2019 22:01:28 +0000 http://www.nathy.fr/?p=1217 Roman en cours d’écriture, je vous livre ici le prologue en version 1er jet. Chapitre 1>>> Prologue Montluçon, avant dernier samedi d’août. L’esplanade du château des Bourbons était noire de monde. Ce soir-là c’était le dernier concert de la saison estivale et Les Children of Styx, un groupe local de métal […]

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Roman en cours d’écriture, je vous livre ici le prologue en version 1er jet.

Prologue

Montluçon, avant dernier samedi d’août.

L’esplanade du château des Bourbons était noire de monde. Ce soir-là c’était le dernier concert de la saison estivale et Les Children of Styx, un groupe local de métal jouait. Les musiciens avaient leur petite notoriété dans l’agglomération montluçonnaise malgré leur jeune âge. Les cours reprenaient bientôt et leur prochain concert n’était prévu que pour Halloween.

Une foule de gens de tous les âges venaient les écouter et parmi eux, une jeune femme aux traits fins, la vingtaine, de longs cheveux argentés aux pointes presque blanches attendait avec impatience l’apparition de celui qui faisait battre son cœur : Stan, le chanteur. D’aucuns auraient dit que c’était une belle jeune fille. Justine se tenait un peu à l’écart, assise sur le mur d’enceinte, elle ignorait la foule qui s’était mise à scander le nom du vocaliste. La jeune groupie attendait fébrilement et plus les secondes passaient plus elle se sentait excitée. Elle murmura son nom tel un soupir quand les spots trouèrent la pénombre et que cinq silhouettes apparurent. La haute stature de l’aîné des frères Jarosz se détacha, sa guitare en bandoulière, un spot rouge éclaira le cadet dissimulé sous une cape noire qu’il laissa choir sur le plancher tandis qu’il se relevait et attrapait le micro qui lui faisait face. Une clameur s’éleva. Une rangée d’adolescentes faisait face à la scène érigée la veille et s’égosillait, chacune dévorait du regard le jeune homme à la longue chevelure de jais dont la voix faisait vibrer son public. L’artiste avait l’art et la manière de mettre de l’ambiance. Iwan à la guitare ne pouvait s’empêcher d’esquisser un léger sourire en voyant ce parterre de femelles en chaleur prêtes à écarter les cuisses dès que son frère jetait un regard sur l’une d’entre elles. Il était certain qu’une fois de plus, ce soir une de ces groupies finirait entre ses bras. Son regard balaya l’esplanade éclairée par les nombreux spots, il découvrit Justine juchée pas bien loin sur le muret, nimbée par la lueur bleue d’un des projecteurs. Son sourire se figea, il détourna le regard en espérant que Stan ne la verrait pas. 

Le groupe enchaîna les morceaux endiablés à une allure folle, Stan et tous les musiciens s’éclataient, jamais il n’y avait eu tant de monde lors de leurs prestations. Le jeune chanteur à cet instant ne pensait qu’à la musique. Il parcourait la scène, invectivait la foule. À ce moment-là, il n’était plus cet adolescent de dix-sept ans, charmeur, mais seulement cet artiste dont le rêve de devenir une rock-star frôlait son existence. Il était à sa place face à la foule, sa voix puissante, capable de monter tant dans les aigus que de descendre dans les tons les plus graves, faisait chavirer son public. Stan malgré son jeune âge à force de travail savait en user tout comme il savait mettre à profit le charisme qui se dégageait de sa personne. Il avait sur scène une présence indéniable. 

Justine le dévorait du regard, le moindre geste, le moindre sourire de l’artiste, elle s’imaginait que c’était pour elle et pour elle seule. La jeune femme braqua son appareil photo vers la scène et mitrailla le groupe, enfin plus exactement l’objet de ses pensées. Elle ne cessa ses prises que lorsque l’APN l’avertit que sa carte mémoire était pleine. Sans doute que certains de ses clichés iraient rejoindre ceux qui tapissaient déjà sa chambre. La jeune fille avait développé un talent certain pour la photo, son sujet principal étant Stan qu’elle avait pris sous toutes les coutures quand ils étaient ensemble, mais surtout à son insu. Le cœur de la groupie battait à cent à l’heure, excitée par l’ambiance, par les souvenirs qui l’assaillaient, l’évocation de leurs étreintes passées illumina son visage d’un sourire radieux. La sueur perla sur ses tempes, mélanges d’émotions et de transpiration. Elle aurait tant aimé pouvoir l’approcher de nouveau, le toucher, sentir ses mains sur elle, sa bouche, son corps. Justine descendit de son perchoir et s’avança vers la scène, la fin du concert s’annonçait.

Les Chlidren of Styx entamèrent une dernière chanson après avoir été rappelés par la foule. Les dernières notes se turent et Stan face à la foule envoyait des baisers aux filles aux pieds de l’estrade. Les spots s’éteignirent  et les musiciens descendirent de scène, posèrent leurs instruments dans la camionnette de la société de Monsieur Jarosz. Un groupe d’une dizaine d’adolescentes et de jeunes adultes attendaient fébrilement que les musiciens sortent de l’ombre. Iwan, protecteur, serrait son frère de près, pret à intervenir en cas de problème. Il scruta du regard le groupe et s’assura que Justine ne s’y trouvait pas, il ne la vit pas et rassuré il laissa les fans approcher de Stan.  

— Un autographe s’il te plaît ! Une photo ? Oh dis oui, s’il te plaît, insista une pimpante rousse en mini short et t-shirt noir.

Iwan signa de bon gré et annonça aux jeunes gens qu’ils se rendaient tous en boîte d’ici une heure ou deux, le temps de se doucher et de se changer. Ils signèrent tous les feuilles qu’on leur tendait, acceptèrent ravis de poser, puis Iwan, le leader, annonça qu’ils devaient partir, mais lança un «  A bientôt » à l’assemblée, parfaitement certain qu’ils les retrouveraient dans la discothèque  d’ici peu de temps.

— Moi je rentre, je suis naze, annonça Thomas le bateur.

— Tu ne vas pas nous faire ce coup ! 

— Si Stan, j’en peux plus, on se revoit lundi ?

— Ok ça marche mec. 

Les deux musiciens s’en tapèrent cinq et Thomas s’engouffra dans la voiture de ses parents. 

Les deux Jarosz partirent vers la villa familiale, prirent une bonne douche avant de se changer et se préparer pour aller en boîte. Stan vérifia une nouvelle fois qu’il avait bien des préservatifs dans les poches arrière de son jean noir. Il enfila par-dessus sa chemise grenat un gilet de cuir sombre sans manches. Il passa une longue main fine dans sa chevelure de jais bouclée puis la secoua avant de refermer la porte de sa chambre et descendit au salon rejoindre son frère aîné. Iwan était aussi blond que son frère avait les cheveux noir, cependant on ne pouvait manquer leur lien de parenté. Tous deux possédaient les iris gris bleu de leur père et sa stature, même si le cadet était un peu plus petit et un peu plus fin. Il avait hérité du charme latin de leur mère et Iwan le côté slave, mais malgré tout il y avait un petit air de famille entre eux.

— Ça y est t’es prêt ?

— Ouais, j’ai les munitions !

Iwan ne put s’empêcher de sourire à cette évocation. Les deux jeunes hommes montèrent dans la Clio verte et partirent pour le centre-ville où se trouvait la discothèque, sur le parking ils retrouvèrent Jordan et Amélie ainsi que le reste de leurs potes, dont Pauline, une jeune fille à la crinière fuchsia et au look indéniablement gothique. Leur arrivée ne demeura pas inaperçue, une partie des jeunes gens présents à la soirée les avaient suivis pendant le concert. Un certain nombre d’entre eux sortit leur smartphone et les prit en photo. Les musiciens jouaient le jeu, ravis d’être le centre de l’attention. Quelques jeunes filles et jeunes femmes ne quittaient pas du regard les deux frères. Après quelques verres, quelques danses, chacun d’entre eux sortit de la discothèque une fille au bras. Connus des lieux, le videur leur souhaita une bonne soirée, un petit sourire de connivence aux lèvres.  La boîte située pas bien loin des rives du Cher et de la zone commerciale offrait que l’embarras du choix pour trouver un coin tranquille. Stan et sa copine d’un soir s’éloignèrent vers les berges, ils trouvèrent un endroit un peu éloigné et s’étendirent dans l’herbe rase. Le chanteur était habitué des lieux à la belle saison, comme à son habitude, il prit son temps, embrassa doucement son amante d’un soir, caressa les cuisses dénudées, passa ses mains sous le crop-top bleu. Ravie d’être l’objet de l’attention de l’artiste, sa groupie se laissa faire avec grand plaisir. Elle ne vit pas le temps passer pendant qu’ils échangeaient de longues caresses et s’adonnaient au plaisir.  Stan  glissa son préservatif usagé dans une petite poche qu’il avait toujours sur lui avant de la jeter dans une des poubelles près du centre Athanor. Ils revinrent dans la boîte et constatèrent qu’Iwan s’était aussi absenté en charmante compagnie. Les deux frères passèrent donc la soirée avec leur coup d’un soir puis rentrèrent au petit matin. 

****

En cette fin août, la famille Nguyễn Văn Lô rejoignit Paul déjà installé dans leur nouvelle demeure depuis le début de l’été. C’était avec un brin de nostalgie que Lan Anh quittait son bel appartement parisien pour une grande villa, lui avait affirmé son mari.

— Tu verras, on aura un grand jardin avec piscine pour moins de la moitié du prix de cet appart et les enfants y seront très bien.

Lesdits enfants : deux adolescents ; Mathias âgé de dix-sept ans et Sophie sa cadette de seize ans. Monsieur Nguyễn Paul, un ingénieur en robotique avait décroché une proposition qu’il ne pouvait refuser, d’autant plus qu’il aspirait à quitter Paris à la première occasion, et revenir dans la région qui avait accueilli ses grands-parents et ses parents alors qu’ils étaient encore que de jeunes enfants étaient pour lui comme un retour aux sources.

Il n’avait jamais imaginé qu’il viendrait s’installer avec les siens à Montluçon, une ville moyenne d’Auvergne à quelques kilomètres de ce qui fut un des villages où bon nombre d’Asiatiques furent rapatriés à la fin de la guerre d’Indochine. Ses grands-parents étaient arrivés à Noyant en plein hiver 1956 par des températures glaciales avec leurs jeunes enfants. Le père de Paul avait alors une douzaine d’années. Souvent il lui avait raconté leur arrivée dans ces anciens corons où les familles aux nombreux enfants s’entassaient dans un petit deux-pièces-cuisine sans sanitaires ni eau courante.

Que de chemin parcouru pour ce petit fils d’exilé. Paul était fier de ses origines, de ces gens qui avaient tout perdu et avaient dû se battre pour que leur fils puis leur petit-fils puissent avoir une vie meilleure.

Paul avait décidé de quitter Paris à la première occasion pour ses enfants, pour Mathias surtout. Son fils qui lui causait bien du souci tandis que Sophie était une élève studieuse. Il était certain que cette nouvelle vie leur serait profitable à tous, moins de stress, un cadre de vie plus agréable. Quand la société I.C.R.C1 avait décidé de s’installer dans la ville auvergnate, il avait sauté sur l’occasion qu’elle lui avait offerte. Un de ses chasseurs de têtes l’avait contacté avec un contrat plus qu’alléchant et revenir vers la terre qui accueillit sa famille des décennies plus tôt, il voyait cela comme un clin d’œil du destin. Soixante et un ans plus tard, Paul et les siens posaient donc leurs valises à Montluçon.

1I.Connect.Robotic.Corporated

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Extrait de roman contemporain http://www.nathy.fr/extrait-de-roman-contemporain/ http://www.nathy.fr/extrait-de-roman-contemporain/#respond Thu, 02 May 2019 09:55:49 +0000 http://www.nathy.fr/?p=823 Il y a déjà plusieurs mois, en réalité pas loin d’un an, j’ai commencé un énième roman, mais ici point de créatures diverses puisqu’il s’agit d’un roman contemporain où l’on côtoie des adolescents et jeunes adultes avec leurs craintes, leurs soucis, bref la vie pas toujours rose… on y rencontre […]

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Il y a déjà plusieurs mois, en réalité pas loin d’un an, j’ai commencé un énième roman, mais ici point de créatures diverses puisqu’il s’agit d’un roman contemporain où l’on côtoie des adolescents et jeunes adultes avec leurs craintes, leurs soucis, bref la vie pas toujours rose… on y rencontre parfois l’amour aussi….. et son prix à payer.


Je vous propose aujourd’hui un extrait de ce roman qui j’espère vous donnera envie un jour de le découvrir.


Il n’a pour le moment pas de titre.

Stan marcha une bonne heure avant de rentrer chez lui, mettant des coups de pieds rageurs à tout ce qu’il trouvait sur son chemin. Comme il ne voulait voir personne, il traîna en chemin. Il était plus de minuit lorsqu’il franchit le portail de la demeure familiale, la Clio de son frère n’étant pas dans l’allée, il en déduit  qu’Iwan n’était pas encore rentré, cela l’arrangeait bien, il n’avait aucune envie de se retrouver face à son frère. Ses parents s’étaient couchés, sa petite sœur probablement et Eva était avec son amie pour le week-end.

L’adolescent se faufila dans le cellier et prit une bouteille de Żołądkowa Gorzka, une vodka à la belle couleur ambrée qu’un cousin envoyait depuis la Pologne, puis il monta discrètement dans sa chambre. Il jeta dans un coin ses chaussures et sa veste qui d’ordinaire étaient si bien rangées. Il se rendait bien compte qu’il avait agi comme un imbécile, mais il ne savait pas comment exprimer ce qu’il ressentait. Stan était malheureux, il connaissait peu de moyens pour s’exprimer. Aussi, il prit des feuilles et un crayon puis jeta pêle-mêle les idées qui venaient avec l’arrière-pensée de mettre tout cela en musique. A demi allongé sur le sol moquetté, le musicien griffonnait sans relâche, buvant une gorgée de temps à autre à même la bouteille. La rage qui bouillonnait en lui l’empêcha peut-être de se rendre compte de ce qu’il éclusait. Le temps passait sans qu’il prenne conscience de son état, concentré sur la chanson qu’il écrivait, il n’avait pas vu que la bouteille était à moitié vide. 

Quand il se releva, la tête lui tourna, mais il en fit peu de cas, il attrapa sa bouteille et s’installa sur son clavier, posa son casque sur les oreilles. Il n’entendit pas Iwan rentrer, quand celui-ci passa devant la chambre, il entendit Stan chanter, enfin s’égosiller serait plus juste vu son état alcoolique. Stan était fin saoul. Iwan poussa la porte de sa chambre et trouva son frère complètement ivre à moitié affalé sur son clavier, tentant de chanter, la bouteille de vodka pour ainsi dire vide.

— Stan ! Punaise tais-toi tu vas réveiller tout le monde!

— M’en… fous… Iwan… je…

Son frère le rattrapa au vol et parvint à l’emmener jusqu’aux toilettes où il vomit à peine arrivé.

— Qu’est-ce qui se passe ici ? tonna la voix puissante de leur père.

— Ça se voit non ? Il est complètement bourré !

— C’est comme ça que tu t’occupes de ton frère ? reprocha Rosa venue rejoindre son mari.

— Mais qu’est ce que vous avez fichu ? Vous avez vu vos têtes, vous êtes passés sous un rouleau compresseur ?

Devant leurs visages tuméfiés, madame Jarosz s’inquiéta, mais Iwan la rassura, ils n’avaient pas eu d’accident.

— Je t’expliquerai… J’ai trouvé Stan comme ça dans sa chambre, il est rentré bien avant moi.

— Vous n’étiez pas ensemble ? 

— Euh non, on s’est quitté vers onze heures.

— Tu vas m’expliquer tout ça pendant que ton frère cuve !

— Je peux aller dormir avant et t’expliquer tout ça après ?

— Non ! Mais tout d’abord tu vas aider ta mère à nettoyer votre bordel pendant que je couche ton frère !

Pendant que Bohdan attrapait son cadet sous le bras et l’emportait dans sa chambre, Iwan se retrouva seul avec sa mère qui lui tendit une éponge, une serpillière et tout le nécessaire pour nettoyer pendant qu’elle attendait patiemment qu’il finisse. Son père revint tandis qu’Iwan sortait de la douche après qu’il eut nettoyé les cochonneries faites par son frère et que Rosa soit allée rejoindre son mari qui peinait à coucher leur plus jeune fils. Voyant les bleus sur son torse dénudé, les parents devinèrent ce qui s’était passé.

— Mais vous vous êtes battus ?!

— Habille-toi, on t’attend dans la cuisine !

Lorsqu’il descendit, Iwan trouva ses parents attablés devant une tasse de café brûlant.

—T’en veux une proposa ? son père.

— Oui merci !

— On t’écoute ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Vous savez que Stan est amoureux de Sophie ?

— On a cru le comprendre en effet, mais c’est fini entre eux à cause de Justine, non ?

— Ce n’est pas si simple, Stan est complètement accro à cette fille. Je ne le reconnais plus… Il n’est vraiment pas bien.  On était au concert des Mantrax avec tous les potes du groupe quand Sophie est entrée avec son petit ami et ses copains. Stan l’a super mal pris et il a quitté le bar.

— Il n’a pas fait de mal à cette gamine ?

— Non, non il ne lui a rien dit, il est juste sorti  précipitamment. Il les a matés tout le temps où il était là. Quand j’ai voulu le rejoindre pour lui parler on s’est disputé. Je m’y suis peut-être mal pris, je voulais le faire réagir et Stan m’a attaqué, on s’est battu… ce sont les potes qui nous ont séparés… Stan s’en est pris à Sophie et tu penses bien que Anh Dũng l’a super mal pris.

— Anh Dũng ?

— Mathias… c’est son prénom vietnamien, il préfère qu’on l’appelle comme ça.

— Tu savais Rosa ?

— Non, mais c’est vrai que ce jeune homme est plutôt taciturne.

— Oui, il a de gros soucis… 

— On en a un peu parlé avec ses parents, ce n’est pas évident.

— Bref Mathias a prévenu Stan de se calmer et il s’est montré assez grossier… je n’ai pas eu le temps de dire ouf que Stan était au sol, Mathias n’y a pas été en douceur…

— Vous vous n’êtes pas battu  tous les deux quand même.

— Non, nous on a fini la soirée ensemble et Stan est rentré tout seul. J’ai passé une partie de la soirée à tenter de rattraper les conneries de Stan. Mathias voulait quitter le groupe, j’ai essayé de le raisonner. S’il s’en va, on  ne retrouvera pas un aussi bon guitariste avant longtemps et on peut dire adieu au concert au 109. Mathias doit passer demain, enfin tout à l’heure pour me donner sa réponse.

Rosa soupira.

— Vous êtes bien compliqué mes enfants, mais ça m’étonne de la part de ton frère, ce n’est pas son genre.

— Tu sais comment sont les ados, à leur âge ça rend les garçons cons.

— Même si tu n’as pas pris de gants, ça m’étonne que s’est-il passé? Vous ne vous êtes jamais disputé pour une fille à ma connaissance.

— Non, jamais… Stan m’a accusé de vouloir lui prendre Sophie pour faire bref.

— Et il a raison ? Elle est bien jolie cette petite.

— Oui, elle me plaît, mais elle a seize enfin presque dix-sept et moi vingt… c’est une gamine. Et quand j’ai vu comment ça se passait entre Stan et elle, je n’ai rien tenté, je ne ferais pas ça à mon frère.

— Tu ne serais pas le premier, fit observer monsieur Jarosz.

— Elle me plaît, Stan lui est amoureux, c’est différent. Je ne vais pas lui faire ça, et en plus il y a le groupe. Je l’ai même prévenu que je ne voulais pas d’histoire vu qu’elle est la sœur de notre guitariste.

— C’est tout à ton honneur mon fils, affirma Rosa en déposant un baiser sur le front de son aîné.

— Bon puisque je suis levée, je vais préparer quelques trucs. Alors pour l’anniversaire de Sophie vous faites quoi ? 

— J’en sais rien !

— Et Mathias, tu nous as dit qu’il voulait se mettre au vert à la campagne pendant les vacances et que vous en  profiteriez pour répéter c’est toujours d’actualité ?

— Pareil, cette soirée a été une vraie cata.

— Allé, va te coucher, on dit que la nuit porte conseil, je vais aider ta mère.

— Tu ne bosses pas aujourd’hui ?

— Non on a des choses à voir tous les deux.

— Ok, désolé de vous avoir réveillé.

Épuisé, Iwan s’écroula sur son lit à peine déshabillé et fut réveillé par sa mère à treize heures pour venir déjeuner. Stan, lui, dormait à poings fermés, assommé par la quantité de vodka bue. Sa mère et son père s’étaient rendus à son chevet régulièrement afin de s’assurer que tout allait bien. Ils n’eurent pas besoin d’appeler les secours, Stan dormit du juste jusqu’en début d’après-midi. Quand il ouvrit les yeux, il se sentit lourd, la tête pesante et douloureuse, vaseux. Lorsqu’il sortit de son lit, il réalisa qu’on l’avait déshabillé et qu’il ne portait pour tout vêtement que son boxer. Il chancela, tituba jusqu’à la salle de bain afin de se passer un peu d’eau sur le visage.  Il voulut boire un verre d’eau, mais aussitôt avalé, il ressentit une violente envie de vomir et eut à peine le temps d’aller dans les toilettes pour rendre le peu qui lui restait dans l’estomac. Plus nauséeux qu’à son réveil, il descendit péniblement au rez-de-chaussée.  Bohdan l’accueillit avec un léger sourire.

— Bonjour mon fils ! La nuit a-t-elle été bonne ? Un petit verre ?

— Non merci.

— Bois ! 

Son père lui tendit un verre de vodka blanche bien plus forte que l’ambrée aux plantes qu’il avait bu.

— Je n’ai pas envie… parvint-il à dire.

— Bois ! J’attends !

Bohdan poussa le verre plein devant son fils et resta face à lui les bras croisés attendant qu’il boive. Stan malgré ses pensées encore confuses comprit que son père ne bougerait pas tant qu’il n’aurait pas avalé le verre de vodka. Rien que l’odeur réveilla ses nausées. Il avala difficilement sa salive et fit un énorme effort pour tremper ses lèvres dans le breuvage. La saveur brûlante s’insinua dans sa bouche, coula doucement dans sa gorge. Stan ferma les yeux et se força à avaler l’eau-de-vie. Il eut la sensation qu’un feu infernal ravageait ses tripes, un violent hoquet le secoua et il se précipita vers le jardin pour y vomir de nouveau sous le regard amusé de son père. Monsieur Jarosz versa un grand verre d’eau, avec un peu de citron et de miel et tandis le verre à son fils revenu s’asseoir. 

— Crois-tu que c’était nécessaire ?

— Papa… je…

— Qu’est-ce qui t’arrive ?

Les larmes qu’il tentait tant bien que mal de retenir surgirent malgré lui. Stan se sentait honteux, mais son père le rassura, il n’y avait rien de honteux à pleurer.

— Ça t’est arrivé à toi ? 

Il imaginait mal son père, un grand gaillard que la stature imposante impressionnait. Bohdan intimidait les gens, en général on ne vient pas chatouiller un tel individu et l’imaginer pleurer était peu probable.

— Oui comme tout le monde.

— Comme tous les enfants…

— Adulte, oui j’ai pleuré de joie, de tristesse aussi de colère parfois.

— À cause d’une fille ?

— Aussi.

— Toi ? Pour une fille ?

— Oui à cause de ta mère, le jour où elle a voulu me quitter quand j’étais encore au lycée parce que je m’étais comporté comme un idiot. Une jolie fille m’avait fait du rentre-dedans et je n’ai pas su la repousser, ta mère l’a su, je me suis pris une paire de baffes et je l’ai suppliée de ne pas me quitter… peut-être est-ce les larmes d’un grand gaillard comme moi qui ont fait flancher son petit cœur. Ta mère c’était ma princesse, mon moteur…

— Et aujourd’hui?

— C’est toujours pareil, je recommencerais ce que j’ai fait. J’ai épousé ta mère à la sortie de ma terminale, elle attendait ta soeur et… ce n’était pas vraiment un accident, on en a bavé les premières années, s’occuper d’un bébé, le service militaire, les études, mais nos parents nous ont aidé du mieux qu’ils pouvaient. Je n’ai aucun regret. Mais toi c’est la petite Sophie pour qui tu verses toutes ces larmes ?

— Oui…

— Tu es donc si amoureux d’elle que tu te battes avec ton frère, mais pourquoi au juste ?

— Parce que je me suis comporté comme un con.

— C’est bien de le reconnaître, mais ça serait mieux de ne pas recommencer… Tu en as discuté avec Sophie ? Je n’ai pas voulu me mêler de vos affaires et ta mère non plus, on a fait notre possible par rapport à Justine, mais c’est un autre souci, mais je croyais que Sophie et toi c’était réglé d’une manière ou d’une autre.

— À cause de Justine, elle ne veut plus de moi.

— Tu ne peux pas lui en vouloir…  Mais sais-tu quels sont ses sentiments ? 

— Non… nous n’avons même pas pu en discuter, Sophie s’est complètement refermée comme une huître. Quand je la vois, j’ai l’impression que mon cœur va exploser… j’ai envie de mourir…

— Ne dis pas ça, personne ne mérite que l’on meure pour lui. Viens là ! 

Bohdan se leva et fit signe à son fils d’approcher, il le serra contre lui en une étreinte virile, réconfortante.

— J’ai si mal…

— Je sais. Ce sera long pour que tu l’oublies.

— Je n’ai pas envie de l’oublier. J’ai envie d’être avec elle et je sais que si Justine n’avait pas foutu la merde, Sophie serait avec moi.  Ça allait bien entre nous…

— Oui, enfin vous n’êtes pas restés bien longtemps ensemble, affirma Iwan qui venait d’entrer.

Le jeune homme était remonté comme un coucou contre son frère. 

— Tu sais très bien pourquoi, et toi tu n’as pas arrangé les choses !

— Maintenant c’est de ma faute !

Bohdan se mit entre ses fils et leur ordonna d’un ton qui ne souffrait pas de répliques qu’ils devaient rester tranquilles.

— Vous n’allez pas vous rebattre, sinon j’en prends un pour taper sur l’autre ! C’est quoi ces manières de rustres ? Qu’est-ce qui vous prend ?  Je doute que Sophie apprécie que vous mettiez sur la plume pour ses beaux yeux ! Vous allez discuter tranquillement autour de la table ! Qui veut un café ?

— Bon discutons ! Je t’avais prévenu que je ne voulais pas d’histoires qui risquaient de mettre le groupe en péril, maintenant t’es content… on a probablement perdu notre guitariste. Tes remarques sur Sophie et moi devant son frère, ce n’était pas malin. Oui, je sais tu es malheureux, elle ne veut pas de toi alors tu en fais profiter tout le monde ! Les dégâts autour tu t’en fous. Elle t’a dit non, qu’est ce que tu n’as pas compris ?

— Elle ne m’a pas dit non, elle m’a dit de régler mes problèmes !  

— Tu n’as pas vu, elle est avec quelqu’un d’autre ?

— Je n’avais pas remarqué…  ce n’est pas parce que tu n’es jamais tombé amoureux que les autres doivent faire de même. Qu’est-ce qui te dérange dans le fait qu’on soit ensemble ?

— Ce qui me dérange ? Mais tu te fous de moi ?  Ce qui me dérange ? C’est la sœur de Anh Dũng, voilà ce qui me dérange, tu sais le pote qui devait jouer avec nous, je te rappelle qu’on a un concert à assurer pour le 31 octobre.

— Comment ça qui devait ?

— Après ta merveilleuse prestation d’hier, Anh Dũng a décidé de nous lâcher, j’espère avoir rattrapé le coup, j’ai passé le reste de ma soirée à tenter de le convaincre de rester. Tu as vraiment foutu un beau merdier !

— Bin, tu sais pas, c’est moi qui vais partir !

— Mais t’es con ou tu le fais exprès ? Le groupe sans toi n’existera plus. 

— Mais si voyons Anh Dũng est un très bon compositeur, un bon musicien et il a une belle voix, vous n’avez plus besoin de moi, je gène apparemment ! 

— Oh on se calme, ce que je vois ce sont deux jeunes abrutis ! Stan va faire des excuses au frère de Sophie et vous allez vous serrer la main. 

— Mais…

— Il n’y a pas de mais !

— Anh Dũng ne devrait pas tarder, pour ton info il m’a demandé si on pouvait l’aider pour l’anniversaire de Sophie et comme une andouille je lui ai assuré que tu ne poserais aucun problème…. et je l’ai invité à passer les vacances à la maison de campagne pour répéter. Maintenant je fais quoi ?

Stan tendit la main à son frère et lui présenta des excuses. 

— Tu peux nous laisser quelques minutes Stan, j’ai à parler à ton frère !

Une fois seuls, Bohdan s’adressa sans ménagement à l’aîné de ses fils. Il lui reprocha son manque d’empathie pour son cadet. En se mêlant de sa relation avec la sœur de Mathias, il n’avait pas arrangé les choses. Que Anh Dũng veuille protéger sa petite sœur était compréhensible surtout après ce qui s’était passé, mais lui n’avait rien à dire. Si aujourd’hui le groupe était en danger, c’était sa seule faute. Il aurait dû comprendre les réactions de son frère qui passait une mauvaise passe du fait de ses sentiments, mais aussi à cause de Justine et de tout ce qui s’était passé. 

— Maintenant, tu vas laisser Stan et Mathias se débrouiller seuls, ils sont assez grands pour régler leurs problèmes et toi tu n’interviens pas.

— Mais si le groupe…

— Tu ne bouges pas le petit doigt, ce sont deux garçons intelligents, tous deux avec leurs soucis, tu les laisses gérer ça.

— Je suis le manager du groupe, c’est mon boulot !

— Non ! Ton boulot c’est de t’occuper du groupe pas de la vie privée de ses membres, ils n’ont pas besoin de toi sur ce coup-là ! Si je te vois mettre la pagaille, une nouvelle fois c’est moi qui vais intervenir !

— Jasne ?!

— Oui papa…

Iwan n’était pas ravi de s’être fait remonter les bretelles. 

****

À quinze heures, Mathias se présenta à la porte, accueilli par Rosa et Bohdan celui-ci lui annonça que Stan l’attendait. Le jeune homme fronça les sourcils et le rejoignit dans le bureau de monsieur Jarosz.

— Salut ! Je suis désolé pour hier… je me suis comporté comme un con. Je gère mal tout ça.

— T’inquiète, la nuit porte conseil. Je suis mal placé pour te juger… j’ai un peu discuté avec Sophie… elle voulait savoir ce qui s’était passé hier soir. Elle ne voulait pas te faire de peine. Tu sais ce n’est pas facile pour elle non plus. Ma sœur ne fait que se protéger et je t’ai expliqué pourquoi… C’est ma petite soeur et j’ai fait tellement de conneries que maintenant j’essaie de réparer et tu m’as mis en colère. 

— Je ne voulais pas l’insulter, mais mon frère me gonfle, il se mêle de ce qui ne le regarde pas et il n’y comprend rien. Tu veux vraiment partir du groupe ?

— Franchement j’y ai pensé… mais ça serait une erreur. J’aime ce que vous faites, on s’entend plutôt bien. 

— Ravi de te l’entendre dire !  J’ai su que tu voulais faire un truc pour l’annif de ta soeur, ça pose un souci si je lui offre un cadeau ? Ça me ferait tellement plaisir. Je me sens un peu con…

— Y  pas de mal. Elle sera ravie… tu sais Sophie, elle t’aime bien, mais elle essaie juste d’oublier…

— Mais pourquoi ?

— Elle a peur c’est tout, tu sais Kim…

— Yep je sais.

— Laisse-là respirer, je suis certain que ça s’améliorera entre vous, ce n’est qu’une question de temps. Son copain est gentil, mais je ne suis pas certain que leur relation aille bien loin… ce n’est pas toi… je ne t’en dirai pas plus, mais je suis le confident de ma sœur… alors ne perd pas espoir mec. C’est bon ? 

— Merci Anh Dũng, t’es un super pote !

— Toi et ton frère vous êtes supers… il t’a dit que je passerai peut-être une semaine ou toutes les vacances dans votre maison à la campagne…

— Ouais je sais, tu as besoin de verdure… je comprends, on en profitera pour répéter un peu si ça ne te pose pas de soucis ?

— Bonne idée, si je suis en état. Je veux surtout être sans mes parents et je veux en profiter pendant qu’Elo sera là.

— L’amie de ta sœur ?

— Ouais… comme ça elle ne sera pas seule.

— J’ai une nouvelle chanson à bosser que je voudrais mettre au point pour le concert, la mélodie je l’ai écrite cette nuit, mais j’étais complètement bourré, j’ose pas savoir ce que j’ai fait.

— Hé bien on va écouter tout ça.

— Ça marche ! Faut que je te prévienne, c’est à propos de ta sœur…

— J’avais compris… 

Ils sortirent retrouver Iwan dans sa chambre.

— Salut ! La nuit n’a pas été trop courte  ? demanda l’aîné.

— Bof, j’ai pas fermé l’oeil de la nuit, mais j’ai l’habitude, ça m’arrive souvent quand c’est comme ça je compose, j’écris… 

— Pour hier soir…

— Laisse tomber, on a réglé nos différents Stan et moi. T’inquiète pas pour le groupe, je ne vais pas m’enfuir.

— Pour ta soeur…

— Laisse, Sophie est assez grande pour faire ses choix. On ne s’en mêle pas, tant que ton frangin ne harcèle pas ma frangine, ne l’agresse pas, je n’ai aucune raison de me mettre entre eux. On en avait déjà discuté, je ne veux qu’une chose que ma petite sœur soit heureuse avec lui ou un autre ça ne me regarde pas. Pendant longtemps j’ai foutu les pieds dans le plat en exigeant qu’elle sorte avec un asiate aujourd’hui je m’en fiche. Kim l’était et ça ne m’a pas porté chance. Vous oubliez un peu ma sœur et tout ira bien, si Stan la fait kifer ou pas c’est leurs problèmes pas le nôtre. 

Mathias savait ce que Sophie pensait, mais ce n’était pas à lui à régler ça.  Elle tentait juste de mettre de la distance, elle avait ses raisons qu’il ne comprenait que trop bien et ces raisons s’appelaient Justine et seulement ça.

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Extrait de Dark-Side 4 http://www.nathy.fr/extrait-de-dark-side-4/ http://www.nathy.fr/extrait-de-dark-side-4/#respond Thu, 11 Apr 2019 22:49:24 +0000 http://www.nathy.fr/?p=818 Le titre du 4ème tome sera L'Hallali

J'ai repris tout doucement l'écriture de cet ultime tome. Il sera bel et bien le dernier de la série Dark-Side cependant les ichoriens se retrouveront dans d'autres histoires.

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Le titre du 4ème tome sera L’Hallali

J’ai repris tout doucement l’écriture de cet ultime tome. Il sera bel et bien le dernier de la série Dark-Side cependant les ichoriens se retrouveront dans d’autres histoires.


Au petit matin lorsqu’Ashtart s’éveilla, le corps désormais froid de cet amant d’une nuit reposait dans une marre de sang figé. L’immortel y jeta à peine un œil. Il se dirigea vers sa salle de bain où le bac plein d’une eau chaude et parfumée l’attendait. Il se glissa dans l’onde mousseuse avec délice, ferma les yeux et se laissa aller au plaisir du bain, de mains douces venues le laver. Quand il en eut assez, le vampire chassa ses servantes, se rinça, se sécha et s’habilla d’un ensemble de tissu bleu et vaporeux qu’il affectionnait tant. Il se mira dans le grand miroir ovale, observa ce visage fin à la peau ivoirine. Il lissa sa chevelure d’argent et une fois satisfait il quitta la salle de bain. Quand il entra dans sa chambre, il n’y avait plus aucune trace de cette nuit agitée si ce n’était l’odeur douceâtre des produits de nettoyage et du désinfectant malgré les bougies parfumées.

Il fit appeler Sainte-Croix et lui demanda si Swann était encore là. Son séide lui apprit que son frère était allé se promener. Il le retrouva parmi ses guerriers à l’entraînement.

— Tu as repris les armes Swann ?

— Il semblerait…

— Quand tu auras pris ta douche rejoins-moi dans mon bureau.

Quelques minutes plus tard, Swann rejoignit son frère où il lui avait demandé. La vaste pièce était meublée avec goût d’un style moderne et raffiné, des boiseries rares aux voilages fins d’un bleu de Prusse jusqu’aux coussins d’or et d’azur. Le prince prit place face à l’hermaphrodite dans un fauteuil moderne et confortable, il plia ses grandes jambes et attendit qu’Ashtart ne parle.

— Je suppose que tu ne vas pas rester parmi nous ?

— En effet, en réalité je suis même venu te faire mes adieux.

— Tes adieux ? répéta Ashtart, fronçant les sourcils pendant que ses mains fines se crispaient sur ses accoudoirs.

— J’ai décidé de me retirer de ce monde. Je ne peux vivre dans un monde où mes deux frères vont s’entre tuer. Aujourd’hui sera la dernière fois où tu me verras. Je ne compte plus avoir le moindre contact avec les autres ichoriens ou les humains.

— Swann ! Je t’en prie ne fais pas ça ! Comment peux-tu me dire ça aussi calmement. C’est comme si tu m’annonçais que demain tu serais mort. Je n’imagine pas de vivre si mon petit frère n’est plus de ce monde.

—Je n’ai jamais dit que j’allais mourir. Tu me déçois Ashtart, je n’attendais pas cela de toi… je pensais que tu serais plus compréhensif, que tu ne ferais pas comme Edern.

— Ne me compare pas à lui ! Qu’à fait Edern ?

— Rien, je ne le lui en n’ai pas laissé l’occasion, quelqu’un d’autre le fera pour moi. Edern ignore tout de ma décision et je sais qu’il serait fichu de m’enfermer pour m’interdire de partir. Il ne comprendrait pas, j’espèrais que toi tu saisirais…

— C’est à cause de nous ? Du passé ? Il n’y a rien qui puisse te faire changer d’avis ?

—Rien et non ça n’a rien avoir avec tout cela, j’en ai juste besoin. Ce monde n’est pas pour moi c’est tout.

Sur ces mots, il se leva pour prendre congés.

— Attends !

Ashtart fit le tour du bureau et prit son frère dans ses bras. Il lui rappela son cadeau de la veille et lui offrit son poignard, une arme qui ne le quittait jamais, forgée il y avait des siècles. Puis il laissa partir son benjamin. Swann ne vit jamais les larmes sur les joues de son frère lorsqu’il franchit la porte. L’immortel l’observa sur les écrans de contrôle pendant encore longtemps et exigea qu’on le laisse seul. Il avait eu envie de hurler, de le supplier de ne pas partir et c’était la poitrine serrée, le cœur en miettes que l’immortel avait vu la haute silhouette s’amenuiser puis disparaître.

Après la souffrance vint la colère. Ashtart rendit Edern coupable, il était évident pour lui que le départ de Swann, ce retrait du monde ne pouvait être que l’œuvre de leur frère aîné. La rage explosa d’un coup. D’un revers de la main Ashtart balaya tout ce qui se trouvait sur son bureau en maudissant son frère.

— Tu vas crever ! Je te hais !

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Le Synopsis http://www.nathy.fr/le-synopsis/ http://www.nathy.fr/le-synopsis/#respond Sat, 14 Apr 2018 11:09:11 +0000 http://www.nathy.fr/?p=738   Beaucoup d’auteurs rechignent face à la demande de synopsis, cependant c’est une nécessité pour bon nombre d’éditeurs, c’est lui qui souvent va donner envie ou non à l’éditeur d’ouvrir le manuscrit. Un peu comme le 4ème de couv est l’accroche qui donnera envie au lecteur de lire votre livre. […]

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Beaucoup d’auteurs rechignent face à la demande de synopsis, cependant c’est une nécessité pour bon nombre d’éditeurs, c’est lui qui souvent va donner envie ou non à l’éditeur d’ouvrir le manuscrit. Un peu comme le 4ème de couv est l’accroche qui donnera envie au lecteur de lire votre livre. Sauf que le synopsis n’est pas un 4eme de couv, c’est une vue d’ensemble.


Un synopsis c’est un résumé de votre histoire. Un peu à la manière du synopsis cinématographique l’éditeur veut apprendre :

L’intrigue principale, l’intrigue secondaire s’il y a lieu, et la finalité de votre roman. Parfois, quand on parle de cette étape et donc d’écrire ce que sera la fin, certains auteurs jouent, excusez-moi du terme, les vierges effarouchées, en prétextant qu’ils ne veulent pas dévoiler la fin, car il n’y a plus de surprise. Ceux-là n’ont rien compris au film… Un éditeur ce n’est pas un lecteur lambda tout comme les membres d’un comité de lecture, on est là pour évaluer : la pertinence du récit, le style, la construction des personnages, pas pour rêver face à une histoire.

Le synopsis est un document de travail : un résumé de votre livre qui doit donc :

Faire ressortir la trame de votre histoire, son intrigue principale, son intrigue secondaire, la fin, mais aussi présenter vos personnages principaux.

Quand au lycée on vous demandait de résumer un livre c’est en gros ce que le prof attendait, là, c’est l’éditeur.


Il y a donc nécessité à faire ressortir les points sur lesquels vous voulez que l’éditeur accroche : les points majeurs, originaux de votre manuscrit. Ne négligez pas non plus la manière dont vous le rédigez, c’est le premier texte que l’on va lire, si votre synopsis est assommant, il n’est pas certain que votre roman passera à la seconde étape soit la lecture du dit manuscrit.

Certains éditeurs vous demanderont un synopsis détaillé, passez-y du temps, faites un plan, ou ressortez le plan qui vous a servi de base à l’écriture de votre histoire, si ce n’est pas le cas faites-en un pour en trouver les grandes lignes.

Si on vous demande en quelques lignes 10 à 15 : de résumer votre roman, puis de donner l’intrigue principale, ne faites pas un copier-coller. C’est une manière de vous aider à écrire votre synopsis.

Donc votre synopsis en résumé c’est :

Une description de l’intrigue principale (aborder ici votre héros ou héroïne).

Une description de l’intrigue secondaire, vous pouvez en profiter pour évoquer un personnage secondaire important.

La chute de votre histoire.

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